CHRONIQUE PAR ...

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Droom
le 16 février 2014




SETLIST

- Inconnues - 

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16 février 2014 - Caen - Bistrot des Halles


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Ce soir-là, pour se rendre au Bistrot des Halles, il fallait trouver la motivation de sortir sous la pluie. Ceci fait, il fallait se rendre au Cargö, la salle des musiques actuelles de la ville, située au bout du port. Un concert amateur au Cargö ?! Nenni ! Une fois sur place, il fallait encore suivre la piste cyclable, qui s'enfonce plus profond dans une atmosphère étrange jusqu'au niveau de La Boussole, un centre d'accueil de jour où, il faut bien le reconnaître, traînent de drôle de personnages, bouteilles à la main. Passons comme si de rien n'était. Juste à coté, et avant la salle, une succession de camions blancs. Les bougies sont allumées : ces demoiselles sont libres. Belle brochette de personnages... Une fois tous ces obstacles passés, dans une ambiance industrielle délabrée, nocturne et pluvieuse, nous étions arrivés au lieu dit : le Bistrot des Halles. 

Plastic Riot inaugure la soirée. Constitué sous la forme d'un trio, le groupe opère à la croisée des chemins : un peu de rock, parfois précédé d'un « post » du plus bel effet, un peu de gros son également, du post-punk à la volée... En somme, seulement de bons ingrédients. Et la recette est payante, puisque le groupe - qui jouit par ailleurs d'un son de qualité - semble emporter les faveurs du maigre public (à cette heure-ci, une trentaine de personnes...). Le frontman, guitariste-chanteur, joue son rôle comme il se doit : avec passion. De son côté, le batteur semble décupler lui aussi son énergie pour livrer une prestation agréable à regarder. Seul le bassiste est en retrait. Visuellement, s'entend, car le jeu, lui est bien présent. Plastic Riot s’avérera finalement le groupe le plus fin de la soirée. Véhiculant avec succès différentes émotions « post-pop-rock-sauvage », Plastic Riot redonne du sens à l'expression power-trio. Une réussite.
Petit concert oblige, les silences ne durent pas, et Mutiara Damansara prend rapidement possession des lieux. Pour resituer le contexte, rappelons que la formation Caennaise s'inspire tout à la fois du black metal (très visible dans le look des musiciens, ainsi que dans la gestuelle scénique : pseudo-pendaison, roulage au sol...), du post-punk (ici, point de batteur à l'horizon mais une boite à rythme), ou encore du post-black / shoegaze. A ce titre, l'influence Alcest se fait clairement entendre lors des « lalala » positifs fréquemment entretenus sur fond d'une musique parfois digne de la Transylvanie. Seul véritable défaut : le groupe accuse peut-être un manque de puissance au niveau des guitares (pourtant au nombre de deux depuis peu...). Dommage, mais excusable. Quoi qu'il en soit, ceci ne gâche pas le plaisir d'un énergumène finement éméché, qui semble tout droit sorti du centre d'accueil voisin. L'individu s'amuse. Secoue des chaises. Danse plus ou moins. Un incident somme toute sympathique, qui participe de l'ambiance caractéristique de ces concerts amateurs et en petit comité. A cette heure, le public doit encore compter une vingtaine de personnes.
Des vingt personnes, il n'en reste plus que dix, environ, pour accueillir Saison de Rouille. Triste constat pour le Caennais que je suis : le public est inexistant malgré la très bonne promotion de l’événement. Mais qu'importe, le chanteur s'en amuse, lui qui se vante « d'arriver à vider une salle de 200 personnes à Lyon ». Il faut dire que la musique pratiquée par Saison de Rouille est tout sauf simple à appréhender. L'influence qui saute aux oreilles et qui ne disparaitra jamais est claire : Godflesh. Godflesh. Godflesh. Ceci alors que, de l'aveu de groupe lui-même, Godflesh ne compte pas parmi les références de Saison de Rouille, plutôt branché sur les Swans. Dans cette musique difficile, tristement urbaine et dramatiquement désenchantée (qui colle donc à merveille à l'environnement avoisinant la salle), la boite à rythme, martiale, impose sa présence. Rien ne lui échappe. Basse et guitare semblent comme happées par elle et, il faut bien l'avouer, on ne les entends pratiquement pas. Pas distinctement de la boite à rythme. Le public est de plus en plus clairsemé et se compose désormais quasi-uniquement... des membres des groupes précédents ! Pendant que l'un profite (ou comate ?) sur une chaise, seul au milieu de la salle, ses deux comparses semblent absorbés par le groove industriel de ce groupe, « pas super apprécié par les petites putes de label ». Quelques invites à visiter leur « bande crampe » plus tard et cet improbable de croisement entre Godflesh et Jeanne Moreau (quel drôle de chant, grave, rocailleux, parlé...) quitte la scène, visiblement amusé (en bien ou en mal ?) par la prestation de ce soir. 


Finalement, voilà donc une bonne soirée, caractéristique des petits événements amateurs. Trois groupes pour trois genres différents. Un très bon « rock à nuances » d'ouverture, une bonne prestation de post-black / shoegaze et une plus qu'étrange Saison de Rouille, industrielle à souhait, auront musicalement occupé les lieux ce soir. Le principal reproche serait à adresser au public, tout bonnement absent. Heureusement, la passion suintait des personnes présentes, tout comme elle l'a fait des groupes se produisant à cette occasion.  

http://saisonderouille.bandcamp.com/

http://mutiaradamansara.bandcamp.com/

http://www.plasticriot.fr/



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