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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 14 janvier 2019
Sa note : 16/20

LINE UP

-Tony "Duke Of Nothing" Sylvester
(chant)

-Rune "Rebellion" Grønn
(guitare)

-Knut "Euroboy" Schreiner
(guitare)

-"Crown Prince" Haakon-Marius Pettersen
(claviers)

-Thomas "Happy-Tom" Seltzer
(basse)

-Tommy "Manboy" Akerholdt
(batterie)

TRACKLIST

1) Suite: The Rock and Roll Machine Part I: Chrome Ozone Creation
2) Part II: Well Hello
3) Part III: RocknRoll Machine

4) Hurry Up & Die
5) Fist City
6) Skinhead Rock & Roll
7) Hot for Nietzsche
8) On the Rag
9) Let the Punishment Fit the Behind
10) John Carpenter Powder Ballad
11) Special Education

DISCOGRAPHIE


Turbonegro - RockNRoll Machine



Les loubards pédés sont de retour. Non, il n'est pas question d'une hypothétique réactivation du collectif nantais ayant notamment soutenu la parution de l'excellent LP inaugural de Nursery mais de la sortie d'un nouveau méfait de Turbonegro six ans après le précédent, soit une période plus longue que chacune des séparations ayant rythmé le cursus du gang norvégien. Est-ce que ça valait le coup de revenir, alors que les membres de leur fanbase, la fameuse Turbojugend, ne se soucient plus depuis un bail de la musique concoctée par le groupe ?

Déjà que l'album antérieur avait refroidi pas mal de suiveurs qui le trouvaient trop commercial... Pourtant, Tony Sylvester, le remplaçant du complètement c(r)amé Hank Von Helvete, avait livré une prestation rugueuse derrière le mic' qui s'inscrivait dans l'ADN des vétérans punk/ hard rock – six lustres d'existence tumultueuse au compteur. Musicalement, le recueil tenait la route à peu près aussi bien que les précédents – à l'exception de son intitulé pas très fin qui instille un inévitable malaise en pleine(s) affaire(s) #MeToo. Cette fois, le propos est plus consensuel puisqu'il s'agit de faire muter en machines des partisans « mi-chair, mi-chrome, mi instinct binaire » afin de pouvoir continuer à rocker à l'aube du troisième millénaire. Le tout psalmodié façon vieux sur la colline après une démonstration de synthés eighties en majesté, digne du 1984 de Van Halen. Voilà la question d'une éventuelle reconquête des fans historiques dûment évacuée : c'est un grand non, pour rester poli. Et au cas où ça ne serait pas bien clair, le désormais sextet ressert une généreuse plâtrée de synthés louches à la "Jump"/ "Final Countdown" sur "Skinhead Rock & Roll" – intro de l'année, à l'aise. Le claviériste « Crown Prince » Haakon-Marius Pettersen, le responsable de ce truc impayable, aura donc été accueilli de forte déférente manière, à l'instar de Sylvester sur la réalisation antérieure que celui-ci avait marqué de ses âpres roucoulades.
Curieusement – ou pas selon l'intéressé qui indique qu'il en a un peu ras la casquette en cuir de se passer les cordes vocales au papier de verre – le chant du Duke of Nothing se fait beaucoup plus mélodieux et plus fluide, en parfait accord avec l'orientation radio friendly vintage de ce RockNRoll Machine. Enfin, « radio friendly », il faut le dire vite. Peu de chances en effet que les paroles orientées trash gay franchissent le sas des stations d'eau tiède - "Fist City", hum - pas plus que les dynamiques brûlots speedés "Well Hello" et "On the Rag", qui devraient donner envie à Billy Joe Armstrong de dissoudre Green Day sur le champ s'il restait au leader des punks à roulettes de stadiums une once d'amour propre et de lucidité. Le reste des réjouissances se révèle moins véloce - "Let the Punishment Fit the Behind", offerte par les frangins Almqvist de The Hives, flirtant d'ailleurs dangereusement avec le pataud. Mais la seule occurrence un peu loupée ne saurait ternir le tableau aux teintes pétantes suggérée par la pochette violemment psychédélique. Les riffs très très accrocheurs s'enchaînent, dans une farandole joyeuse que secoue le fantôme effronté du AC/DC d'il y a quatre décennies. Les facétieux Scandinaves poussent leurs hommages à lisière du plagiat – ou plutôt du pastiche compte tenu de l'esprit fêtard qui règne au sein de la bande de Happy-Tom – plus loin encore que leurs voisins surdoués de The Night Flight Orchestra, ce qui relève de la performance.
Ainsi la stimulante chanson-titre chaloupe au gré des « oï ! » sortis tout droit du « T.N.T. » des Australo-Écossais susnommée - jolie trouvaille que ce break planant d'une surprenante délicatesse - alors que le motif égrené aux claviers en relais de la montée paroxystique ouvrant "Hot for Nietzsche" constitue un quasi-décalque de celui de "Won't Get Fooled Again" des Who, auquel succède un riff tranchant qu'on imagine aisément mouliné par Pete Townsend. Et le « quasi » n'est même plus de mise lorsque retentit la coda rigolote d'"On the Rag", intégralement pompée sur celle du mythique "Holiday in Cambodia" des Dead Kennedys, le peu avenant Pol Pot étant remplacé pour l'occasion par un plus convivial « Smoke Pot ». Cependant, la déconne et les clins d'œil sur-appuyés ne sauraient masquer l'aptitude des Nordiques à aligner les compositions addictives – le refrain entraînant en diable d'"Hurry Up & Die" imprime le cortex dès la première écoute – ni à mettre ces dernières en valeur par la grâce d'une production que certain(e)s qualifieraient d'un peu trop clinquante mais qui jamais ne dévitalise les morceaux, y compris quand les vikings chargent salement le drakkar, comme sur "John Carpenter Powder Ballad", une ballade – eh oui –  sur laquelle sont convoqués rien moins que David Lee Roth, Europe et Def Leppard époque Hysteria sur fond de synthétiseurs triomphants. C'est sûr, les petites vestes en denim qui estiment que leurs idoles bariolées se compromettent depuis Ass Cobra (1996) risquent de ne pas goûter la plaisanterie. Mais en est-ce vraiment une ?


Turbonegro a bâti sa réputation sulfureuse et gaie sur la folie et le danger. Si celui-ci s'est quelque peu estompé depuis le départ, il y a une décennie, du déglingo toxique qui faisait office de chanteur, les survivants ainsi que les dernières recrues confirment leur capacité à faire preuve d'une inconscience rare en balançant une ode au hard fm estampillé MTV à leur auditoire sevré d'enregistrement studio depuis une demi-douzaine d'années. Les puristes restés bloqués à l'hymne destroy "I Got Erection" snoberont probablement ce bigarré RockNRoll Machine, qu'une monstrueuse énergie volée à l'AC/DC de Bon Scott dynamite avec bonheur. Et on se dit qu'en donnant naissance à une manifestation de hard rock mélodique extrêmement convaincante, les compatriotes de A-ha ont sans doute commis - paradoxe délectable - l'un des actes les plus punks de leur carrière.


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