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CHRONIQUE PAR ...

16
Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 11 février 2013
Sa note : 11/20

LINE UP

-Stephan Dietrich
(chant+piano)

-Peter Langforth
(guitare)

-Alexander Backasch
(guitare)

-Dirk Freil
(basse)

-David Schleif
(batterie)


TRACKLIST

1) Intro
2) The Alliance
3) From Outer Space
4) Waiting for a Sign
5)
 Beneath the Surface
6) Along the Rising Sun
7)
 Eden Lies in Ruins
8) Rain
9) Crescent Moon
10) We Came from the Gutter

DISCOGRAPHIE


Alpha Tiger - Beneath the Surface
(2013) - heavy metal - Label : Century Media



Alpha Tiger est une formation tournée vers le passé et qui ne s'en cache absolument pas (ce serait difficile d'ailleurs vu leur look anachronique). Ce type de démarche a toujours divisé la communauté metal : certains se contentent de juger la musique proposée, d'autres considèrent qu'il n'y a aucun mérite à utiliser des recettes qui ont fait leurs preuves depuis des lustres. Une assertion qui reste à prouver d'ailleurs : ce n'est pas parce que vous suivez les indications d'un bouquin de cuisine d'un chef étoilé que vous allez sortir un plat digne d'un restaurant gastronomique…

Le premier écueil qui menace ce genre de groupes, c'est le piège de la repompe éhontée. Sur ce point, Alpha Tiger s'en sort haut la main : on peut bien déceler une ou deux ressemblances cì et là, comme le solo de "Waiting for a Sign" qui enchaîne un plan tiré de "Painkiller" avec un autre tiré de "The Prisoner", mais aucun plagiat flagrant n'est à signaler, du moins pas à ma modeste connaissance. Etonnamment, le seul vrai copier/coller ne concerne ni Maiden ni le Priest, mais… Hammerfall, puisque le riff d'intro de "Eden Lies in Ruins", même pas utilisé par la suite en plus, est exactement le même que celui de "Steel Meets Steel". On pouvait s'attendre à pire… Niveau influences, sans surprise, on retrouve pas mal de bouts de Maiden sur cet album, surtout au niveau des guitares qui nous ramènent à la période Di'Anno, mais aussi dans certains petits détails comme le pattern de batterie après la douce intro de "Rain", où le batteur nous montre qu'il a bien potassé son Petit Clive Burr illustré. On retrouve aussi pas mal de Helloween, non seulement parce que le chanteur sort tout droit de la Kiske Academy (avec une petite touche théâtrale à la Geoff Tate), mais aussi parce que l'album allie speed mélodique et heavy plus classique, à la manière de Walls of Jericho.
Sur le plan musical, Alpha Tiger nous propose une dizaine de compositions énergiques (et parfois carrément débridées comme "The Alliance" ou "Rain") et racées, qui lorgnent davantage sur ce qui se fait outre-Manche qu'outre-Rhin (si vous cherchez du gros refrain en forme d'hymne, passez votre chemin). Le groupe est adepte des structures classiques couplet / refrain, puisque seul "Crescent Moon" ose s'aventurer dans des contrées plus progressives. Ceci dit, hormis le single "From Outer Space" et "Along The Rising Sun", titre direct aux mélodies légères et accrocheuses, toutes les chansons flirtent ou dépassent la barre des 6 minutes. Déjà, parce qu'Alpha Tiger a la bonne habitude de soigner ses intros, avec une certaine tendance à commencer en douceur, faisant croire à l'arrivée de l'inévitable ballade (qui n'arrivera jamais d'ailleurs) avant d'envoyer la sauce ("Waiting for a Sign", "Rain", et "Crescent Moon") ; ensuite, parce que le groupe a décidé de mettre à l'honneur sa paire de guitaristes, et c'est une idée très judicieuse tant ces derniers brillent de mille feux. Les passes d'armes en solos sont légions et sont toujours de grands moments tant les deux gaillards ont un sens du phrasé à la hauteur de leur niveau technique.
Malheureusement, toutes ces bonnes dispositions sont ruinées par un chanteur qui se montre bien trop limité pour remplir efficacement son rôle. Stephan Dietrich est aussi agaçant que Jérémy Menez sur un terrain de foot : capable par moment de très belles choses, il peut aussi bien tout faire foirer dans la minute suivante. Ses nombreuses approximations peuvent prendre plusieurs formes : pas mal de fausses notes, des embardées plus ou moins maîtrisées dès qu'il prend des libertés avec les lignes de chant initiales, notamment quand son élan l'emporte vers des aigus au-dessus de ses moyens, des maladresses parfois gênantes lorsqu'il veut sonner plus théâtral (son « You have to follow me ! » sur le dernier couplet de "Beneath the Surface" est particulièrement crispant), un travail insuffisant sur les mélodies vocales, comme s'il n'avait découvert les lignes de chant qu'une fois arrivé au studio (flagrant sur le couplet de "Waiting for a Sign", où c'est la panique à chaque fin de phrase), ou, plus anecdotique, un « Yeah ! » façon Dickinson en mode peine-à-jouir sur "Waiting for a Sign" (décidément, et pourtant il s'agit d'un des meilleurs titres de l'album)… Dietrich a opté pour un style très brut, avec toutes les limites que cela induit.


Quand un groupe décide de jouer une musique aussi datée, une seule question demeure : si j'ai subitement envie de heavy 80's et que je veux écouter autre chose que mes vieux Maiden, est-ce que Beneath the Surface sera capable d'assouvir ma soif ? Clairement, la réponse est non. Les compos ont beau être sympathiques (sans être renversantes non plus), elles sont tirées vers le bas par un chanteur qui a oublié qu'en plus de chanter très haut, Kiske savait avant tout chanter juste. Si Alpha Tiger veut avancer, et surtout si ses deux guitaristes ne veulent pas passer leur temps à se démener pour rien, il va falloir se poser les bonnes questions.


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