18152

CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juillet 2019
Sa note : 14/20

LINE UP

-Jeffrey Benjamin "Jeff" Becerra Sr
(chant+basse)

-Mike Torrao
(guitare)

-Reed Lawrence "Larry" LaLonde
(guitare)

-Mike Sus
(batterie)

TRACKLIST

1) Intro
2) The Heretic
3) Tribulation
4) March to Die
5) Phantasm
6) No Will to Live
7) Beyond the Gates
8) The Beasts of the Apocalypse
9) Seance
10) Restless Dead
11) Dog Fight

DISCOGRAPHIE


Possessed - Beyond the Gates
(1986) - thrash metal précurseur death metal - Label : Combat Records



Il arrive que le ressenti au contact d'une œuvre soit enjolivé par les conditions dans lesquelles on l'a découverte et que, lorsque ces circonstances particulières ne sont plus réunies, la magie disparaît, emportant dans le néant le plaisir qu'elle avait engendré. Il est probable que ce phénomène se soit produit chez bon nombre d'auditeurs ayant découvert Beyond The Gates de Possessed en version vinyle.

Déplier pour la première fois la pochette du second LP tant attendu du singulier gang californien est une expérience peu commune, une invite à pénétrer dans un royaume déchu, dissimulé derrière les vantaux dessinés par Ed Repka, l'illustrateur fétiche des formations thrash metal des années quatre-vingts. Alors que l'on se perd dans la contemplation du triptyque luciférien, une mélopée mélancolique s'échappe du brasier - faussement consolatrice, elle porte en elle toutes les larmes de l'Enfer. Un riff haché l'interrompt, asséné par une guitare au son incroyablement âcre que surmontent les éructations intenses du vocaliste, ponctuées de tenues menaçantes et d'inflexions rugueuses, en contraste avec la plupart des homologues adeptes de la stridence. « Possédés », si le chant vaut pour tout le reste du groupe, les quatre membres de Possessed le sont assurément. Sur "The Heretic" comme sur la totalité des pistes, le climat dantesque est effectivement au rendez-vous, suggéré par des paroles satanistes, une réverbération flatteuse et quelques passages intrigants – l'épilogue à la délicatesse vénéneuse de "Phantasm", les accords dissonants sur la seconde partie du solo du titre éponyme et d'étranges variations de tempo qui détonnent, au sens littéral, sur certains morceaux. À l'instar de "Seance", l'occurrence la plus convaincante que transcende un riff heavy d'excellente facture et une succession de soli de plus en plus mélodiques. Et ce scream décapité en intro... Le refrain est simplissime, ni plus ni moins cependant que tous les autres. Tout n'est pas parfait, loin de là, mais tout de même, quelle atmosphère décadente ! Ce n'est évidemment pas un hasard si l'album est sorti le jour d'Halloween…
« Tout n'est pas parfait ». La belle litote ! On a fini par lâcher l'étui en carton aux teintes violettes, perdant de vue les intitulés vaguement evil pour se concentrer sur la musique d'un quatuor qu'un essai longue durée liminaire à la densité quasiment insoutenable avait propulsé dans le premier cercle du metal extrême nord-américain. Mais ici, tout est en dessous. Moins rapide, même si l'allure générale reste élevée, et surtout moins cohérent – Mike Sus, pourtant excellent batteur, semble parfois à la traîne et si l'on distingue aisément la saturation de ses cymbales, le reste de son kit demeure en retrait – moins toutefois que la basse tout bonnement inaudible de son camarade Jeff Becerra. Alors certes, les scansions vocales de ce dernier sont aussi âpres que sur Seven Churches, mais on ne peut pas dire que ses partitions témoignent d'une inventivité folle. Les refrains sont effectivement réduits à leur plus simple expression - si ceux de "Tribulation" et de "March to Die" se révèlent assez marquants, ceux de "Phantasm", "Beyond the Gates" ou encore "Restless Dead" sont fantomatiques. Instiller un peu de mélodie était une initiative défendable – Seven Churches était tellement compact – hélas, les quatre instrumentistes ne semblent pas équipés pour mener à bien cette noble tâche. Les couplets ont tendance à se ressembler et malgré quelques accélérations bien senties, sur "The Beasts of Apocalypse" par exemple, la sensation d'uniformité prédomine, nourrie par une production déséquilibrée et arasante. En découle une frustration tenace, spécialement à l'écoute de "No Will to Live", le plus gros chapitre du recueil où les trouvailles judicieuses – les cassures rythmiques, un refrain pour une fois accrocheur et la montée en puissance avant le dernier solo – sont dévitalisées par des couplets interminables et, à l'image de toute la réalisation, par les guitares tronçonneuses de Torrao et LaLonde qui bourdonnent en donnant l'impression de ne pas trop savoir où elles vont.


En tentant d'aérer leur thrash metal homogène, pour ne pas dire étouffant, les plus sauvages spécimens de la Bay Area ne pouvaient que décevoir ceux qui voyaient en eux les futurs leaders d'une scène dont les tauliers, à un Slayer près, commencent à adoucir le propos. Malheureusement, l'opération ne séduira pas non plus les mélomanes, quelque soit leur degré d'exigence, la faute à des idées mal dégrossies et une production rêche à peine digne d'une démo. Et pourtant, l'énergie et la malfaisance sont là. Intactes. Vraiment, quelle ambiance... On a beau savoir ce qui se trouve Au-Delà, on les ouvrira à nouveau, ces Portes. Pour le plaisir de revivre le frisson de la chute en cette apocalyptique contrée. Après tout, qui voudrait vivre dans un monde parfait ?



©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 7 polaroid milieu 7 polaroid gauche 7