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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 26 janvier 2019
Sa note : 17/20

LINE UP

-Chantal "Delusional" Lewis Brown
(chant)

-Nicolai Prowse
(chant)

-Mark (The) Woods
(chant)

-Clare "Clara Mac" Macdonald-Haig
(chœurs)

-Kimberley "Diamonde" Whalley
(chœurs)

-Tom "Hurricane Tommy" Shotton
(chœurs+guitare+claviers+batterie)

-Alex "Lewi" Lewis
(chœurs+guitare+claviers)

-Richard "Rich Man" Aldhurst
(guitare)

-Adam "Ad Lick" Mallett
(basse)

Ont participé à l'enregistrement :

-Tim Sanders
(saxophone)

-Alison Cotton
(alto)

TRACKLIST

1) Time for Deliverance
2) What's Hideous
3) Spezzatura
4) The Song Rides
5) Off the Hook
6) Liv Ullman on Drums (Move in Stereo)
7) Molly's Wood
8) Suburban Flame
9) The Daily Grind
10) Hold On
11) Rise of the Pontoon (bonus)
12) That's My Demographic (bonus)
13) Stop Kissing Me (bonus)
14) Burn Some Money (bonus)

DISCOGRAPHIE

Yes! (2005)

(2005) - rock hard rock pop rock aux accents soul - Label : Atlantic Records Must... Destroy!!



Collectif venu de nulle part, bonjour ! Parti sur les bases d'un power trio vaguement stoner, Do Me Bad Things se renforce au point de compter neuf membres, dont cinq vocalistes (!), qui n'ont même pas besoin d'envoyer de démos à qui que ce soit puisqu'à l'occasion de l'un de leurs concerts inauguraux, les Londoniens tapent dans l'œil des responsables du label abritant les fulgurants The Darkness, pour lesquels ils ouvriront quelques mois plus tard. Une ascension éclair, favorisée par le retour en grâce en ce milieu des années 2000 d'un rock gentiment déconnant – on abandonne le vocable « festif », trop connoté fanfares - après une grosse décennie de déprime, et qui pousse à s'interroger à propos de la qualité du matériau façonné en studio en un délai aussi contraint.

Les très belles dispositions perçues sur le single "Deliverance" avec lequel le nonet ouvre le sobrement intitulé Yes! suscitent l'espoir légitime d'avoir affaire à une œuvre hors norme. Six-cordes bien portantes secouées d'embardées soul, chœurs fervents en combustible d'un crescendo incandescent triple XL, le tout dynamité par un beat groovy : le mélange, idéalement dosé, donne envie de descendre dans la rue pour aller faire des poutous partout et inciter à l'émeute joyeuse. La suite s'inscrit dans la même veine tout en dévoilant une facette plus apaisée – ah cette chorale séraphique sur le refrain ! - qui concourt à faire de "What's Hideous" un autre temps fort du recueil. Chantal Brown, la chanteuse principale, se déchaîne façon Aretha Franklin sans pour autant phagocyter ses acolytes – le défi consistant à éviter une bataille d'egos se marchant sur les pédales d'effet a été remporté haut la main par le gang de Croydon qui a su trouver un équilibre harmonieux entre ses diverses composantes. Dans ces conditions, les morceaux moins inspirés ne tournent jamais au vinaigre – grâce soit rendue à la mini-chorale féminine qui constitue l'indéniable et envoûtant marqueur sonore de l'enregistrement, rattrapant par exemple le thème assez pataud de "Molly's Wood" et contribuant à transformer "The Daily Grind", amorcé en mode pastiche bluesy un peu balourd, en une intense séquence de bonne humeur à la faveur d'une coda paroxystique. Ce sont également les gosiers agiles de ces dames qui, associés à un chant lead masculin d'une justesse remarquable, empêchent le linéaire et tendre "Hold on" de verser dans le sirupeux.
Les guitares ? Tour à tour grésillantes, abrasives et mélodieuses, elles sont bien présentes, presque trop sur le longuet "Spezzatura" conclu par une boucle psyché assez musclée que ne transcende pas l'une de ces brusques montées en puissance dont la formation britannique parsème avec bonheur un pourcentage appréciable de ses compositions, parmi lesquelles la ballade "Off the Hook" débutée sur les inflexions bouleversantes de Chantal Brown qui en profite pour mettre à l'amende la plupart de ses homologues R'n'B avant de terminer en transe à la manière de son aînée sur "The Great Gig in the Sky" des Pink Floyd – elle remettra ça sur "Suburban Flame", occurrence un chouïa moins enflammée (attention, jeu de mots). Et si l'écriture des têtes pensantes Tom Shotton et Alex Lewis connaît quelques fléchissements sporadiques, celle-ci génère suffisamment de bonnes surprises pour permettre à l'auditeur de passer outre, ainsi l'absence de refrain digne de ce nom sur "The Song Rides" est largement compensée par un riff heavy/speed bien saignant que relaient des chœurs pop scandés par une gratte nerveuse, assemblage pertinent faisant songer à une version actualisée et moins hystérique des B-52's. Et que dire, sinon bravo, à l'écoute de "Liv Ullman on Drums (Move in Stereo)" qui, malgré son libellé inutilement abscons, réserve une ambiance plus légère sur fond de synthés eighties précédant un refrain superbement modulé ainsi qu'une seconde partie rendue magique par l'incursion de vocalises à donner la chair de poule et d'un vibraphone qui accentue l'émotion suscitée par cette brillante manifestation du savoir-faire des Britons, taquins au point d'achever l'exquise petite pièce par un solo de saxophone – clairement, rien n'effraie ces guedins.


En dynamisant sa pop et aérant son hard rock, en laissant les nombreux titulaires du micro bonifier des chansons à la fois directes et ambitieuses sans se tirer la bourre ni empiéter sur des instrumentistes qui font remarquablement le job, les étonnants lascars et piquantes gaillardes de Do Me Bad Things ont réussi, malgré quelques rares baisses de tension, à amalgamer sur leur première réalisation d'envergure leurs multiples influences avec une maîtrise inespérée. Possédant en son sein des chanteurs de talent dont une imposante Chantal Brown en prêcheuse gospel possédée, Do Me Bad Things a su utiliser avec brio ses atouts maîtres – et maîtresses – et prouve qu'une chorale de jeunes femmes est une option à sérieusement prendre en considération lorsque se pose la question de magnifier l'énergie rock. Réponse ? Un grand Yes !


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