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CHRONIQUE PAR ...

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Archaic Prayer
Cette chronique a été mise en ligne le 31 mars 2013
Sa note : 18/20

LINE UP

-Scott Carlson
(basse+chant)

-Matt Olivo
(guitare)

-Aaron Freeman
(guitare)

-Dave "Grave" Hollingshead
(batterie)


TRACKLIST

1) The Stench of Burning Death
2) Eaten Alive
3) Acid Bath
4) Slaughter of the Innocent

5) Decomposed
6) Radiation Sickness
7) Splattered Cadavers
8) Festering Boils
9) Pestilent Decay
10) Crematorium
11) Driven to Insanity
12) Six Feet Under
13) Bodily Dismemberment
14) Repulsion
15) The Lurking Fear
16) Black Breath
17) Maggots in your Coffin
18) Horrified



DISCOGRAPHIE

Horrified (1989)

Repulsion - Horrified
(1989) - grindcore - Label : Earache Records



Toute logique voudrait que les genres de metal, bien que les groupes fondateurs ne soient pas à oublier, soient devenus plus travaillés, avec un peu plus de mélodie et de puissance. Bref, ils seraient revenus vers le heavy, comme prophétisaient certains. Prenez Possessed pour le death et Bathory pour le black : aujourd'hui, les deux sous-genres sont mieux foutus (Death et Dissection, notamment), mais les deux groupes sus-cités restent la base. Avec Repulsion, le grindcore a peu fait exception, puisque Brutal Truth et Terrorizer en sont deux bons exemples. Mais il se trouve que ce genre, tant il tourne en rond, devrait revenir à ce quartette qui enfanta dans la douleur son unique album, en 1986, au vu de ces groupes de gore-grind ou de slam death évoquant Suffocation, Cannibal Corpse et Carcass.

Alors, que Repulsion a créé un prototype du grindcore, tout le monde l'a bien compris (D.R.I, Siege, Slayer, Venom, Discharge et Celtic Frost étant les influences habituelles). Mais l'intérêt tout particulier de ce groupe du Michigan, c'est de s'être révélé presque plus accessible que Napalm Death. En effet, il fait partie de la brochette de groupes où Schuldiner aurait officié (avec Massacre et Slaughter), et surtout il se rapproche plus de Cryptic Slaughter et ces autres hordes de crossover. Après une panoplie de démos sous le nom de Genocide, qui s'appelait aussi Tempter, puis Ultra-Violence (qui joua tout de même avec Slayer et Corrosion of Conformity), le quartette enregistre sa démo en juin 1986 (en même temps que tous les groupes fondateurs du death tels Master, Morbid Angel et autres Slaughter) dans des conditions presque similaires à celles du groupe de Harris, mais sans label. Bien entendu, il est légitime de se demander ce que Repulsion a de différent par rapport à Napalm Death. D'abord une approche du punk supersonique directement inspirée du hardcore américain, qui se montra plus radical et violent que le punk anglais. Il n'y a qu'à entendre ce jeu de batterie, frappé sur la cymbale, qui fait mieux ressentir l'aspect dissonant et transpirer la folie. Même si depuis on a fait plus rapide (notamment Pete Sandoval chez Terrorizer), il reste cette violence propre au style (palpable sur "Driven to Insanity" et son presque blast sur la caisse claire).
Et sinon, à part cette différence de style entre batteurs ? Et bien, les deux groupes se différencient aussi par la production et les vocaux, en fait. Repulsion déchaine un gros deathcore / thrash (comme on disait à l'époque) ultra-rapide et d'une violence encore intacte malgré les années. La production est finalement plus puissante et viscérale que sur Scum, dont les amplis donnent plutôt l'impression d'entendre un doberman grogner (comme dans tout groupe de hardcore anglais, d'ailleurs). Les structures sont assez simples et répétitives, mais terriblement efficaces. Dès la première chanson, la culte "The Stench of Burning Death", on a affaire à un death metal crade, véloce et lourd ("Black Breath", le grind qui tue sans blast !). Malgré des solos encore plus débiles et épileptiques que chez Slayer (impro totale à ce niveau), la basse ultra-saturée donne à l'ensemble une ambiance écrasante et Dave Grave canarde tout ce qui bouge, ne laissant aucune ouverture ni angle mort dans sa fenêtre de tir (il n'y a qu'à entendre "Pestilent Decay" ou "Crematorium"). Et puis la raison pour laquelle tous les grindeux devraient revenir à ce groupe, c'est le chant. Non mais bordel, ce hurlement punk tape si fort qu'il ferait la nique à pas mal de groupes actuels. Ainsi, les morceaux s'enchainent parfois ("Acid Bath" / "Slaughter of the Innocent" puis le slayerien "Radiation Sickness") à une vitesse folle et les trois derniers morceaux font culminer la violence avec le redoutable "Maggots in your Coffins".
Mais surtout, ce qui fait vraiment la puissance de ce disque, réédité à deux reprises, c'est son caractère intemporel. En 1986, les fanzines thrash sont tous sur le cul, y voyant un groupe qui arrive à réduire Cryptic Slaughter, Kreator et autres Mörsure, à l'état d'éléphant sous narcotiques. En 1989, c'est au tour des magazines, qui se permettent de l'apprécier sur vinyle, de l'encenser et le trouver soudainement moins bruitiste et ennuyeux que les autres groupes de grind (même Decibel of Death avait rejeté Scum à cause de la face B en 87). Il faut bien reconnaitre que le chant aide beaucoup, comme ce côté destroy qui contraste violemment avec un Reek of Putrefaction, et rivalise toujours avec le cultissime From Enslavement to Obliteration. Enfin, aujourd'hui, si des groupes de death et de grind reprennent certains de leurs morceaux, il arrive que ce soir trop dénaturé (Mortician, notamment). Et à l'instar de Scream Bloody Gore, qui dégage toujours autant une violence surannée, Repulsion, avec ce Horrified, réussit à se montrer plus écoutable que toute cette horde de slam death au bruit de lavabo qui se débouche et de gore-grind aux pochettes ridicules à force de refaire comme les premiers Carcass (la musique aussi). Sans parler de certains groupes de brutal death qui, malgré un niveau technique irréprochable et une brutalité à tomber par terre (argh, Origin !), peuvent se révéler lassants après une poignée d'écoutes.


Même si Repulsion n'a pas enfanté une vraie discographie, il reste un groupe légitimement culte. D'ailleurs, de par leur reformation après la réédition de Necrosis Records (merci Bill Steer et Jeff Walker), branche américaine de Earache, ils semblent démontrer à leur façon le système du « ça marche en Angleterre, ça marche donc aux USA » (d'ailleurs, il reste aussi un passage à la télé locale du Michigan en 1991 disponible, malgré le fait que le chant soit plus convenu). Aux côté des Strappado de Slaughter, Abominations of Desolation de Morbid Angel et l'album avorté de Master, Repulsion montre le death à sa source, comme le speed-core le plus destroy qu'il soit possible d'imaginer. Et il est un de ces rares maîtres que les élèves n'ont pas pu, ou alors peu, dépassé. Ainsi, il ne reste plus qu'à hurler comme Carlson, qui donne réellement envie de reprendre en chœur les morceaux violents de ce disque intemporel et d'une sauvagerie inouïe.


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