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CHRONIQUE PAR ...

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Cedric
Cette chronique a été mise en ligne le 16 juillet 2012
Sa note : 17/20

LINE UP

-Jaz Coleman
(chant + claviers)

-Geordie Walker
(guitare)

-Youth
(basse)

-Paul Ferguson
(batterie)

TRACKLIST

1) Pole Shift
2) Fema Camp
3) Rapture
4) Colony Collapse
5) Corporate Elect
6) In Cythera
7) Primobile
8) Glitch
9) Trance (in the Fields of Light)
10) On All Hallow’s Eve

DISCOGRAPHIE

Absolute Dissent (2010)
MMXII (2012)

Killing Joke - MMXII
(2012) - indus metal industriel psyché ambiant - Label : Spinefarm record



Ca fait combien de temps qu’ils traînent dans le coin ? Un peu comme Maiden non ? 79 ou 80, par là… Des mecs qui pourraient être mon père… Moi, mon géniteur, il est moniteur de ski et charpentier, j’ai rien de Jésus quoi. Mon père, c’est un mec à peu près normal, qui traine ses boulets en silence, mais c’est pas un gars qui casse les pieds aux audiophiles depuis plus de 30 piges… Mon père, je l’aime, vous voyez ? Et ça n’a rien à voir avec le nouvel album de Killing Joke.

Soyons honnêtes, lecteurs des Eternels. Quand nous sommes nés, pour la (grande) majorité, les gars de Killing Joke étaient déjà en âge de conduire. Des croutons. Des mecs qui surfent sur le revival metal de ses dernières années, des opportunistes qui ne comptent que sur leur fanbase pour vendre des albums et remplir les salles… Bon, ok, là je parle plus de Metallica que des Britanniques. Humour noir, blague qui tue, tout ça. Vous voyez ? Il faut évacuer tout de suite les sujets « à rire », parce que la dernière livraison de Coleman & co., c’est du lourd. Du très lourd. Très loin d’être une blague dont on se marre avec des potes… Les gars, la planète se meurt ! Et vous, vous, vous voulez en rire ? Allons, vous n’êtes pas sérieux…
Pour vous, tous, ceux qui connaissent de nom (comment pourrait-il en être autrement, ces mecs ont établi tellement de règles…), ceux qui écoutent du bout des doigts, comme pour les fans de la première heure qui on vu leur groupe évoluer vers des sonorités plus dures, il suffit d’aller voir ce groupe en live, il suffit de vivre leur musique, de lire leurs paroles, les interventions du Sieur Coleman, pour vous convaincre d’une chose : s’il devait rester UN groupe intègre, UN groupe qui vit l’esprit de "gang", qui utilise sa musique pour passer des messages à défauts de vendre des palettes de CD, ce serait celui-là, ce groupe de quinquagénaires toujours dans le mouvement, dans l’actualité, autant humaine qui musicale, tout en conservant ce pas d’avance, celui qui a pu donner des idées aux mecs de Frisco, à Ministry, à Reznor et tant d’autres…
C’est bien simple, Killing Joke enchaine les sans fautes, se renouvelle mais pas trop, et pourtant garde toujours cette longueur d’avance, ce modernisme à la fois nihiliste et militant. Killing Joke avait été une baffe indus violente, Hosannas from the Basements of Hell un truc honteux mêlant rock psyché et instrumentalisme mystique, Absolute Dissent dans une veine assez éloignée mais tout autant réussie, et là, ce MMXII (à ne pas prononcer « Eme ème croix bâton bâton » pour les cancres du fond, mais 2012), et bien il mêle les éléments de ces dernières sorties. Ecoutez "Pole Shift", musique de film en intro, popcorn, tout ça, optimisme, le héros s’approche de la ville en traversant un ciel sans nuage, la cape claquant contre ses cuisses, jusqu’au basculement, ni glauque, ni violent, juste entre mélancolie et tristesse pure, et la voix de Coleman, douce, plus chantée qu’à l’accoutumée, qui déclame ses paroles, comme autant de discours d’avertissement. Un morceau de neuf minutes. Un motif répété deux fois. Deux fois quatre minutes d’évolution, douce, progressive, qui explose sur un refrain hurlé.
Du Killing Joke plus ou moins « classique » en soi. La force ? Pfeu, pour une fois, ce n’est ni du côté de la technique (pas trop, voire pas du tout), ni du côté de la production (plus que correcte sans être dans le haut de gamme), et encore moins à chercher vers la démonstration stérile. Eux, ils jouent. Ca parle. Point barre. Pas de soli, pas de batteur tentaculaire, de bassiste slappeur-fou, mais juste des couilles, des entrailles, de la chair, du vivant. Ecoutez "Rapture" et restez stoïque. Vous avez du mal hein ? Normal, ce qui parle là, c’est pas du solfège, pas de la gamme, c’est juste des couilles, des hormones, des sentiments, et un mec de cinquante piges qui hurle de toutes ses forces, comme s’il voulait pulvériser une montagne. Ecoutez "Colony Colapse", merde c’est de la pop, mais putain, ce batteur qui met des pêches à tout bout de chant, ces petits roulements, ridiculeusement neutres, qui rendent ce morceau dansant, qui le font évoluer dans une urgence dingue.
Et "In Cythera" bordel, complètement n’importe quoi ce truc, mélodique, entre joie et effondrement, presque cucul, avec un Coleman chantant et mélodique, et pourtant ça marche bordel ! Et "Primobile", avec ses carillons de la mort, glauque et pesante au possible, sorte de hard FM copulant avec du Ministry pour un résultat proche d’un Paradise Lost sous acide. Et "Glitch", où Killing Joke se la joue Motörhead pour quelques secondes, avec une reprise de hurlement à 3’50, assez hallucinante… Et "Trance" entre, "Pssyche", et Chantal Goya, et putain… Du terrain connu mais nouveau... Seul Ferguson semble avoir un peu perdu de son côté tribal à la faveur d'un jeu plus minimaliste mais au combien efficace...


Allez, ça suffit. Il ne vous reste que peu de mois avant l’inversion des pôles et la fin « d’un monde ». Profitez, lisez le Monsieur Coleman qui vous expliquera SA vision des choses, allez les voir en concert, achetez l’album, laissez-vous porter. C’est peut-être un des derniers albums à la fois terriblement ancré dans le passé et pourtant foutrement visionnaire que vous aurez l’occasion d’écouter… Enfin, on en reparlera en 2014, à la sortie de leur prochain album quoi…


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