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CHRONIQUE PAR ...

120
Bixl3r
Cette chronique a été mise en ligne le 06 mars 2014
Sa note : 16/20

LINE UP

-Isabel Sierras
(chant)

-Julián Velasco
(guitare)

-Tano Giménez
(basse)

-Miguel Fernández
(batterie)

TRACKLIST

1) Horns Of Gods
2) The Wicked King
3) Slave Of The Witch
4) March Of The Minotaurs
5) Black Eagle
6) Flesh Ceremony

DISCOGRAPHIE

Broken Cross (2013)

Hela - Broken Cross
(2013) - doom metal psychédélique - Label : Discos Macarras Records



Hel ou Hela est la déesse des morts dans la mythologie nordique. Ni bonne, ni mauvaise, elle a la moitié du visage plongée dans l’obscurité de la mort tandis que l’autre baigne dans la lumière de la vie. Elle guide les esprits des défunts vers les navires les menant au Gimlé, le paradis nordique, et son nom donnera plus tard le terme anglais Hell. Les Chrétiens, par la suite, et dans une logique de diabolisation des créatures merveilleuses païennes, feront d’Hela une déesse maléfique, au visage mi-putréfié, mi-livide. Hela, un nom de groupe bien évocateur pour ces Espagnols qui signent ici leur entrée dans l’univers torturé du Doom. Emmenés par des musiciens talentueux connaissant leurs classiques, le groupe développe une atmosphère tantôt éthérée et planante, tantôt brumeuse et plombée. Les morceaux s’enchaînent dans une valse languissante et gracieuse dont l’élégance est en partie due au chant fascinant d’Isabel Sierras.

Broken Cross est prévisible, chaque morceau dévoile rapidement son fil conducteur. Et ce n’est pas ici un défaut. Le groupe ne cherche pas à surprendre avec des breaks alambiqués et imprévisibles mais joue la carte de l’accroche afin d’immerger immédiatement l’auditeur. Un parti pris assumé et réussi. Les riffs sont efficaces et bien placés, la batterie mid-tempo fait son boulot sans en rajouter des tonnes, le chant envoûtant est placé en retrait comme pour laisser le champ libre à une empreinte psychédélique omniprésente. L’alchimie est vraiment réussie, ce qui rend l’album très agréable dès la première écoute et lui donne une bonne durée de vie. Un diamant noir taillé de manière raffinée.
Prévisible mais loin d’être chiant, Hela rentre dans le cercle maudit des groupes de Doom à chanteuses avec de solides bases et l’envie de s’imposer. L’aspect massif, propre au genre, est relevé de touches mélodiques sous-jacentes  donnant du relief à l’ensemble. Hela dévoile ainsi son visage à la fois gracieux et macabre, un périple dans des limbes parfois inquiétantes et sinistres dans lequel l’auditeur se laisse emporter dès les premières secondes d’un "Horns Of God" monolithique et lancinant. Ce monde souterrain dans lequel nous plonge le groupe n’est pas aussi lugubre que souhaite faire croire ce premier titre et de nombreuses variations atmosphériques et autres riffs entraînants viendront illuminer les parois glaciales de cette cathédrale des morts.

"The Wicked King" et "Slave Of The Witch", les morceaux les plus catchys, entraînent l’auditeur dans un espace entre Cieux et Abysses où la damnation présente en ouverture semble laisser la place à la rédemption. Le chant est aérien et cette montée en grâce semble se volatiliser lors de la première moitié pachydermique d’un "March Of The Minotaurs" qui se fait par la suite magistralement atmosphérique. Cette dualité est omniprésente tout le long du disque, ce qui crée non pas une musique schizophrène mais un ensemble fini, accompli. A l’image du titre, "Flesh Ceremony", placé en outro et qui semble être le reflet apaisé du premier. Lourd et mélancolique, il conclue cette traversée lumineuse du Styx par un sentiment partagé : la joie d’être triste.

Poisseux et chaleureux, Hela signe avec Broken Cross un premier album raffiné. Il est indéniable que la musique des Espagnols possède un réel pouvoir évocateur, peu de groupes pouvant se vanter d’enfanter d’un premier album aussi beau et généreux. Accessible et riche, Broken Cross saura séduire tout amateur de rêverie mélancolique, sans doute moins les aficionados de cauchemars claustrophobiques. A l’image du visage de la déesse des morts, la musique oscille constamment entre l’ombre et la lumière, offrant un flot de contrastes merveilleux. Ce groupe mérite de rencontrer la reconnaissance du milieu, tant le travail effectué ici est digne de respect. En attendant le fameux second album qui viendra confirmer tout le bien qu’on pense d’eux, espérons que, cette fois-ci, le groupe se montrera peut-être plus aventureux, fort de ce premier album enchanteur.


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