5942

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 26 avril 2013
Sa note : 17/20

LINE UP

-Fuyuki "Fuki" Tenge
(chant)

-Suzuki "Oreo" Reona
(chœurs+claviers)

-Sano Hana
(chant+batterie)

-Midorikawa "Tomo-Zo" Tomoko
(guitare)

-"F. Chopper" Koga Michiko
(basse)

TRACKLIST

1) Loud Twin Stars
2) Merrily High Go Round
3) Take My Chance
4) Monopoly
5) Roll Playing Life
6) Fragrance
7) Karakuri Town
8) Omocha no heitai (Toy Soldier)
9) Doll’s Box
10) Nude Rythm

DISCOGRAPHIE


Doll$boxx - Dolls Apartment



Si l'on établissait un ratio de notoriété des formations musicales nippones ayant percé hors de l'archipel sismique, le résultat serait sans doute très faible – malgré une marge probablement confortable sur Bahreïn ou le Turkménistan. Bien sûr, il serait malhonnête de réduire la scène musicale du Pays du Soleil Levant aux intitulés improbables que s'échangent avec délectation les internautes mélomanes – difficile de résister au plaisir de citer Psycho Le Cému, Dir En grey, Moi Dix Mois ou... Gerard. Cependant, hormis quelques honorables exceptions comme les accidentés capillaires de X-Japan, les black metalleuses controversées de Gallhammer ou les vétérans de Loudness, force est de constater que la réputation du metal japonais dans les contrées francophones demeure confidentielle. Ce qui est un peu injuste car, contrairement à un visuel souvent déroutant pour le public européen, le contenu peut se révéler très intéressant. Avec les pépettes de Doll$boxx, il devient carrément excitant.

Rien ou pas grand chose ne laisse pourtant augurer du plaisir procuré en tout bien tout honneur par ce quintet de charmantes rockeuses attifées comme des collégiennes pré-pubères - alors qu'elles ont largement dépassé l'âge de fréquenter les bancs de l'école - dans la plus pure tradition érotico-soft japonaise. Le nom du collectif et la pochette raccord feraient sans doute frémir quelques responsables d'associations féministes, même si tout cela reste finalement très sage. Dolls Apartment, sorti initialement le 12/12/12 et distribué au Japon par King Records a fait l'objet d'une édition digitale sur le label français Bishi Bishi le 11/02/13 : le contact initial fait donc naître la crainte légitime de se retrouver devant une énième section de J-Pop dégoulinante de mélodies nunuches et de braillements acidulés. Informations prises sur le pedigree des protagonistes, la sérénité reprend le dessus. Car Doll$boxx est en fait l'association des membres de Gacharic Spin avec la chanteuse de Light Bringer, deux gangs officiant dans un speed metal à synthés qui bastonnent sévère - surtout le second. Une sorte de super-groupe, en quelque sorte, bénéficiant d'un soutien apparemment conséquent puisque chaque chanson a fait l'objet d'une vidéo à l'exception du dernier - une réinterprétation d'un titre de Gacharic Spin. Les mesures liminaires de "Loud Twin Stars" en ouverture relancent l'inquiétude: une batterie en fer blanc, un clavier désagréable ? Le temps du doute sera court: le tsunami qui se lève dès le riff inaugural ne faiblira pas, ballotant l'auditeur au gré des vagues incessantes de ce metal aussi véloce qu'ultra-mélodique.
Ce qui marque d'entrée, c'est le mur du son bâti à coup de synthés tourbillonnants et de basse virtuose, renforcé par un couple guitare/ batterie en retrait par rapport à la plupart des productions métalliques occidentales. Le résultat peut laisser perplexe, mais une fois assimilée la prégnance des claviers d'Oreo Reona, se laisser happer par les compositions accrocheuses de Dolls Apartment est un délice. Leur structure ne brille toutefois pas par son originalité tant le canevas commun est scrupuleusement respecté: une courte intro égrenée le plus souvent aux synthés précède un riff détonnant sur lequel les instrumentistes se lâchent avant de faire place nette à la chanteuse, qui maintient la tension sur des couplets habilement liés aux refrains déboulant façon tornade par des ponts d'une fausse quiétude. Ce bon vieux schéma du calme avant le tempête fait l'objet ici d'un soin particulier qui malmène sérieusement la tonalité très pop des mélodies et atténue la troublante impression de ressemblance d'une piste à l'autre. Si les trois premières présentent indéniablement un cousinage prononcé, l'ouragan claviers/basse relayée par un growl de malade expectorée par Hana - la batteuse/chanteuse aux cheveux bleus - évite à "Take my Chance" de passer pour une simple variation de l'occurrence précédente. D'ailleurs, si la titulaire du micro au sein de Gacharic Spin se contente d'un rôle de soutien chez Doll$boxx, ce n'est évidemment pas anodin.
En effet, la blonde Fuki constitue une incontestable valeur ajoutée sur cette réalisation, tant la puissance et la justesse de ses vocalises font merveille. Certes, elle ne rechigne pas à grimper haut en tessiture, à l'instar de nombre de ses compatriotes féminines à la stridence typique, mais la fluidité de ses lignes de chant optimise l'impact des morceaux. Tout semble couler de source à l'entendre ainsi s'époumoner sans jamais donner le sentiment de forcer, se mettant au diapason des bêtes de technique qui l'entourent – ce qui ne la change guère de Light Bringer, soit dit en passant. Il est tout de même assez bluffant d'observer ces jeunes filles au physique d'adolescente distribuer les parpaings avec une décontraction confondante – mention spéciale à Tomo-Zo, la shreddeuse à l'infatigable sourire et la démoniaque bassiste « F. Chopper » Koga, véritable pilier sonique de l'orchestre, qui slappe et virevolte tant et plus sur des tempos majoritairement élevés, faiblissant uniquement sur le central et mélancolique "Fragrance" et la semi-ballade "Doll’s Box". Et si quelques passages moins inspirés affleurent ça et là – l'introduction un peu toc de "Roll Playing Life" ou les claviers soûlants sauce gabber sur "Karakuri Town", d'autres font passer de purs moments de bonheur, comme "Monopoly" ou le véritable bijou qu'est "Omocha no heitai", sur lequel Fuki parvient à faire perler l'émotion tout en couvrant le bruit d'un A-380 au décollage.


Loin des japoniaiseries qui font fuir, Dolls Apartment dégage une énergie euphorisante qui prouve que l'alliance entre sens suraigu de la mélodie et gros son qui arrache triomphe de toutes les médiocrités, pourvu que le talent d'écriture – et d'exécution – soit au rendez-vous. Tous ces éléments sont réunis sur ce recueil de couplets divins et autres refrains dévastateurs. Alors si vous recherchez l'exotisme sans pour autant risquer la désorientation traumatisante, l'expérience hors normes de Doll$boxx vous est destinée.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4