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CHRONIQUE PAR ...

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Arieas
Cette chronique a été mise en ligne le 31 août 2012
Sa note : 17/20

LINE UP

-Bruce Soord
(chant+guitare)

-John Sykes
(basse)

-Steve Kitch
(claviers)

-Keith Harrison
(batterie)

TRACKLIST

1) Burning Pieces
2) Warm Seas
3) Last Man Standing
4) All The Wars
5) Build The World
6) Give It Back
7) Someone Pull Me Out
8) One Step Away
9) Reaching Out

DISCOGRAPHIE

All The Wars (2012)

The Pineapple Thief - All The Wars
(2012) - rock prog - Label : Kscope



Bruce Soord l’avait annoncé, All The Wars serait un des plus gros événements de l’histoire de son groupe, son bébé, qu’il a su jusqu’à présent porter marche après marche vers des sommets, ceux d’une scène pop-rock progressive au sein de laquelle  The Pineapple Thief ne ressemble définitivement à aucune autre formation. Certes, mais à vrai dire, on lui souhaite d’avoir tort : la sortie d’All The Wars mériterait plutôt d’être tout bonnement un des plus gros événements musicaux de l’année.

Soord et ses acolytes ont planché sur ce nouvel album pendant plus de 14 mois, et après avoir incorporé des touches électro dans quelques excellents morceaux du précédent album, l’originalité de la démarche réside ce coup-ci dans l’utilisation d’un ensemble de cordes de 22 éléments. Si le procédé ne tombe jamais dans la mièvrerie, il interroge sur sa véritable utilité quand on a l’impression d’entendre occasionnellement des lignes musicales qui auraient tout aussi bien pu être jouées sur clavier ("All The Wars"), mais lorsqu’on fait face à la profondeur orchestrale apportée sur le single "Last Man Standing", ou, surtout, la grandiloquence dantesque de la deuxième partie de "Reaching Out", on succombe.
Parce que, oui, avec le talent de composition que l’on connaît à Bruce Soord, on ne pouvait imaginer autre chose qu’une réussite. Et ce morceau final, "Reaching Out", qui rappelle forcément les quelques épiques de fins d’albums déjà proposées par le groupe, est un bijou qui se joue en deux temps : une première poétique, sensible et poignante, dans la lignée des deux merveilleux titres qui la précèdent, une seconde terriblement progressive, riche et complexe, assemblant montée en tension implacable, chœurs, canons, mise en place rythmique efficace et, donc, union aux petits oignons d’un groupe de rock mélodique à un ensemble de cordes dopé par une écriture des plus inspirées.
Bruce Soord nous avait habitués à des compositions plus planantes, il se laisse aller à plus d’énergie, sans renier son affection pour les plans fluides mais pas forcément classiques (en sept temps sur "Burning Pieces" ou "Give It Back", en cinq par ailleurs), ni ses envolées langoureuses au chant ("One More Step Away"). Mais ce sont bien les titres plus remuants qu’on retient après les premières écoutes, de "Burning Pieces" et son refrain spectaculaire, premier coup de cœur évident par son positionnement en introduction, jusqu’aux sections cadencées qui s’enquillent les unes aux autres dans "Give It Back". Au petit jeu des grosses guitares, "Build A World" se démarque, en comparaison, par sa simplicité.
Le dynamisme dégagé risque paradoxalement de refroidir quelque peu les ardeurs des fans les plus aguerris. Paradoxalement, car on se retrouve en fin de compte dans une évolution logique du style d’un groupe qui s’endurcit sans perdre son identité, toujours feutrée de spleen et de mélancolie délicieusement exploités par un sens accompli de la composition. Mais les guitares s’imposent, le chant s’affirme, et les longues plages vaporeuses à la "What Have We Sown" se perdent dans nos souvenirs. Certainement avec regret pour l’auditeur conservateur, mais jamais la promesse d’une explosion progressive ne s’évanouit, et il apparaît évident d’accompagner le groupe alors qu’il grandit, et qu’il grandit avec talent.
D’autant plus que, oui, "All The Wars" est une ballade touchante, "One More Step Away" plane dans ces atmosphères que le groupe a su si bien développer par le passé, le son est comme à l’accoutumée irréprochable, et Keith Harrison à la batterie répond plus que jamais présent pour soutenir ses camarades, en étoffant un jeu des plus adaptés à la nouvelle envergure que semble s’approprier la musique du groupe. L’impression reste en fin d’écoute que les points positifs s’accumulent, sans discontinuer, et que la réécoute s’impose. Pour mieux cerner, pour mieux apprécier, ou pour mieux adhérer, chacun décidera des bonnes raisons qui le poussent à prendre son temps et son pied avec All The Wars.


Et de votre côté ? Êtes-vous de ceux qui ne voudront pas suivre The Pineapple Thief sur le chemin qu’il se trace ? Êtes-vous de ceux qui découvriront une nouvelle référence d’un monde pop-rock progressif qui continue à plaire par sa diversité ? Êtes-vous de ceux qui sauront être conquis par l’écoute d’une œuvre  tout simplement réussie ? Au fond, on s’en fiche, tant que vous êtes présent pour accueillir All The Wars. Parce qu’on vous aura prévenu, ça risque d’être un sacré événement…


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