17639

CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 10 février 2017
Sa note : 18/20

LINE UP

-Stefan Bayle
(chant+guitare)

-Cécile G.
(basse)

-Wilheim
(batterie)


TRACKLIST

1) Nos décombres
2) Après le carnage
3) Le sang, la mort, la chute
4) Contempler l'abîme
5) Dans la joie
6) L'Étoile du matin
7) La fin du monde

DISCOGRAPHIE

Dans la joie (2017)

Au Champ des Morts - Dans la joie



·  Tu serais capable de me dire « Je te déteste » ? 
·  Oh grand Dieu, non ! Je t’aime trop pour te dire des choses pareilles ! 
·  Et si tu mourais de soif, tu pourrais refuser un verre d’eau en souriant ? 
·  Mais… mon amour… pourquoi me poses-tu de telles questions ? 
·  Je… je n’en sais rien… J’ai écouté cet album et de vieux souvenirs me sont revenus en mémoire…


Dans la joie. Cette blague... Seule l’ironie du titre de la première œuvre d’Au Champ des Morts prête à sourire. « Je voulais retrouver un black metal sincère » confie Stefan Bayle, ex-Anorexa Nervosa, à Télérama –ben oui, Télérama verse dans le black metal maintenant… les temps changent. Eh bien, Stefan, vous ne vous êtes pas loupé, vraiment pas. Sincère. Et puis émouvant aussi. Bigrement remuant même. Les vieux souvenirs évoqués en introduction surgissent lorsque la mélancolie du titre éponyme de l’œuvre vous saute au visage et vous renvoie vingt-trois ans en arrière, lorsque Varg Vikernes sortait à la face d’un monde métallique encore relativement candide et incrédule quant à la violence et la profondeur de la vague scandinave de metal noir, cette bombe qu’est Hvis Lyset Tar Oss, et plus concrètement "Det Som En Gang Var", seul titre capable d’engendrer chez l’auditeur ce mélange de rage et de tristesse que suscite ce  "Dans la joie" si sarcastiquement nommé. Les somptueux vocaux clairs et gothiques, aussi déchirants que pleins de retenue, font écho aux grognements du Crying Orc, et dans les deux cas, la mélodie Célestielle sous-jacente finit de saisir un auditeur déjà mis à mal par le drame intime qui commence à se jouer dès "Nos décombres". 
Car le champ de bataille qui illustre la pochette se déroule en dedans plus qu’en dehors– « la procesión sigue por dentro » dit-on par ici. Aux antipodes du black symphonique épico-maximaliste, le Champ des Morts évoque, à chaque sortie d’un chant clair, digne, un tantinet ampoulé mais paradoxalement humble et fatigué, les ravages que laissent derrière eux chacun de nos conflits intérieurs. Le black metal dépouillé, presque atmosphérique, déployé par les Artistes est rendu particulièrement humain, gris et émouvant par des incursions absolument pas tapageuses dans les mondes post-rock et goth, et si le point culminant de l’œuvre est donc ce "Dans la joie" de malheur -ou de bonheur, pour les masochistes que nous sommes- tous les titres contribuent à la jouissance triste du fan, prêt à dire « Je n’ai pas mal » alors que des poignards s’enfoncent dans ses tripes et dans son cœur. La première intervention en chant clair sur "Nos décombres" et le sentiment immédiat de découragement qui en découle, le final terriblement poignant d’ "Après le carnage", la lourdeur hypnotique du Sang, de la Mort et de la Chute, au final bien aussi remarquable que celui du titre précédent, le leitmotiv mélancolique terrible de "Contempler l’abîme"… Dois-je vraiment continuer ? 


Stefan, ô Stefan, qu’avez-vous donc fait là ? Dans la joie, c’est la version black metal de "La Fête Triste". C’est le supplément d’âme du black atmo. Au Champ des Morts a tué le paraître, se concentre sur l’être, et sort une œuvre d’une simplicité et d’une beauté aussi imparables que déchirantes. Une œuvre qu’il sera bien difficile d’égaler. Et là je me sens… fatigué. 
 
Un grand merci à M.H. Soenen. 



©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4