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CHRONIQUE PAR ...

101
Dommedag
Cette chronique a été mise en ligne le 23 novembre 2013
Sa note : 15/20

LINE UP

-Kevin Shields
(chant+guitare)

-Bilinda Butcher
(chant+guitare)

-Deb Googe
(basse)

-Colm O'Ciosoig
(batterie)

TRACKLIST

1) Soft As Snow (But Warm Inside)
2) Lose My Breath
3) Cupid Come
4) (When You Wake) You're Still In A Dream
5) No More Sorry
6) All I Need
7) Feed Me With Your Kiss
8) Sueisfine
9) Several Girls Galore
10) You Never Should
11) Nothing Much To Lose
12) I Can See It (But I Can't Feel It)

DISCOGRAPHIE


My Bloody Valentine - Isn't Anything
(1988) - pop rock noisy shoegaze - Label : Creation



La longue attente
Episode 3 :
Toujours en train de bidouiller avec leurs guitares et leurs pédales, nos quatre shoegazers décident de voir ce qu’ils peuvent faire sur un plus long format, après une suite d’EP et un premier album qu’il vaut mieux ne pas évoquer, sous peine d’être vulgaire et taxé de scatophilie. Et pour ceux qui n’avaient encore jamais écouté un disque de Post-Punk, ou des Jesus And Mary Chains, la surprise a dû être de taille.


Isn’t Anything est l’album le plus expérimental de My Bloody Valentine. Pas le moins réussi, cette distinction revenant à leur premier opus qui donnait dans un rockabilly peu intéressant. Il suffit d’écouter "Soft As Snow (But Warm Inside)" pour comprendre la chose. Pas de guitares, ou tout du moins, les contorsions hurlantes d’instruments fracassés, soutenu par une basse chaude et un chant doucereux et aérien, comme si Shields venait alors juste de se réveiller. La première fois, ce sera très surprenant, surtout si l’auditeur n’a écouté que Loveless, bien plus construit musicalement et développé. Cet auditeur-là aura une impression de vide au départ, car Isn’t Anything ne s’est pas payé le luxe d’avoir 15 ingés son, etc… Et pourtant, malgré un certain dénuement (un dénuement certain diront les mauvaises langues), le disque fonctionne, et présente nombre de ritournelles pop qui se fredonnent facilement, surplombant des bruits ressemblant plus ou moins à de la guitare.
Shields jouait déjà en 1988 à l’apprenti sorcier dans son laboratoire sonore, et triturait sa Jaguar pour lui faire rendre toutes sortes de cris, allant du râle de "Lose My Breath", et sa guitare à l’accordage douteux, au feulement de "Cupid Come". Le panel des sonorités est donc assez varié et les morceaux se ressemblent peu, en dehors de leur climat général, qui oscille entre le sommeil et l’hallucination que traduit la pochette, un peu comme si vous étiez un épileptique et que ce disque s’amusait à vous envoyer des flashs en pleine face. Enfin, que cela n’induise pas en erreur, malgré le fuzz, la distorsion, le tremolo et tous les effets utilisés, le disque est plus caressant qu’autre chose, principalement à cause des voix de Shields et Butcher, qui chantent de façon, enfantine et assez naïve des paroles clairement tournée vers l’érotisme, voire plus. Les titres des morceaux sont assez révélateurs de ce fait, d’ailleurs. Album plus court et fourmillant moins de détails que son illustre successeur, Isn’t Anything n’est pourtant pas accessible dès le départ.
Les compositions, légèrement moins imposantes et plus dépouillées, peuvent sembler un peu austères aux premières écoutes, le temps de réaliser le travail assez fantastique des voix, qui portent du coup le disque à elles-seules. Les exemples ne manquent pas, mais le plus parlant reste tout de même "No More Sorry", qui, en dehors d’une mélodie saturée, et de trois accords, ne se compose que de bruits de guitare superposés en une masse, que domine, et magnifie par la même occasion, le chant de Bilinda. Et c’est là que le génie de Shields ressort : cette capacité à produire des morceaux mémorisables et agréables à partir d’un peu de bruit et de chant, ainsi que l’illustre la fantomatique "All I Need". Évidemment, Isn’t Anything n’est pas exempt de défauts, dont le principal se nomme "Feed Me With Your Kiss", qui ne s’est pas améliorée depuis l’EP éponyme. Heureusement que le riff du départ envoie le bois correctement. On regrettera aussi le dépouillement général, pour chicaner, même si l’album a tendance à y gagner.


Un deuxième album (ou premier vrai, du point de vue de la cohérence artistique) qui préfigure d’une certaine façon l’opus-magnum à venir, en restant tout de même loin de ce qu’il contiendra, en dehors de quelques éléments. La formule MBV est pleinement définie ici, dans toute sa splendeur, si le trip brumeux peut être qualifié de splendide, avec ses chœurs vaporeux sur fond de guitares bruitistes, avec de nombreuses tentatives déjà fructueuses pour rendre audible l’inécoutable. En s’arrêtant là, MBV aurait sûrement marqué la scène pop de l’époque par sa volonté d’expérimentation, mais il fallut qu’ils persévèrent… et le résultat, on le connait.



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