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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 05 mai 2020
Sa note : 15/20

LINE UP

-Corvus
(chant)

-Shatraug
(guitare)

-Saturnus
(guitare)

-Infection
(basse)

-Vainaja
(batterie)

TRACKLIST

CD 1 :

1) Muinaisten alttarilta
2) Verilehto
3) Mustan kirkkauden sarastus
4) Katseet
5) Askeesi
6) Sanojesi äärelle
7) Orjaroihu
8) Risti ja ruoska
9) Wikinger (Die Pest cover)
10) Merkuriana

CD 2 :

1) Liekki ja voima
2) Ruumisalttari
3) Musta rukous
4) Baphometin siunaus

DISCOGRAPHIE


Horna - Sanojesi Äärelle



LE double comme on l’appelle dans le milieu. Celui pour lequel tout le monde tremblait. Après une flopée de sorties remarquées, Horna, tel les Beattles en leur temps, sortait la double galette. Cela ne pouvait que confiner au génie, le couronnement spectaculaire de toute une carrière… ou la déception de la décennie (soyons emphatique). Porte-étendard ou voué aux gémonies entendait-on. Tel ne pouvait qu’être le destin d’une sortie forcément pas comme les autres, car les double albums de black metal, on peut les compter sur les doigts d’une main pas forcément très pourvue.

Le maître finlandais était rétrospectivement le candidat idéal pour une telle outrance. Non pas qu’il noie ses adorateurs sous les albums longue durée, mais ses sorties sont régulières et fréquentes. Entre les longue durées, les splits, les minis et même des lives, la troupe nordique a un CV long comme un tentacule de calmar géant. Alors lorsqu’on est autant inspiré, fatalement vient le jour où l’idée du double album germe dans l’esprit de son maître à penser Shatraug (véritable pilier de la scène locale, soi dit au passage, au vu du nombre de groupes dans lequel il a participé activement). D’emblée, Sanojesi Äärelle se pose donc comme un album compliqué à aborder. Par sa simple qualité de double tout d’abord, cela fait beaucoup de black metal à digérer. Même si les disques ne sont pas bourrés ras-la-gueule, cela représente quatre-vingt cinq minutes de musique, rien que ça. A ce moment-là, on se dit que le monde a bien changé car parler d’un double album à l’heure du streaming et de la musique en ligne est un bel anachronisme.
Mais oui, vous les jeunes du fond, sachez qu’à une époque pas si lointaine, la musique sortait sous la forme de disques, et que ceux-ci pouvaient être doubles en cas de folle inspiration. Difficile à aborder également car les deux facettes de ce qui nous est livré en pâture sont déséquilibrées. Côté pile, du black metal acéré, mélodique, racé, vif dans la chair et concis. Du black finlandais très classique dans sa forme si ce n’est un son délabré, parfait pour installer une atmosphère glaciale tout autant que glaçante. Cette partie de l’album est ironiquement la plus longue puisque composée de dix titres variant entre trois et six minutes, la majeure partie du temps tablant sur quatre. On a affaire à du black de qualité, armé de riffs simples, répétitifs et malgré tout variés, ne cherchez pas l’erreur. Le tempo est fort heureusement changeant entre blast et « poum tchac ». La seule noirceur des guitares suffit à valider une musique noire de qualité. Pourtant le tout est bien classique et ne sort franchement pas des sentiers battus.
Tout va changer sur la seconde facette. Les chansons s’étirent dangereusement pour dépasser les dix minutes. Seules quatre d’entre elles survivent au massacre et là, on en prend pour notre grade. Non pas que le propos se soit considérablement musclé, on reste dans la même veine à ce niveau, mais les riffs s’affirment. Ils s’imposent même, n’hésitant plus à maltraiter votre caboche de très longues minutes durant. Il faudra alors à l’aventureux de passage faire montre de détermination et d’adhésion impeccable à l’art noir pour voir le jour durant cette tempête en quatre mouvements. Le bonheur n’en est que plus complet. Il faut se farcir "Liekki ja voimaen" entier pour comprendre tout un pan du black metal. Riff simpliste, rythme simpliste, agressif et répétitif ad nauseam. C’est évidemment ce qui rend une telle composition délectable au plus haut point. Vous voilà avec +1000 en black metallicité. Le reste de cette seconde moitié est du même tonneau, navigant simplement entre un poil plus bas et un poil plus haut encore ("Musta rukous").


Vous aurez compris que ce double vaut plus par son versant le plus abrupte et ombragé. Négliger l’adret serait pourtant une erreur tant la maîtrise de l’essence du black est palpable. Néanmoins, force est de constater que son ubac est une ode à la noirceur la plus crasse. Indispensable. Et excessivement extrême dans son traitement. Mais à tempérer par ce premier disque, dont on s'abandonne à imaginer l'absence pour ce qui aurait donné un possible classique du genre.

Pour aller plus loin :





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