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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 19 septembre 2012
Sa note : 13/20

LINE UP

-K.
(chant)

-A.
(tous les instruments)

-M.
 (batterie)

TRACKLIST

1) Reminiscentia
2) Epikrisis I :  Altered State of Consciousness
3) Epikrisis II : Intrusive Thoughts
4) Epikrisis III : Megalomania
5) Epikrisis IV : Jamais Vu
6) Epikrisis V : Rorschach Inkblot
7) Epikrisis VI : Leucotomy
8) DS : Schizophrenia
9) Lethe

DISCOGRAPHIE


Epitimia - Faces of Insanity
(2012) - post rock black metal black melo / post-black - Label : Hypnotic Dirge



D’après un récent sondage réalisé par l’Institut Hiverno-Eternel d’Etude du Metal Extrême (IHEEM), les sujets favoris des groupes de black et death metal sont : 1) la mort et l’enfer (54,66%), 2) la dépression, la solitude et la folie (44,24%), 3) les matches de l’équipe de France de football (1,1%). Le trio russe d’Epitimia n’a pas opté pour le dernier thème qui est, et de loin, le plus terrifiant, mais pour le deuxième. Le nom de leur troisième opus, Faces of Insanity, ne laisse d’ailleurs à priori pas trop de place au doute quant au sujet abordé. Je dis bien « à priori » car, les paroles étant en russe, le chanteur pourrait en réalité hurler des recettes de tartes aux pommes sans que je m’en aperçoive. Ce qui est certain, en revanche, c’est le fait que le black metal tendance post metal de bon aloi pratiqué colle par moments assez bien avec le sujet, mais par moments seulement.

C’est assez net : on ne peut pas dire que la musique jouée sur Faces Of Insanity, même si elle aborde le sujet peu attrayant de la folie, provoque un malaise profond et durable chez l’auditeur, la faute essentiellement au fait que les artistes basent l’essentiel de l’album sur le mélange black / noisy (ou « post-black ») que Katatonia a popularisé et que des groupes comme Agalloch ont su développer. Ainsi, "Epikrisis II" et "Epikrisis III" n’auraient pas dépareillé sur Brave Murder Day ou Ashes Against the Grain, et, même si les titres sont bien exécutés, suivre au pied de la lettre les balises d’un genre musical n’est pas le meilleur moyen de déstabiliser l’auditeur. Ceci dit, deux remarques importantes s’imposent : d’une part, si l’on excepte l’ennuyeux "Epikrisis VI", tous les titres tiennent bien la route : à cette base post-black sont ajoutés avec pas mal de bonheur des éléments de black mélodique plus classique, une voix féminine du plus bel effet ("Epikrisis I") ou de bonnes mélodies de black-doom atmosphérique comme sur "Epikrisis V" et son début un poil suprenant.

D’autre part, il y a quand même, de part et d’autre de l’album, quelques effets qui perturbent un peu la placidité de celui qui écoute l’album. D’abord, la production, un peu cheap et grésillante ne respire pas la plénitude et le bonheur. Ensuite, le fait que les chansons soient chantées en russe (langue qui, soit dit en passant, colle bien au black) par un vocaliste au registre très grave et tout de même réellement habité par une certaine sorte de furie, aide à ce que l’auditeur soit un peu sorti de sa « zone de confort ». Enfin, une seconde voix, totalement hystérique, est utilisée à deux reprises sur l’album, et, ô suprise, les deux morceaux en question prennent une dimension subitement plus inquiétante. La fin de "Epikrisis IV" est à ce titre une vraie réussite, et l’on n’en dira pas plus pour ménager un certain effet de surprise… Quant à "DS : Schizophrenia", on peut dire qu’en plus de contenir ces vocaux carrément malsains, il s’agit un peu de la synthèse de ce que sait faire le groupe, les parties mélodiques côtoyant de manière cohérente les moments plus dissonants typiques de cette musique noisy. Autant dire qu’on aurait bien aimé un peu de rab de ce genre de titres…


Si l’objectif d’Epitimia était de faire ressentir à son public les affres dans lesquelles sont plongés les malades mentaux, la mission n’est qu’à moitié remplie. Il y a certes quelques éléments intéressants et vraiment déroutants, les (trop) rares vocaux hystériques et la langue utilisée n’étant pas les moindres, mais bon, la musique de Katatonia, même agrémentée de bon petits passages de vrai black mélodique époque Tonight’s Decision, ce n’est quand même pas ce qui a de plus… dingue. L’album est de bonne qualité et l’on prend du plaisir à l’écoute de Faces of Insanity, mais on ne peut s’empêcher de rêver à un album encore plus audacieux, histoire d’aller plus loin sur les sentiers de la folie…


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