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CHRONIQUE PAR ...

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Moumou le hibou
Cette chronique a été mise en ligne le 03 novembre 2012
Sa note : 18/20

LINE UP

-Andreas Hedlund
(chant)

-Øystein G. Brun
(guitare)

-Jens F. Ryland
(guitare)

-Lars A. Nedland
(claviers + chant)

-ICS Vortex (Simen Hestnæs)
(basse + chant)

-David Kinkade
(batterie)


TRACKLIST

1) Epochalypse
2) Roots
3) The Beauty of Dead Cities
4) The Earthling
5) The Plains of Memories

6) Mount Regency
7) Frostrite
8) The Winter Eclipse
9) In a Deeper World

DISCOGRAPHIE

Universal (2010)
Urd (2012)
Winter Thrice (2016)

Borknagar - Urd
(2012) - black metal extrême progressif - Label : Century Media



Notre Terre va mal. Entre la pollution, le pillage des ressources naturelles, le gaspillage... il y a de quoi déprimer. Cependant, on observe une prise de conscience (des commerciaux?) qui nous laisse penser qu'il est possible de faire autrement. Alors que certains manifestent dans les rues, les Norvégiens de Borknagar nous offrent  leur petit dernier : Urd. Quoi? Comment ça un nom à coucher dehors? De toute façon il est ici question de Dame nature donc plus vite on y sera...

Autant le dire tout de suite, l'album est bon, voire carrément dantesque. La subtilité et la grandeur sont au rendez-vous que ce soit au niveau des constructions des morceaux, de l'interprétation ou des orchestrations. Qu'on soit écolo ou none comment ne pas succomber face à l'alchimie naturelle des voix de Hedlund (dont le très bon dernier opus Orkan est chroniqué en ces lieux) et de l'enfant prodigue ICS Vortex, ayant quitté la formation pour Dimmu Borgir mais étant de retour pour notre plus grand plaisir auditif ? Les refrains sont accrocheurs et immédiatement mémorisables ("Roots","The Earthling", "The Beauty of Dead Cities"). Les ambiances, quant à elles, sont à l'images des thèmes abordés, cela sonne très "naturaliste" (gardez vos vêtements, je n'ai pas dit naturiste !). Il est possible d'appréhender l'oeuvre comme un film avec en guise d'ouverture la fin du monde moderne ("Epochalypse"), puis vient le moment pour l'humanité de se recentrer sur ses racines ("Roots") avant de s'élever spirituellement (le climax étant atteint sur la grandiose "The Earthling") afin de prendre conscience qu'un autre monde est possible ("In a Deeper World"). On est donc bien loin des débuts purement païens du groupe, ce qui n'est pas un mal lorsqu'on voit la pléthore de groupes dans ce style actuellement ; ici les membres semblent bien au-delà de ça et nous renvoient à des préoccupations universelles.
La production est en adéquation avec le propos. Pas de batterie triggée à l'excès, pas de guitares au son compressé, une basse audible : le bonheur pour savourer la richesse des compositions. Pour les plus rebutés par le son typique du black nordique des 90's (Darkthrone, Immortal, Burzum...) ne fuyez pas, Urd sonne naturel mais dans le sens cristallin où chaque instrument trouve sa place sans empiéter sur les autres en étant sur mixé. L'ensemble n'est pas très violent bien que cela blaste sévèrement sur certains passages ("Epochalypse", "Mount Regency", "The Winter Eclipse"). Le coeur de l'album se situe dans l'aspect transcendental des mélodies qui nous emmènent très haut (l'instrumental "The Plains of Memories" en est le parfait exemple avec ses arpèges magnifiques). Les solos, qu'ils soient de guitare ou de claviers, illuminent les compositions tels des rayons lumineux sur les grands espaces composés de lacs et de montagnes auxquels nous renvoient les rythmiques. Au niveau des structures, Borknagar ne fait pas dans la facilité (d'où la mention "progressif" à leur black metal) mais tout se suit simplement grâce à la fluidité des enchaînements. L'écoute est alors instantanément agréable même pour l'auditeur pas spécialement attiré par la musique progressive. Comme une immense forêt vue du ciel, on ne distingue la richesse et la complexité que si on se penche sur la multitude de détails de cet ensemble uniforme. 


Borknagar signe un album (manifeste) d'une grande classe. Les forces invoquées (naturalo-mystiques) terrassent notre vision de la modernité, une modernité qui asservit l'homme au lieu de le servir, pour proposer quelque chose de simple (la nature) mais profond (la spiritualité, le cosmos). L' album parfait à écouter le 21 décembre 2012 (pour peu qu' on y croit) en espérant le passage à une nouvelle ère, non pas celle de l'amour (ça c'était en 1969 à Woodstock et on voit le résultat), mais celle du retour aux fondamentaux de la civilisation (tous à poil dans la forêt ?). Une bien noble démarche pour une oeuvre d'exception !


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