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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 16 juin 2013
Sa note : 11.5/20

LINE UP

-J. Sandin
(chant+claviers)

-H. Karlsson
(guitare+basse)

TRACKLIST

1) Gammal Krigare
2) Undrets Tid
3) Fate's Door
4) Moder Liv Till Grav
5) Ursprungskällan
6) Patterns
7) Gränslös Gräns
8) Grey Man
9) I Dödens Famn
10) Rimthurs

DISCOGRAPHIE

Shaman (2013)

Eldkraft - Shaman
(2013) - heavy metal black metal doom metal Viking metal - Label : Metal Blade Records



-Ah non mais là il y en marre ! Mon ami, vous êtes un guide très sympathique, mais nous ne sommes pas venus jusqu’ici, à Vikingmetalstaat pour voir les trucs aseptisés que vous nous montrez ! Pourquoi pas aller manger au McDo non plus !! Nous on veut voir de l’au-ten-thique, alors vous allez nous montrer du Viking, du vrai !
-Booon, comme vous voulez, simplement, il faut que vous sachiez que ce n’est pas toujours…
-Ah tiens chérie regarde : la taverne d’Eldkraft. Menu spécial du « Shaman ». Ça, ça sent le casque à cornes ! Allez hop, on y va !
-Non mais attendez ! Attendeeeez !! Ah merde trop tard…

 
Eh bien oui, des fois il faut faire attention où on met les pieds, ou dans le cas du metal, où on promène ses oreilles. Avec Shaman, premier album du duo norvégien d'Eldkraft, ça peut même tourner à la catastrophe, parce que sincèrement, se prendre dans la gueule le chant de J. Sandin sur les deux premiers titres, comme ça, sans avoir été prévenu, c’est dur, très dur. Sont-ce les deux tonneaux de jus de cervelle d’ennemis tués à mains nues qui lui ont monté à la tête deux chansons durant ? Peut-être, en tout cas, le résultat fait penser à un ogre saoul se prenant pour Warrel Dane. Autant dire que cueilli à froid, l’auditeur dont la mission sur terre n’est pas de chroniquer des albums métalliques risque bien de pratiquer le lancer de CD ou de lecteur MP3 selon le cas, avec les dommages matériels qui en découlent. Pour ne pas en arriver à ces extrémités, il suffit de commencer l’audition de Shaman à la troisième piste, et le tour est joué. Les effets de la boisson ou de la surexcitation retombés, notre vocaliste recouvre ses esprits et son chant devient acceptable, certes outré, façon viking-metal (on pensera par exemple à Fenriz sur "Vinterskugge"), mais audible, ce qui permet à l’auditeur de pouvoir enfin se centrer sur la musique et apprécier les charmes de cette dernière, tout au moins sur les quatre morceaux suivants.
Eldkraft donne dans le viking metal lourd, relativement lent et s’appuie très essentiellement sur les instruments traditionnels métalliques, même si quelques claviers guerriers se font entendre, comme sur "Patterns", peut-être la meilleure chanson de l’album, également atypique par sa fin accélérée. La production est honnête, sans être transcendante et de "Fates Door" à "Patterns", il est assez facile de succomber au charme de cette sorte de heavy-doom scandinave, sorte de mélange entre Bathory époque épique, Hades (Alimighty) et les méridionaux de DoomSword. Mélodies assez léchées, section rythmique qui envoie bien comme il faut, refrains invitant à lever haut sa choppe de boisson forte scandinave, on ne crie pas au génie, mais on se dit que finalement le mauvais départ n’était qu’un accident. Les trois derniers titres refroidissent hélas l’enthousiasme naissant. Non, J. Sandlin n’a pas une nouvelle attaque d’angoisse, c’est simplement que le qualité des compositions s’est dégradée. Si "Gränslös Gräns", malgré la présence de blast-beats qui tombent comme un cheveu sur la soupe et une structure quelque peu hasardeuse, séduit encore par son ambiance menaçante, "Grey Man" ne sait pas trop où aller et "I Dödens Famn" est carrément rébarbative. Si l’outro très ambiance black-metal finit l’ensemble de manière un peu plus concluante, on ne peut s’empêcher de penser que la moitié de l’album est de trop.


La bouteille est-elle à moitié vide ou à moitié pleine ? Vu qu’il s’agit d’un premier album, je choisis la seconde option. Eldkraft a indéniablement du potentiel, potentiel que les artistes démontrent au milieu de l’album, le temps de plusieurs morceaux vraiment réussis. En vue de la prochaine livraison, il serait tout de même préférable que le chanteur modère un peu ses ardeurs lyriques et que les deux Scandinaves s’attèlent à garder une qualité de composition constante. S’ils y arrivent, Eldkraft pourra sérieusement demander à faire partie de la noblesse du viking metal mélodique.



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