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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 13 janvier 2020
Sa note : 18/20

LINE UP

-Susie McMullam
(chant+basse)

-Jamie McCathie
(guitare)

-Jordan Perkins-Lewis
(batterie)

TRACKLIST

1) Despondence
2) Scurry
3) Blue Jay
4) Lament
5) Autocrat's Fool

DISCOGRAPHIE

Rabbits (2019)

Brume - Rabbits
(2019) - doom metal - Label : Magnetic Eye Records



Back to the 90s. En pleine déferlante trip-hop, un groupe sonnait de manière atypique dans cet océan lisse, froid et clean qui nous aura laissé quelques moments de musique inoubliables. Un groupe et une chanteuse en particulier. Beth Gibbons. De Portishead. Le groupe auteur de Dummy et Portishead, deux joyaux, rendus exceptionnels par deux facteurs. D’une part, la facette musicale proprement dite : compositions et arrangements fins et syncopés. D’autre part, le fait d’avoir réussi la quadrature du cercle.

L’alliage de la froideur et de l’ardeur. Portishead est le seul groupe trip-hop à avoir su mettre ses tripes sur la table sans se tacher. Beth nous vrillait le ventre tout en restant clean. Eh bien figurez-vous que Brume, c’est la même chose. Parmi les groupes, de plus en plus nombreux, voulant mêler riffs et mélodies lisses comme des boules de billard, - trip hop, mais aussi indie - Brume est le premier qui ose s’ouvrir le ventre. Le premier à ne pas se tenir à distance de son œuvre. A ne pas garder cet air un peu hautain. A ne pas dire : « Vous ne prétendrez quand même pas que je me fout à poil, quand même ? J’ai mon standing, enfin ! ». Et pourtant… Avec cette pochette se démarquant violemment des codes du métôl, avec leurs mélodies tristes mais bien sous tout rapport, j’aurais bien parié un petit billet sur le fait qu’ils allaient grossir les rangs de ces groupes un tantinet snobs. C’était sans compter sur Susie. Elle met la même passion que Beth dans son chant, un soupçon de candeur en plus. La même que savait mettre Skin, la divine chauve de Skunk Anansie, dans un autre registre. Et la candeur, ça change tout.
Ça fait passer du statut de bon groupe à celle de catalyseur d’émotions. Ça donne aux violons de "Blue Jay" un supplément d’âme poignant. Ça confère un côté douloureusement jouissif au stoner doom de "Scurry". Un aspect désarmant et touchant au vindicatif "Autocrat’s Fool". Le fait que l’album soit compact, resserré sur cinq titres seulement joue également en la faveur des Ricains. Pas le temps de se perdre en délayage, l’émotion reste concentrée, palpable, brute. Du coup, chaque riff, chaque frappe, chaque vibration est triplement chargée. Beauté froide. Lourdeur. Émotion. Brume n’est pas qu’une dangereuse machine à riffs et à mélopées moroses, c’est aussi un groupe fait de vrais gens. En chair et en os. Personnellement, comme évoqué précédemment, le côté presque épique de "Scurry", les cordes à la Amber Asylum de "Blue Jay" et la simplicité prenante d’ "Autocrat’s Fool" ont ma préférence, mais "Despondence" est une excellente entame d’album et le côté post-rock de Lament s’avère brillant.


Après les ânes et les coqs, Brume poursuit son exploration du monde animalier avec Rabbits. Le groupe n’apporte pas un grain de sel à cette nouvelle génération de doomster voulant puiser son inspiration dans le froid creuset des 90s. Plutôt une pierre de sang, ou une gemme de larmes. Emouvant.



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