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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 09 octobre 2012
Sa note : 15/20

LINE UP

-Tilo Wolff
(chant + piano + guitare + basse)

-Anne Nurmi
(chant)


TRACKLIST

1) Irgendein Arsch Ist Immer Unterwegs
2) If the World Stood Still a Day
3) Verloren
4) This is the Night
5) Interlude - Feuerzug (Part I)
6) Feuerzug (Part II)
7) Refugium

8) Weil Du Hilfe Brauchst
9) Rote Sinfonie
10) Revolution

DISCOGRAPHIE

Sehnsucht (2009)
Revolution (2012)

Lacrimosa - Revolution
(2012) - rock gothique symphonique - Label : Hall Of Sermon



Il y a dans la mélancolie de Lacrimosa quelque chose de joyeux, comme un élégant romantisme sombre ne cherchant pas à ôter toute saveur à la vie, mais à lui donner au contraire une profondeur émotive, ce fameux Sehnsucht dont Tilo nous parlait lors de son interview il y a trois ans à l’occasion de la sortie de son précédent album. Les choses n’ont évidemment pas changé avec Revolution qui, malgré son titre, est dans la droite ligne de ce que Lacrimosa nous a toujours proposé – un voyage vers des contrées en noir et blanc, plongées dans une belle et langoureuse torpeur.

Pour autant, depuis plusieurs albums, Tilo s’est un peu éloigné des arrangements symphoniques à outrance pour se diriger vers quelque chose plus rock, plus direct. Évidemment, la douce tristesse qui est la marque de fabrique de l’Allemand est toujours le moteur mélodique de ses chansons, mais les violons sont plus en retrait et certains arrangements deviennent un peu moins gothique pour virer vers quelque chose de légèrement électro, comme sur "Verloren". Plus rock, donc, et cela se ressent particulièrement sur des morceaux comme "If The World Stood Still A Day", malgré la douce voix de Anne Nourmi, la fin de "Rote Sinfonie" ou encore "Revolution" et son atmosphère pour une fois résolument sinistre et agressive. Sans surprise, ces titres plus simples et plus directs seront sans doute les moins attirants pour les fans de longue date, qui recherchent plus chez Lacrimosa douceur et mélancolie, abandon et solitude.
Qu’ils se rassurent toutefois, Tilo ne les a pas oubliés : que ça soit l’atmosphère recueillie de l’introspective "Refugium", oscillant entre révolte et désespoir ou la torpeur romantique de "Weil Du Hilfe Brauchst", il y a de très beaux moments comme on les aime chez Lacrimosa sur Revolution, où la voix grave de Tilo nous envoute avec ses paroles en allemand, langue qui – n’en déplaise à ses détracteurs – peut faire montre d’une grande douceur et fluidité. Ces deux morceaux, bizarrement mis à la suite sur l’album, nous font retrouver le Lacrimosa touchant et désespéré. Quant à l’autre facette typique du groupe, celle qui emporte son auditeur sous des déluges de violons, de piano ou de flutes, on la retrouve dans les meilleurs morceaux de cet album, à commencer par le morceau d’ouverture et sur une partie de "Verloren", purement rock/gothique symphonique. Grosses guitares, piano virevoltant et imposantes orchestrations : on retrouve l’ampleur et l’élégance qui ont toujours été de mises avec Lacrimosa.
Et puis il y a "This Is The Night" et "Feuerzeug" (et son interlude), les excellentes surprises de l’album. Ces deux morceaux sortent de l’ordinaire d’une excellente façon, le premier avec son intro a capella, ses mélodies, son refrain et son alternance de passage très rock et d’autres plus posés, et cette rythmique vocale entrainante, dansante, qui donne un dynamisme intéressant au titre qui, du coup, sort du lot. "Feuerzeug", après sa belle introduction au piano, nous emmène dans un monde presque rock/crooner, avec un accordéon, un orgue Hammond et une batterie très rock sudiste, le tout surmonté de la voix grave de Tilo pour un résultat final enfumé, comme si le groupe invitait l’auditeur dans un vieux bar dans les années 70 – on pense à l’atmosphère noire délivrée par un Nick Cave, par exemple. Malgré une fin un peu abrupte, il est impossible de résister à la fougue et à l’énergie de ce morceau qui parvient à donner à la mélancolie une couleur un peu folle et hystérique.


Dans l’ensemble, donc, Revolution est un bon album. Sans doute pas le meilleur de Lacrimosa, mais Tilo parvient à se renouveler et à surprendre sans trahir la forte identité et les racines de son bébé, trouvant le juste milieu entre la tradition attendue par les fans et l’audace requise pour garder leur attention.


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