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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 02 novembre 2013
Sa note : 16/20

LINE UP

-Mirai
(chant+basse+claviers)

-Shinichi
(guitares)

-Satoshi
(batterie)

TRACKLIST

1) A Victory of Dakini
2) The Knell
3) At My Funeral
4) Gundali
5) Ready for the Final War
6) Weakness Within
7) Taste Defeat

DISCOGRAPHIE

Scorn Defeat (1993)

Sigh - Scorn Defeat



Scorn Defeat commence de manière singulière et c'est dès le premier riff, puis le premier break qui arrive très vite, qu'il marque sa patte, impose sa présence comme une entité à part. Sauf que, attendez. On ne parle pas de Sigh et Scorn Defeat de cette façon en introduction. Non. On dit d'abord que Scorn Defeat entra directement dans la légende en étant un des rares albums parus sur le label de Euronymous, Deathlike Silence Productions. Ceci n'étant pas suffisant, le groupe est japonais et a été une sorte de coup de cœur de Euronymous qui les signa illico presto. Difficile de faire plus culte et occulte.

Malgré tout le respect que l'on peut avoir pour Euronymous (ou non, c'est selon), on peut mettre en doute ses capacités de découvreur de talents. Car à l'époque l'image était tellement importante, être evil, sataniste jusqu'au bout des ongles, que cela pouvait amener à des jugements hâtifs et extra-musicaux non pertinents. Pourtant, revenons à ce premier riff, ce premier break si vous le voulez bien. Ils ne sont pas là par hasard, oh que non ! Ils sont bel et bien annonciateurs de la chevauchée des Walkyries qui s'ensuivra. "A Victory of Dikini", cette première chanson, enchante par un break à la basse, soigne sa plastique avec des riffs simples mais noirs et originaux (on imagine à l'époque) et se permet un break totalement jazz hirsute et pourtant évident. "The Knell" enchaîne avec une intro faite de clavecins médiévaux pour entériner la patte unique des Japonais fous pour seulement enchaîner sur un riff que n'aurait pas renié Quorthon sur son Under the Sign of the Black Mark.
Seulement, rien n'étant bêtement simple chez Sigh, même dans sa primesautière jeunesse, break devra s'ensuivre, et il s'ensuit. Accords doucement égrainés sur fond de claviers doucereux et guitare sèche qui n'hésite pas à montrer le bout de son nez. Les personnes qui connaissent Sigh en 2013 savent parfaitement que Sigh est fou, follement fou et qu'il n'y a rien de bien étonnant ici. Sauf qu'en 1993 c'était plutôt inconnu et surtout le black metal venait d'exploser dans sa forme norvégienne, qui ne ressemblait en rien à ce qui vient chatouiller ici nos tympans. Et si de nos jours Sigh fait plutôt du metal progressif à tendance extrême, en 1993 on pouvait plus directement le rattacher au mouvement black metal. Plusieurs raisons : 1) Euronymous les a signés, ce qui ne signifie pas grand chose en soi, mais quand même. 2) Leur pochette montre pour la première édition une photo du groupe dans les bois et grimés black metal, la 2e édition est noire et blanche avec une sorte de démon asiatique du plus bel effet. 3) Surtout leur musique suinte le satanisme et la froideur typique du genre.
Satanisme et froideur glaciale qui ne prennent pas la forme de blast beats, ou si peu (une trace subsiste sur "At My Funeral" au riff délicieusement lent et black metal tremolo). Voici une autre caractéristique de l'album : son tempo. Mid tempo à la limite du lent, il monte très rarement dans les tours. Ajoutez à cela les riffs de qualité, originaux tout en simplicité, les multiples breaks hors contexte et forts à propos malgré tout (que dire de la piste 100% clavier "Bundali" ?) et un chant râclé black, mais au timbre... japonais à défaut de meilleur qualificatif et vous obtenez un album qui sort des sentiers battus et donne la réplique à tous les amateurs du genre qui ne le connaissaient pas encore. Assurément un défi pour ceux qui veulent un black le plus pur possible, pourtant même ceux-là seront vendus d'avance par la mention « approuvé par Euronymous ». Les autres devront faire avec un son d'époque et clair même si clairement digne d'un premier album, porteur d'un charme black metal impeccable. Seule la fin de l'album peut décevoir par une perte de vitesse artistique indéniable.


Que ressortir de tout ça ? Album indubitablement black metal, marque son territoire et son monde par des compositions osées, ornées de multiples breaks défiant la logique et une ambiance noire comme on les aime. Une découverte tardive pour votre serviteur, mais un coup de cœur vous l'aurez deviné. Tout n'est pas parfait évidemment, certaines parties restent approximatives, tout comme l'enveloppe technique (largement satisfaisante au demeurant). On peut regretter une fin décevante et un certain manque de rythme par moments, mais l'ambiance globale de l'ensemble veut ça. Un indispensable donc pour connaître les possibilités du black metal, mais pas indispensable à la compréhension du genre tant il en est un électron libre.

P.S. : parmi multiples éditions, existe une avec en bonus les démos hommage à Venom du groupe... très dispensable au vu du son abominable. Mais bien plus bestial.



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