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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 08 mars 2014
Sa note : 14/20

LINE UP

-Neige
(chant)

-Lychar
(guitare)

-Hugo Moerman
(guitare)

-DehnSora
(basse+chant)

-Winterhalter
(batterie)

-François Duguest
(claviers)

TRACKLIST

1) 1994
2) Glaciation
3) Notre rechute (eus)

DISCOGRAPHIE


Glaciation - 1994
(2012) - black metal - Label : No Contact



Glaciation c'est l'histoire d'une histoire un peu spéciale. A la lecture des membres (non crédités sur l'album) on peut penser à un side project exutoire black metal pour des artistes dont le groupe a eu navigué dans les eaux territoriales du black pour s'en éloigner copieusement (je vise particulièrement les membres d'Alcest pour couper court aux doutes). Des gens qui savent et apprécient ce qu'est (ce que fut ?) le black metal donc. Mais aussi qui l'ont partiellement rejeté artistiquement. Or 1994 est annoncé comme du pur black metal, hommage à cette fameuse année 1994 qui donna le jour à tant d'albums légendaires en Norvège, la pochette en est une magnifique illustration.

Problème, avec des gens si... à part dans le style, la démarche est-elle pure et sans concession ou cache-t-elle un minimum de décalage voire d'humour ? Le « No fun, No mosh, No trends » (et No... illisible) avec un gros Black metal barré pose la question. Un coup d'oeil aux paroles achève le doute pour le faire renaître en certitude :

« 300 grimaces et des grigris,
La gueule d'Euronymous barrée.
C'était le Mordor à Meudon
Et sa forêt périphérique.
»

Morceau choisi mais il y en a d'autres. Notre opinion est donc faite avant même l'écoute, ce ne sera pas sérieux, et on n'aimera donc pas car ça se moque des fondamentaux de notre genre favori. Pourtant, si on ne lit pas les paroles et qu'on écoute seulement la musique, il faut se rendre à l'évidence : ça tape dur, c'est très froid et très bien fait.
Notre fondement tremble, pouvons-nous légitimement apprécier voire aimer cette musique sachant ce que nous savons que nous ne devrions peut-être pas savoir ? Pouvons-nous résister à ce dualisme fratricide qui nous remue, nous adorateurs de l'Art noir ? Puis-je à la fois vivre dans le noir sans électricité et aimer ce groupe qui se moque, au moins partiellement, ouvertement de tout ce que j'aime dans ce style ? Mais pourtant, diable que c'est bien fait ! Heureusement ce n'est pas tout le temps bien fait. Heureusement il y a des passages calmes et aériens, acoustiques même et abreuvés de violons (synthétisés). Ces passages trop beaux pour être acceptables. Un joli arpège qui rappelle que les membres du groupe ne sont pas de simples blackeux. Ils voient plus loin, plus haut, plus large. Mais ils ont su aussi faire de ce probable exutoire une sacrée performance de black metal pur jus. On peut leur reprocher beaucoup de choses dans la forme, dans leur communication, dans leur promotion, mais on doit admettre que 2 chansons durant, ils font brûler la neige incandescente des cimes scandinaves balayées par le vent.
2 chansons ? Pourquoi pas 3 donc ? Et bien parce que. Parce que Glaciation n'a pas réussi à tenir 3 chansons (de 10 minutes chacune rassurez-vous) sans faire autre chose que du black metal. Il fallait que le ver soit dans la pomme, comme le péché devant infecter le genre né du péché originel pour en faire une superbe parabole métaphorique. Euphorique ? Oui, ils devaient l'être probablement. "Notre rechute (eus)" commence comme du Green Carnation sans pour autant jamais décoller de sa base acoustique. On peut alors se dire qu'on flirte avec du Drudkh sans être certain de savoir si c'était là une volonté délibérée ou simplement la facétie de conclure un album de pur black de 30 minutes sur 10 minutes forestières et dénuées de black metal. Il faudrait un jour poser la question aux membres. Mais à quoi bon ? Il n'y a sûrement pas de réponse et c'est tant mieux. Cela permet aussi de se donner une bonne raison de ne pas aimer cette mauvaise blague si on en a l'envie.


Il est bien difficile de conclure une chronique sur un tel album. La démarche est par trop floue, inconnue, volontairement évanescente. Veut-on qu'on le prenne au sérieux ? A la rigolade ? Un peu des 2 ? Ou simplement laisser les questions de côté et prendre cet album pour ce qu'il est, un album, ni plus ni moins. A ce compte, il est au 2 tiers un putain d'album de black metal froid, cruel, abrasif et aéré, avec certes quelques longueurs, mais il impressionne et on en veut une suite. Pour un tiers il est un voyage bien plus doux et automnal et... un peu chiant il faut le dire. 1994 ? Donc 14, merci au groupe de nous donner la réponse.


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