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CHRONIQUE PAR ...

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Mayou
Cette chronique a été mise en ligne le 29 juillet 2012
Sa note : 17/20

LINE UP

-Matt Shadows
(chant)

-Synyster Gates
(guitare)

-Zacky Vengeance
(guitare)

-Johnny Christ
(basse)

-Jimmy The Rev Sullivan
(batterie)

TRACKLIST

1) The Beast And The Harlot
2) Burn It Down
3) Blinded In Chains
4) Bat Country
5) Trashed And Scattered
6) Seize The Day
7) Sidewinder
8) The Wicked End
9) Strength Of The World
10) Betrayed
11) M.I.A

DISCOGRAPHIE


Avenged Sevenfold - City Of Evil
(2005) - heavy metal - Label : Warner



Partout, et dans tous les domaines, on a besoin d’un faire valoir. D’une victime innocente, et même parfois brillante, nous permettant de nous défouler et déverser toute notre haine. C’est dans la nature humaine, on veut, on DOIT critiquer quelqu’un (et ceux qui se disent blancs comme neige sont des hypocrites). Avenged Sevenfold fait partie de ces pauvres gens qui ont été choisis comme bouc-émissaire du metal. Pourquoi ? Je vous le donne dans le mille : une musique un peu trop accessible, et surtout, surtout un look côtoyant de très près le ridicule. Oui je sais, il est vraiment mesquin de condamner un groupe pour cela, c’est pour ça que je vous demanderai pour la suite de cette chronique d’oublier tout ce que savez, et de poser une oreille neuve et objective sur cet opus.

Parce que bon, on pourra dire tout ce que l’on veut, du genre : « Avenged Sevenfold est le groupe le plus sous-estimé de la planète, jetez vos préjugés à la poubelle blablabla… », mais si tout simplement la musique n’était pas à la hauteur d’un public metal de plus en plus exigeant ? Arrêtez-vous tout de suite : ce groupe est probablement l’un des groupes de heavy les plus prometteurs de la dernière décennie. Avez-vous dit heavy ? Oui mon bon monsieur. Car l’étiquette de « metalcore » a assez collé aux Californiens, étiquette qui d’ailleurs, n’a aucun sens, et pourrait plus être apparenté à un style poubelle, on l’on rangerait tous ces groupes, casse-tête du vendeur Fnac qui ne sait toujours pas dans quel bac mettre le CD. En fait, Avenged Sevenfold fait plus dans le pot pourri, thème années 80, que dans un style prédéfini. Et cette affirmation n’a jamais été aussi vraie que sur cet album. C’est ici à la fois la grande force et la faiblesse de City Of Evil. On retrouve du Metallica, du Iron Maiden, du Guns N’ Roses, et avec une qualité plus qu’impressionnante et indéniable. Alors bien sûr, rien de transcendant, rien qui ne vous donnera à réfléchir sur votre vie, ni rien de vraiment innovant, d’ailleurs…
Mais bon Dieu, qu’est ce que c’est bon ! On prend notre pied à chaque note, chaque riff, chaque mélodie… Toutefois, on sent que le groupe a encore des progrès à faire. Le nombre de riff est ici impressionnant, et l’assimilation complète de l’album prend des dizaines d’écoutes. Les structures sont de plus en plus complexes, et associées à la durée de l’album (une heure et douze minutes, de quoi en avoir pour son argent !), on se perd facilement, et l’envie de passer à autre chose peut rapidement se faire sentir. Ne vous écoutez pas, et persévérez ! L’effort en vaut la chandelle (mais si jamais vous n’y arrivez pas, jetez vous sur l’éponyme, où se défaut est carrément supprimé). City Of Evil est l’album de transition par excellence. On retrouve à la fois les influences plus core et underground des débuts du groupe, avec des titres de plus en plus efficaces, "Bat Country" en tête, mais également le côté plus expérimental et recherché de l’éponyme (écoutez moi l’outro de "Blinded In Chains", impressionnante de noirceur, et rappelant facilement un "Scream" ou un "Brompton Cocktail"). Le chant abandonne complètement le scream, seul élément pouvant encore les raccrocher au style émo, largement décrié et tirant le groupe vers le bas, pour une voix claire et puissante, se mariant à la perfection avec le style proposé ici.
M. Shadows est de plus en plus un maître en son genre, il alterne facilement agressivité et douceur pour notre plus grand plaisir, sans avoir peur de monter dans les aigues, à grands coups de « Yeah » et de « Wooooow », et alignant les lignes mélodiques qui deviennent bien meilleures avec le temps (on pourra d’ailleurs décerner le titre de refrain le plus accrocheur dans toute la discographie du groupe pour le titre "Trashed and Scattered", à s’en décrocher la machoire !). Les chœurs remplissent eux aussi la part du job et s’en sortent sans mention, mais sans s’attirer les foudres du public. Mention spéciale à la section rythmique, autant au Rev, alignant les breaks et les rythmes binaires, simples mais efficaces, qu’à Johnny Christ qui réussi à se faire entendre parfois, même s’il persiste à vouloir doubler la guitare, ce qui est une infamie quand on entend ce dont il est capable parfois. Mais mention spéciale + aux deux guitaristes, Zacky Vengeance qui enchaine les rythmiques à se déboiter les cervicales, et encore plus à Synyster Gates, dont les soli viennent sublimer le tout, que ce soit pendant un refrain, ou même un break acoustique !
En tout cas, le groupe a plein d’idées. Et ça s’entend, puisqu’il a choisi de toutes les mettre en œuvre, et cela donne parfois un mur de son difficile à digérer, où les guitares s’empilent pour au final rendre le tout impossible à discerner. Et c’est sans compter les cuivres et cordes qui viennent s’ajouter pour les parties les plus progressives ("Strength Of The World" en tête), même si le résultat ici est sublime et permet de s’aérer un peu dans ce que l’on pourrait parfois appeler un bordel sonore. L’homogénéité n’a pas toujours été le fort du groupe, et c’est sur cet album que c’est le plus flagrant. Certains titres nous transcendent, tandis que certains font plus office de remplissage (inutile, puisque la durée atteint déjà une longueur assez déterminante). Dans le bon côté, on pourra noter la power ballade "Seize The Day" et son solo dantesque ou "M.I.A." et son outro aux paroles presque touchantes, tandis que du mauvais on citera "Burn It Down" ou "Betrayed", au niveau bien dessous des autres titres.


Un groupe que l’on a trop vite et trop injustement jeté dans la case « groupe pour ado », et même si cela a pu être vrai, et que la forme que prend Avenged Sevenfold (costumes, surnoms, gueules d’anges…) peut laisser le penser, il n’en est rien. La maturation commence ici et arrivera bientôt à terme, pour un résultat détonnant et superbe. En attendant, on se contente largement de ce City Of Evil, et on prendra même du plaisir à l’écouter, car au fond, il nous rappelle les anciens jours où le heavy et l’efficacité étaient rois. Pourquoi passer par quatre chemins lorsque l’on fait de la musique ? En tout cas, ce n’est pas quelque chose qu’Avenged Sevenfold pratique.


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