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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été mise en ligne le 18 janvier 2008
Sa note : 9/20

LINE UP

-Candice Night
(chant+instruments à vents)

-Ritchie Blackmore
(instruments à cordes+percussions)

-“Sir” Robert of Normandie
(guitare+basse)

-“Bard” David of Larchmont
(claviers)

-“Squire” Malcolm of Lumley
(batterie)

-Lady Madeline & Lady Nancy
(chœurs)

TRACKLIST

[DVD]
1)Introduction
2)Past Times With Good Company
3)Rainbow Blues
4)Play Minstrel Play
5)World Of Stone
6)Under A Violet Moon
7)Soldier Of Fortune
8)Durch Den Wald Zum Bachaus
9)Diamonds & Rust
10)Minstrel Hall
11)Home Again
12)Streets Of London
13)Renaissance Faire
14)[Keyboard Solo]
15)Ariel
16)Loreley
17)The Clock Ticks On
18)Fires At Midnight
19)St. Theresa
20)The Village Lanterne

[CD]
1)Past Times With Good Company/Rainbow Blues
2)Play Minstrel Play
3)World Of Stone
4)Under A Violet Moon
5)Minstrel Hall
6)Home Again
7)Ariel
8)The Clock Ticks On
9)Fires at Midnight

DISCOGRAPHIE


Blackmore's Night - Paris Moon (CD+DVD)
(2007) - folk musique classique instrumental Post-Medieval Ante-Traditional - Label : SPV Steamhammer RSK Entertainment



Oyez-oyez ! Venez écouter l’histoire du ménestrel qui se prit pour un barde ! Approchez, gentes dames et jolis messieurs, remplissez chopes et criez de tous poumons, joignez-vous aux nôtres car il est affront que nous devons relever. Hier soir, je vous le dis, nous fûmes confrontés à la duperie – nous crûmes que pour le nouveau millénaire, occasion nous fut donnée de célébrer nos jeunes années passées en tavernes et Cour à boire, chanter et danser. Rien de tout cela je dis, ne saurait être trouvé chez ces pouilleux bardes de grange !

On me vantait l’exceptionnelle habileté du sieur Blackmore à la mandoline : peu dire que je fus déçu ! Ce ménestrel aussi muet et peu engageant que la culotte de notre Seigneur ne sut durant la fête que battre mollement le temps, attendant que tout le monde se taise pour que monsieur puisse intervenir de tous doigts que Dieu lui donna. Et bien sûr, échoua à utiliser ceux qu’Il ne lui donna pas. De sa ravissante compagne nous ne pûmes être charmés – fort bien accoutrée, elle ne put convaincre nul spectateur par son maniement bien superficiel des instruments à vent. Furent également présents un drôle d’homme-batterie, un confrère Normand aux guitares, un sorcier (j’y reviendrai) et deux jolis minois pour accompagner les voix. Classique mais toujours efficace, me direz-vous ! Cela dépend de vos outils…

Car instruments, je vous le dis : cette exhibition fut une tragédie pour votre fierté. Ces gens jouent de la flûte, des violons et même de la cornemuse : grâce à un piano ! Il suffit au barde mal habillé d’appuyer sur quelques touches pour qu’il en sorte le son d’un instrument traditionnel (nul doute que de petits elfes étaient cachés avec leurs outils sous le capot de son clavecin). Si cette magie ne m’est pas coutumière, nous fûmes tous d’accord pour dire que la qualité de cet instrument laissait à désirer et que ni les vents ni les cordes n’en sortaient joliment. Ce problème de mélange imparfait fut d’ailleurs ce qui empêcha mes amis et moi-même de nous laisser guider. Durant toute cette représentation, nous ne pûmes dire ce qu’il fallait penser de cette compagnie qui mélangeait l’eau et la terre pour n’en sortir guère plus que de la boue, guettant avec attention chaque saute d’humeur de son ménestrel autoritaire.

La compagnie de la nuit eut tant de mal à entrer dans sa musique – sieur Blackmore contrôlant impassiblement chaque fausse note tout en n’entendant aucune des (nombreuses) siennes – que notre assemblée en fut abasourdie, eu égard à la réputation de ce sextet. Nous dûmes attendre une pénible demi-heure de chansons languissantes comme on n’ose plus en faire et d’incartades romantiques ou symphoniques avant que la boisson ne commence à nous faire tanguer. Il fut plaisant sur "Durch Den Wald Zum Bachaus" que messieurs de Normandie et de Larchmont se permettent quelques menues facéties en exécutant (sur cette curieuse guitare à 4 cordes) une petite reproduction de "La Marseillaise" avant de s’octroyer des plaisirs solitaires en voyageant sur Beethoven ou Mozart (mes compagnons me citèrent également quantité de noms futuristes dont j’ignore tout).

Mais non, l’arrivée impromptue d’un lapin géant sur "Minstrel Balls" ne suffisait plus à nous distraire. Quand enfin nos musiciens se détendirent pour un "Home Again" amusant et dansant (n’était-ce point "Hava Nagila" entre deux chansons à boire ?), la fête était tombée depuis déluge. Cette musique qui fut des lustres le moyen le plus cocasse de se divertir, de danser et de chanter ne nous permit qu’à peu de reprises de nous lancer avec joie dans les bacchanales qu’elles nous promettaient. Nous ne dûmes notre bon plaisir qu’au vin italien dont nous avions un peu abusé. Mes compagnons n’eurent pas plus de gentillesse à leur égard : sans boisson, la soirée aurait été plus lente encore.

Nous pensions qu’il fallait du temps pour que ce petit orchestre prenne la musique au vol et puisse enfin nous enivrer des charmes soyeux et vivants qui font la spécialité et la particularité des ménestrels. Nous fûmes tous déçus. Alors que cette période de transition après les chansons (bien trop) calmes commençait enfin à poindre, l’extase nous quitta aussi vite. Car quand finalement arrivèrent "Ariel" et "Loreley", le chef de la nuit sortit une guitare futuriste au son clinquant et métallique : nous ne savions plus que penser. Cela tuait une nouvelle fois ce qu’il y avait à sauver dans cette présentation. Nous n’étions pas venus pour regarder jouer sieur Blackmore se regardant jouer. Mes amis et moi partîmes avant la fin de la réception… et aucun d’entre nous n’en fut nullement affecté.


Dieu que cela fut ennuyeux ! Et Dieu que cela fut long… Une fois assis autour d’un bon pichet, mes compagnons et moi-même comptâmes les chansons que nous garderions en mémoire. Ni eux ni moi n’en trouvèrent plus de six. Tout cela principalement par pure méconnaissance de la compagnie des musiques qu’ils abâtardirent sans remords. Les ambitions démesurées du sieur Blackmore nous attristèrent grandement car cette soirée aurait pu être bien plus que la farce sans queue ni tête qu’elle fut. Triste histoire que celle de l’apprenti ménestrel qui se prit pour un barde.


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