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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 11 février 2018
Sa note : 16/20

LINE UP

-Melissa Arpin
(chant)

-Scott Cortez
(guitare+programmation)

TRACKLIST

1) Valerian (Her Voice Honeyed)
2) Aquan 1
3) Mandragora Louvareen
4) Staticburst
5) Xarella Almandyne
6) Milkysoft
7) Blooded and Blossom-Blown
8) Hum Vibralux
9) Virgin Blue-Eyed
10) Seesaw
11) Flowered Smother
12) Monar
13) Silver (Fairy Threaded)
14) Luma (Web-Like and Crescent)
15) Golden-Handed
16) Bones of Angels (a. Bronze Lit Feathers/ b. Her Tongue Pulled Out)
17) Ghosts That Swirl

18) Mother of Pearl

DISCOGRAPHIE

Xuvetyn (1996)

Lovesliescrushing - Xuvetyn
(1996) - post rock shoegaze - Label : Projekt



Voyageurs éternels, hôtes furtifs, que venez-vous chercher ? À quelle errance croyez-vous mettre fin ? Car vous fuyez, à l'évidence. Qui – quoi - une détresse – un serment. Une absence. Vous avez suivi la promesse d'un trajet inouï qui dérègle les prudentes curiosités et soudain votre course brûlante s'est tue, lorsque vous avez franchi sans protocole et sans permission les vantaux évaporés de Xuvetyn. Évadés, vagabonds, que savez-vous des forces prodigieuses qui vous propulsent dans les spires de ce monde indécelable ?

Un crissement va crescendo et déjà vous succombez à l'insistante invitation, ignorant le signal acide que d'autres sans doute auraient perçu. L'appel se fane déjà et ne vous prépare pas à votre engloutissement sous les magmas électriques qui irisent l'onde souterraine. Vous chutez, errez, divaguez au gré des flux que déclenche sans relâche un luth mugissant, frictions d'accords amplifiés et de notes tordues par les filtres, de sorte que l'instrument vous semble une bouche insatiable déversant mille chœurs saturés qui bâtissent de vastes paysages compacts et indistincts, se déformant et se refaisant, mouvement mystérieux sans fin ni repos. Les percussions qui naguère rythmaient votre parcours ont disparu, balises éradiquées par les modulations douloureuses du lent rugissement. Désorientés, vous êtes traînés aux courbures de reliefs mouvants, pantins consentants dépourvus de repères. La séquence se déroule hors du temps – indéfiniment, croyez-vous - et pourtant vous voilà gisant désormais sur un récif frappé de lumière, expectorés dans le râle d'un frottement métallique. Là où elle vous a menés.
Elle. La brise ténue. Le murmure à peine recueilli, affleurant, intermittent, trace fragile laissée par une créature indéchiffrable, écho des voix d'êtres chers perdues dans les décombres d'une mémoire dévastée. « Ne partez pas ! J'avais tant à vous dire ! Vos mots me manquent... Revenez, revenez, je vous en supplie ! ». Au seuil de la perception, une blanche mélopée pulvérise votre âme dont chaque parcelle endolorie s'incarne au creux des courants qui vous tirent vers les limbes. Capricieuse, la douce sylphide desserre sa griffe et laisse une houle folle et enivrante agacer vos sens palpitant comme des plaies, vous jetant dans le désespoir le plus tangible, l'envie de vivre réactivée. Un tintinnabulement vous ramène à la surface, sur les hauteurs pâles que vous chérissez par effroi, avant que les paroles inarticulées d'un spectre à la poitrine creuse vous précipitent vers le maelstrom de vos remords. L'apparition naguère souriante, vos bras ne pourront plus jamais l'étreindre. Son nom, avalé par l'oubli... Vous refusez, protestez, hurlez : cela ne se peut pas ! Entremêlement de sons en multitude, vrombissement acerbe faisant frémir ses imprévisibles galbes, la musique, ronde et rêche toute à la fois, raisonne obstinément, lancinante et diaphane, véhicule halluciné de vos pensées intimes. À nouveau elle vous emporte, par delà les plaines infertiles où s'enroulent les couleurs et les parfums âcres du ressouvenir, vestiges d'émotions crépitant au cœur de l'infini brasier de vos regrets.


Vagabonds, voyageurs, qu'avez-vous donc appris ? Vous voilà piégés, captifs des mélodies ensorcelées de Xuvetyn, vos sentiments les plus profonds dissous dans le souffle d'un fantôme irrégulier. L'heure viendra, néanmoins, où vous quitterez les splendeurs de ce royaume, par le sourire des vivants et la faveur des disparus. Alors, mêlés à la poussière de vos pas, leurs chants magnétiques vous guideront jusqu'aux paisibles lueurs de l'aube.


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