18449

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 03 octobre 2020
Sa note : 15/20

LINE UP

-John Gallagher
(chant+guitare+basse)

-Mark Gallagher
(chœurs+guitare)

-Rob "Wacko" Hunter
(chœurs+batterie)

TRACKLIST

1) Hard Ride
2) Hell Patrol
3) Don't Need Your Money

4) Over the Top
5) 39/40
6) For the Future
7) Rock Until You Drop
8) Nobody's Hero
9) Hellraiser/ Action (The Sweet cover)
10) Lambs to the Slaughter
11) Tyrant of the Airways

DISCOGRAPHIE


Raven - Rock until You Drop
(1981) - heavy metal N.W.O.B.H.M. tendance speed - Label : Neat Records



Des rigolos qui ont pris l'habitude de monter sur scène revêtus de protections de baseball et de hockey se font une petite réputation dans le circuit hard rock en proposant des prestations musclées, au point que l'on parle à leur sujet d'« athletic rock ». Formé en 1974 par John et Mark Gallagher, deux frangins un peu barrés, Raven se lance dans un certain nombre de concerts au Royaume-Uni en ouverture de groupes tels que les Stranglers, Ozzy Osbourne, Motörhead, Whitesnake ou encore Iron Maiden, solide espoir de la New Wave of British Heavy Metal à laquelle est également affilié le gang de Newcastle. Six ans de tournée des pubs avant une signature sur le tout jeune label Neat records qui se jette dans la mêlée en sortant Rock Until Your Drop, l'initial LP du Corbeau : l'occasion de vérifier si le ramage de la bestiole se rapporte à son plumage.

Que la lectrice et le lecteur indulgents veuillent pardonner cette facilité qui doit autant au génie littéraire qu'au rabâchage scolaire, mais il faut admettre que celle-ci est bien commode lorsqu'il s'agit de s'interroger sur ce qui se cache sous l'amoncellement hétéroclite d'où émergent avec difficulté les trois musiciens sur la pochette de leur album inaugural. "Hard Ride", second single paru en cette année 1981 et tête de proue du bateau ivre, donne l'impression d'entendre une version revitalisée de "Live Wire" d'AC/DC. Le tempo est plus élevé tandis que le refrain très proche du modèle est scandé d'une voix nasillarde renforcé par des chœurs virils : l'occurrence est sympathique mais fait craindre de se retrouver face à un groupe parodique sans grand intérêt. Le trio dissipe prestement le malentendu grâce à "Hell Patrol", réjouissante dinguerie à base de stridences approximatives, de refrain paroxystique ponctué de « no no no! » farouches comme sur le titre homonyme de Def Leppard, d'un riff acéré et d'une vocalise a capella complètement déraisonnable, déclinée en séquelles démentes.
La succulence et la singularité de ce morceau résultent en grande partie des acrobaties vocales de John Gallagher, le bassiste hurleur. L'aîné, aussi brun que son cadet à la six-cordes est blond, distille généreusement ses cris suraigus, ses craillements de corneille sous hélium constituant un marqueur sonore qui peut lasser en cas d'abus, notamment lorsque les idées se font moins lumineuses. Ainsi les hululements qui déboulent de partout sur "Nobody's Hero" ne parviennent pas à rattraper le développement en mode stop ou encore qui gâche un thème entraînant, copie presque conforme de celui qui secoue joyeusement "Don't Need Your Money", publié en single. Le refrain de ce dernier façon rollercoaster se terminant lui aussi a capella est relayé par un solo tendu à défaut d'être très technique, similaire à ceux que Robb Weir de Tygers of Pan Tang lâche sur Wild Cat – le riff de "Over the Top" sur Rock until You Drop faisant songer d'ailleurs à une version simplifiée de celui de "Don't touch me there" des Tigres. La piste souffre hélas d'un manque de groove, Wacko Hunter le batteur casqué ayant la frappe plutôt lourde. Celle-ci n'est pas particulièrement mise en avant par des producteurs lucides mais ayant dû se débrouiller avec peu de moyens, du moins est-ce la déduction logique qui peut être faite à l'écoute d'un enregistrement accusant un déficit de puissance et parfois de clarté.
Certaines compositions en souffrent plus que d'autres, à l'image du final "Tyrant of the Airways" dont la succession de plans se fait confuse, ruinant les ambitions affichées sur la seule introduction un tant soit peu travaillée du recueil. Heureusement, l'énergie déployée par des instrumentistes plus habiles qu'il n'y paraît au premier abord - belle démonstration de brother Mark sur l'intermède acoustique "39/40" - ne faiblit pas, dopant une piste telle que "For the Future", pas renversante mais dotée d'une variation malicieusement décadente en fin de parcours ou encore la chanson éponyme, garnie d'un solo de basse et dont le refrain quelconque est compensé par un motif rock – logique - apportant un brin de variété dans une ambiance majoritairement pressée. Car l'autre caractéristique déterminante de Raven, c'est une rapidité d'exécution inédite parmi les sections metal ayant pignon sur rue. Elle permet aux Britanniques survoltés de dynamiter leur – double - reprise de The Sweet, collectif phare du glam dont les tubes "Hellraiser" et "Action" étaient déjà correctement énervés, ainsi que le tranchant "Lambs to the Slaughter" au riff vicieux et au refrain saisissant, invitation à se faire les dents lancée aux troupes métalliques en devenir qui voudront tâter de la vitesse et d'un brin de fureur.


Bas les casques, les comiques ! Sur leur premier effort d'envergure, les vigoureux heavy métalleux de Raven démontrent que leurs compétences vont au-delà de la gaudriole, en dépit d'un son pas tout à la fait à la hauteur et d'une inspiration intermittente. Malgré ces réserves, Rock until You Drop constitue une réussite incontestable et témoigne de la faculté des Geordies à mettre leur vélocité au service d'une écriture vive, enthousiasmante et maitrisée. Certes, ce dernier terme ne s'applique pas en permanence aux stridulations parfois envahissantes du chanteur, mais son identité vocale singularise indéniablement une formation dont l'approche résolument speed ne manquera pas d'en inspirer d'autres.



©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 7 polaroid milieu 7 polaroid gauche 7