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CHRONIQUE PAR ...

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Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 24 janvier 2014
Sa note : 16/20

LINE UP

-Rossana Landi
(chant+double basse)

-Daniel P
(e-guitare 8 cordes+guitare)

-Valerio M
(violon)

-Bradac
(piano+percussions+synthétiseurs)

TRACKLIST

1)  The Four Vibration
2)  Giostra Di Vapore
3)  Il Ballo degli Obesi
4)  Microcosm & Macrocosm
5)  Eden
6)  Virmana
7)  Melisse (Part 2)
8)  One Step in the Dark


DISCOGRAPHIE


Dismal - Giostra Di Vapore
(2013) - gothique électronique - alternatif - Label : Aural Music



Quelle est cette étrange machinerie, aux allures improbables, mêlant gracieusement nature et fine horlogerie, flottant au dessus d’une eau à peine troublée, comme suspendue au temps, exultant une grâce dans ses volutes de fumées ? Quel est ce Pi, irrationnel, suspendu à cette main délicate par un simple fil de plomb ? A mirer l’imagerie de Giostra Di Vapore, l’on s’interroge sur son contenu, car en effet, celle-ci ne présuppose pas une musique classifiée simplement comme « gothique ». Peut-on d’ailleurs attribuer une étiquette à Dismal ? Parler d’une musique expérimentale, alternative, riche, complexe et longuement maturée, serait plus sincère.
 
Sept ans se sont écoulés depuis Miel Dal Salice, cet album dépeint comme « la valse de l’esprit », un mélange subtil de poésie et d’espièglerie. Dismal aurait-il choisi de suivre le fil conducteur de ce dernier opus, considéré comme, justement, assez irrationnel ? Ne serait-ce que par la présence du titre "Melisse, part 2", Dismal nous laisse un indice et nous pouvons d’ores et déjà nous douter que Giostra Di Vapore s’inscrit dans la même veine d’inspiration. L’on y retrouve cette ironie, cette malice de gosses, avec notamment cette petite boite à musique si décalée dans  "Microcosm & Macrocosme" et qui ne résonne pourtant pas comme une naïve petite berceuse pour enfants, car elle ouvre simplement le bal à un sentiment très étouffant qui prend vite toute la place. A nouveau, Dismal nous plonge dans une atmosphère qui oscille tout à la fois entre le théâtral, le lyrisme et la modernité, un mélange équilibré sous-tendu par un sentiment d’amertume absolument divin.
L’ambiance est posée dès les premières secondes avec "The Four Vibration". De douces notes de piano, un violon plaintif qui se joint rapidement à lui, devenant très vite obsédant, de discrètes percussions qui palpitent littéralement en arrière fond ...  Une profonde tristesse s’empare immanquablement de nous, nous plongeant un instant dans une sorte de « morne » langueur. Mais le pouls finit par s’accélérer. Sans être violente, une montée s’opère et alors que la voix s’élève à son tour, répétant à l’envie ces simples mots : « Empathie », « Amour », « Moi », « Lux », on ne comprend déjà plus. C’est là tout le talent de Dismal : leurs compositions forment une métaphore musicale composée d’éléments pourtant si improbables, mais qui forment un tout : une image d’une grande poésie.
La musique de Dismal est catégorisée « gothique », nous l’avons dit. Probablement un peu hâtivement. Rossana Landi, la chanteuse de jazz qui avait rejoint le groupe naguère pour Miel Dal Salice, est toujours présente, offrant sa voix non pour jouer les nymphes drapées de noir déchirant son organe dans une complainte mièvre et romantique, mais en une savante rencontre de tonalités tenant à la fois du classieux et de la musique du monde. Ce sont tantôt de superbes échappées lyriques, alternées d’un phrasé un rien menaçant, puis un chant totalement contemporain, à la limite du pop parfois, mêlant en outre intimement les langues : italien, anglais et français se rencontrent ainsi, se mélange sans qu’à aucun moment l’oreille ne s’en trouve gênée. Rien que cette voix, a déjà tout pour nous confondre, nous perdre.
Et elle est soutenue par une instrumentation tout aussi déroutante : tour à tour atmosphérique, mélancolique ou électronique. Ainsi les notes classieuses d’un "The Four Vibration" laissent place à un "Giostra Di Vapore" limite New Age, tandis que le savoureux "Il Ballo degli Obesi" s’approcherait d’avantage d’une mixture entre musique sacrée et pop latine. Mais cette catégorisation n’est encore qu’un à-priori d’ensemble, car chaque morceau est en vérité structuré de façon à nous égarer, mêlant les genres avec finesse. "Vimana" ainsi, dans ses premières intonations, tendrai presque à nous transporter dans une sorte de conte exotique, s’il ne se poursuivait dans une touche de classicisme pour finir sur une note d’électronique quasi minimaliste  ! Avec "Eden", l’on se figure mirer un spectacle de cirque, pour ensuite se retrouver transportés au sein d’une Église et enfin être abandonné en pleine nature ?! Fermez juste les yeux, vous êtes dans un rêve surréaliste !

 
Au premier abord, l’on serait tenté de dire que cet album est très lisse. Les morceaux s’enchainent avec fluidité, suavité même, sans aucun accroc. Mais c’est à ne pas s’y méprendre ; nous n’avons pas à faire pour autant à un bloc compact. Chaque morceau recèle sa propre poésie, sa propre mise en scène, son individualité. Chaque morceau est complexe. Il faudra de nombreuses écoutes pour percevoir toutes les finesses de cet album et en percevoir le message caché, car Dismal, s’il a longtemps patienté pour nous révéler ce dernier projet, avait de bonnes raisons sans aucun doute : nous faire montre de sa pleine maturité. Dismal, qui porte fort mal son nom finalement, n’a en effet rien de « morne », sa musique est riche, construite, intelligente. Ou simplement savoureuse.



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