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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 20 mars 2013
Sa note : 17/20

LINE UP

-Warrel Dane
(chant)

-Jeff Loomis
(guitare)

-Jim Sheppard 
(basse)

-Van Williams
(batterie)


TRACKLIST

1) Narcosynthesis
2) We Disintegrate
3) Inside Four Walls
4) Evolution 169
5) The River Dragon Has Come
6) The Heart Collector
7) Engines of Hate
8) The Sound of Silence
9) Insignificant
10) Believe In Nothing
11) Dead Heart in a Dead World

DISCOGRAPHIE


Nevermore - Dead Heart In A Dead World
(2000) - thrash metal atypique et moderne - Label : Century Media



Punaise de punaise ! Vous rendez-vous compte qu'un album sorti en 2000 est déjà âgé de 13 ans ? Vous rendez-vous compte que certains CD que vous êtes allés chercher chez votre disquaire à l'époque sont désormais devenus des chefs-d'oeuvre unanimement reconnus tandis que d'autres sont tombés dans le vide intersidéral, oubliés de tous ? Vous rendez-vous compte que Dead Heart In A Dead World est aujourd'hui orphelin, Nevermore ayant aujourd'hui splitté là où à l'époque, This Godless Endavor n'était même pas encore né ? Mazette, le temps est sans pitié et je me sens vieux !

Mais rassurez-vous car Dead Heart ne craint pas le temps. Il serait même plutôt du genre à lui mettre sa pâtée tant il pourrait sortir en 2013 sans que personne ne soit choqué par un quelconque anachronisme. Finalement, la formule pour durer consiste surement à fonder un genre ou à se détacher très largement des genres existants, comme le fait le combo de Seattle. Car Nevermore, s'il peut raisonnablement être classé parmi les groupes de thrash américain, est un défi à la nomenclature et aux étiquettes. Tenez, le thrash va vite par exemple. Très vite même. Pas de bol, Nevermore n'évolue que peu dans la grande célérité et ralentit souvent le jeu pour se faire plus pesant et sombre ("Evolution 169", "The River Dragon Has Come", "The Heart Collector"...). Le thrash est aiguisé comme une fine lame ? Nevermore attaque plutôt par en bas, armé d'une guitare 7 cordes grave et contondante en diable. Quant au chanteur de thrash, souvent vindicatif  et l'oeil injecté de sang, il est ici remplacé par un Warell Dane au chant plus posé, affreusement complexe et maîtrisé. Bref, l'étiquette thrash n'est accolée à Nevermore que par simplification. Pourtant... pourtant il y a bien quelque chose de thrash chez Nevermore.
La vélocité n'est pas entièrement mise à l'écart ("We Desintegrate"), les paroles sont critiques, tapant à loisir sur la drogue, la religion, le gouvernement. Les soli ne sont pas en reste non plus. Bien que moins véloces que ceux de Kerry King, les soli de Jeff Lommis allient performance de shred et touché désabusé ("Inside Four Walls"). Mais le plus gros rapprochement entre ce Dead Heart et le genre phare de la Bay Area tient surtout et avant tout aux riffs. Car Nevermore est une machine à riffs. Un monstre d'efficacité. De l'opener "Narcosynthesis" aux premières seconde de "Engine of Hate" en passant par le brûlot qu'est "Inside Four Walls", Nevermore développe une puissance certaine et implacable qui, dans ses meilleurs moments, prend des allures de fin du monde. 
Nevermore est sombre, Nevermore est puissant, Nevermore est différent... et Nevermore sait comment mettre l'auditeur dans sa poche. Car outre la force obscure qui se dégage de la musique des Américains, ceux-ci ont pris soin de peaufiner leurs compositions. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce disque complexe est hanté par les tubes aux refrains mi-entraînants, mi-mélancoliques, et redoutablement mis en valeur par ce chant atypique et habité qui s'adapte aussi bien aux morceaux les plus vindicatifs (plutôt placés en début d'album) qu'aux power ballads (que l'on retrouve sur la fin). Là où "We Disintegrate" présente le visage torturé du combo, un morceau comme "Believe In Nothing" pourrait être un cru de Tobias Sammet : même genre de mélodie, même genre de feeling. Étonnant ? Ouaip, pour sûr ! Dead Heart mène l'auditeur à s'étonner pour se nourrir de cet étonnement. Rien n'est classique, rien n'est simple. Les morceaux les plus catchy affichent des structures complexes et les plus complexes ne ressemblent à nulle autre.


Je me souviens d'un sujet de géographie en Terminale: "Le Japon : entre tradition et modernité". A l'écoute de Dead Heart, j'aurais envie de proposer : "Nevermore: entre tradition et modernité. Vous expliquerez comment, en faisant se rencontrer des éléments classiques (riffs bétons, soli de qualité, section rythmique forte, refrains efficaces...) et des éléments plus modernes (chant unique, guitare 7 cordes très grave, morceaux alambiqués...), Nevermore parvient, sur Dead Heart In A Dead World, a créer une musique puissante, désabusée et intemporelle. Vous avez tout le temps que vous désirez. 


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