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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 27 septembre 2019
Sa note : 17/20

LINE UP

-Torkjell "Toschie" Rød
(chant)

-Arve "Ice Dale" Isdal
(guitare)

-Thomas Tofthagen
(guitare)

-Espen Lien
(basse)

-Kjetil Greve
(batterie)

Ont participé à l’enregistrement :

-Silje Wergeland
(chœurs sur "This Is War" et "Audrevolution")

-Lindy-Fay Hella
(chœurs sur "This Is War")

-Kato Adland
(chœurs+"Janick Gers" guitar on "This Is War"+claviers)

-Ove Gaassand
(claviers sur "This Is War", "This One", "Light Your Way" et "California")

-Herbrand Larsen
(claviers sur "Audrevolution" et "The End")

-Matias Monsen
(violoncelle sur "This Is War" et "The End")

TRACKLIST

1) This Is War
2) Audrevolution
3) Blackout
4) This One
5) Midnight Man
6) Light Your Way
7)
California
8) Satellite
9) Naysayer
10) Rose Alley
11) Juggernaut (bonus)
12) The End (bonus)

DISCOGRAPHIE

No Hay Banda (2005)
Le Fol (2008)
Audrey Horne (2010)
Youngblood (2013)
Blackout (2018)

Audrey Horne - Blackout
(2018) - hard rock - Label : Napalm Records



Audrey Horne a réussi sa reconversion. Après trois albums d'hommage au big rock nasillard US à la Foo Fighters, les black métalleux en goguette ont pris un virage à quatre-vingt-dix degrés et s'orientent depuis Youngblood (2013) vers les horizons héroïques jadis chantés par Thin Lizzy et Judas Priest. Après avoir brillamment confirmé ces excellentes dispositions sur Pure Heavy (2014), les Norvégiens, qui ont pris leur temps, réussiront-ils la passe de trois ? Vont-ils résister à la tentation du deathcore ?

Rassurons les fans qui attendent la nouvelle livraison des Scandinaves avec impatience : aussi versatiles et doués soient-ils, les cinq gaillards n'ont pas cédé aux gueulardes sirènes du marché nord-américain. L'affaire est claire dès les mesures inaugurales de "This is War" qui ouvrent le recueil, cascade chromatique de guitares projetée sur une basse cavaleuse en prélude d'un thème épique à la Iron Maiden – on pense à "Fear of the Dark". Ça part bien. Le manque de relief du couplet est largement compensé par un refrain totalement irrésistible, renforcé de chœurs puissants – formule gagnante que le quintet répètera jusqu'à la fin. Et que dire du solo à triple détente - première partie musclée – accalmie dépaysante baignée de réverb - libération furieuse ? Que les Nordiques savent décidément construire une chanson qui claque ? Oh que oui ! La courte conclusion avec des twins alourdies à la "Holy Wars" de Megadeth le confirme. En plus, Silje Wergeland de The Gathering participe à la fête – ok, son intervention est complètement noyée dans le mixage, mais c'est quand même la classe, non ? À ce stade, les amoureux d'Audrey Horne penseront sûrement que l'élue de leur cœur va reproduire ces plaisantes roucoulades jusqu'à l'ultime seconde des retrouvailles. Eh bien il semble que la coquine ait décidé de pimenter la partie, en se rappelant notamment au bon souvenir de ses années punk à roulettes sur "Audrevolution", ritournelle à brailler – élégamment – dans les soirées étudiantes et qui aurait eu toute sa place sur un enregistrement de Backyard Babies.
Elle s'amuse aussi comme une petite folle à convoquer les gros synthés de ZZ Top en faisant sa pop star ("Satellite"), avant de faire revenir les guitares et se trémousser sur un motif funky. Mais Audrey est aussi une romantique, ce qu'elle prouve sur la ballade "The End", quelque peu languide mais garantie sans mièvrerie, ainsi que sur la mélancolique "This One" dont la sombre tension fait écho aux meilleurs moments d'Interpol. Et si "Midnight Rain" s'inscrit dans une veine festive plus convenue à la Steel Panther, le dynamisme qui la traverse la maintient à bonne distance de l'ennui, qui - brisons le maigre suspense - ne verra jamais le jour. Il faut dire qu'en matière de refrains catchy, les Vikings n'ont plus grand chose à apprendre, leurs seuls rivaux crédibles sur le créneau du hard rock vintage étant sans doute les mirifiques voisins suédois de The Night Flight Orchestra auxquels ils ont piqué l'intro de batterie vivifiante de "Miami 5:02" pour la placer en amorce de "Light Your Way", trépidante occurrence garnie d'un solo de clavier et de guitares harmonisées qui rappellent le génial Internal Affairs. Oui, car malgré ses papillonnages, Audrey Horne n'a pas viré sa cuti et son goût exquis pour les chevauchées intenses à la Thin Lizzy reste intact.
Le motif « en escalier » de "California" constitue ainsi une pertinente relecture de la chatoyante "Emerald" – on notera au passage une courte progression harmonique faisant songer à... "Hotel California". Les farceurs rétro iront jusqu'à pasticher l'alerte "Rosalie", rebaptisée "Rose Alley" (ourf ourf) pour un résultat bluffant de maîtrise – certes la composition originale a été écrite par Bob Seger et non par Phil Lynott qui l'avait popularisée avec sa Fine Elizabeth, mais ce n'est pas grave, ça reste dans le mood. À l'instar du vigoureux "Juggernaut" et ses faux airs de "Round and Round" de Ratt – ils ne sont pas si nombreux les groupes à renforcer la tension en ralentissant le tempo au milieu d'un morceau. Et puisqu'il est impossible d'évoquer ce délicieux Blackout sans en citer les influences, il est temps désormais de mentionner le mélange détonnant entre "Run for your Life" de Riot et "Steeler" de Judas Priest à l'occasion du fulgurant "Naysayer". Les six-cordes véloces se tendent en mode heavy, Toschie se met au diapason sur le refrain avant de vocaliser magistralement sur un break paroxystique que relaie un double solo à la Maiden. Si sur cette piste le caméléon vocal – méfie-toi, Strid, la concurrence est là – s'approche logiquement de feu Guy Speranza (Riot), son timbre s'apparente le plus souvent à celui, plus chaleureux, de Dave Meniketti de Y & T. Toschie ne fait donc plus son Ozzy et même si l'imitation était flatteuse, sa prestation vocale sur ce Blackout, d'une densité mélodieuse de tous les instants, en est d'autant plus valorisée. Et il en faut du talent pour lutter à armes égales avec les six-cordes échevelées de Isdal et Tofthagen qui se tirent la bourre à tout va, portant la quasi totalité de l'œuvre à ébullition, ce dont témoigne le final dantesque de "Blackout", acmé digne de celles ressenties à l'écoute des duels magnifiques jadis offerts par Tesla. Du grand art.


Et un succulent millésime, un ! La baisse d'inspiration n'est toujours pas d'actualité chez la belle Audrey qui varie les plaisirs sur son sixième effort longue durée, tout en restant friande des énergiques saveurs seventies et eighties qu'elle manipule en experte. Affûtées comme jamais, ses guitares dynamitent les mélopées accrocheuses qu'un Toschie de plus en plus confiant derrière le micro irise d'une puissance sensible. Performant sur ses rares temps faibles, transformant les autres en autant de tubes potentiels, la section de Bergen, bien servie par une production costaude, confirme sa capacité à vivifier les matières nobles et confirme son statut de référent au sein de la grouillante scène old school hard & heavy. On guette déjà la suite.

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