Exodus

Entretien avec Gary Holt (guitare) - le 02 octobre 2007

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Adam Weishaupt

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Cosmic Camel Clash

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Kroboy

Une interview de




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Groupe fondateur du thrash, Exodus a réussi à survivre grâce à la volonté d'un seul homme : le guitariste Gary Holt. Mû par la volonté féroce de ne pas laisser mourir son bébé, il aura même un temps été le seul membre historique d'Exodus avant que le batteur Tom Hunting ne revienne. Deuxième album avec Rob Dukes au chant, The Atrocity Exhibition – Exhibit A (chronique ici) n'est certes pas l'album de la décennie mais saura contenter les amateurs de l'album précédent. Entretien avec un meneur d'hommes.


Cosmic Camel Clash : Comment les fans ont accueilli Rob Dukes, dont le chant est très différent de Zetro Souza ?

Gary Holt : Oh, ils l'adorent. Il y aura toujours certains fans pour dire «Zetro ceci, Zetro cela», mais quand ils le voient en live, ils sont mis devant le fait accompli qu'il défonce absolument tout ce que Zetro a pu faire. Mais la plupart d'entre eux l'adorent depuis le début.

PhotoCosmic Camel Clash : Peux tu nous éclairer sur le retour de Tom Hunting à la batterie ?

Gary Holt : Et bien quand Tom a quitté le groupe, il souffrait de problèmes d'anxiété. Il avait besoin de temps rien que pour lui, où il ne serait pas obligé de faire partie du groupe parce que ça te bouffe tout ton temps libre et ça peut même en venir à dominer ta vie. Donc Paul (Bostaph) nous a rejoints, et c'est un des meilleurs batteurs du monde en plus d'être un des types les plus sympas du monde. De plus, il savait pertinemment que Tom pouvait très bien revenir du jour au lendemain pour faire de la scène, réintégrer sa place derrière les fûts. Donc quand c'est arrivé, Paul a été totalement cool à propos de tout ça, il savait que c'était ce qui pouvait arriver de mieux au groupe. Tom et moi en avions discutés, il se sentait à nouveau fort, en pleine forme, et on a recommencé à jouer de la musique ensemble… Et c'est tellement naturel pour moi de jouer avec lui, on joue ensemble depuis qu'on a, quoi, 17 ans ? En tout cas, tout s'est très bien terminé pour tout le monde dans cette histoire. De ce que j'en sais, Paul est maintenant chez Testament, donc tout est bien qui finit bien.


Cosmic Camel Clash : Pourquoi sortir un Atrocity Exhibition - Exhibit A puis Exhibit B ? Te sentais-tu particulièrement inspiré et prolifique cette fois ?

Gary Holt : Ca a commencé quand nous avons réalisé que nous avions beaucoup trop de chansons, toutes excellentes, pour tenir sur un seul album. Nous nous sommes donc dits au départ que nous pourrions en faire un double album, mais ça nous aurait coûté trop cher, ce genre de frais supplémentaires étant à la charge du groupe. Et le seul moyen a priori d'éviter un tel désastre financier aurait été de vendre l'album beaucoup plus cher, et ça, c'était hors de question. Donc nous avons décidés de choisir les chansons qui nous paraissaient les plus aptes à composer cet album, celles qui iraient sur le suivant, et donc sortir un album en deux parties et on espère que le prochain sortira quelque chose comme un an après celui-ci.

Cosmic Camel Clash : Le 2ème volet est-il prêt, ou reste-t-il des morceaux à finaliser ? Une date de sortie est-elle déjà prévue ?

Gary Holt : Alors nous avons quatre chansons, pas encore mixées, mais qui ont été enregistrées en même temps que celles sur le premier album. Il faut encore que nous trouvions du temps pour retourner dans le studio, les écrire, finaliser tout ça, mais nous ne savons pas trop encore quand ça nous sera possible.

Cosmic Camel Clash : Le nouvel album comporte beaucoup de longs titres. Etait-ce une volonté affichée de ta part ?

Gary Holt : C'est venu très naturellement, je ne suis pas du genre à dire qu'un morceau doit avoir une durée précise, et très honnêtement, nous ne nous étions pas rendu compte de leur longueur avant la fin de l'enregistrement. Après coup, nous avons regardé les écrans d'ordinateurs et nous étions là «quoi ? Plus de dix minutes ? Tu plaisantes ?». Et ça nous avait complètement échappé, parce que nous ne chronométrons pas nos morceaux et ne l'avons jamais fait. Un morceau touche à sa fin quand il touche à sa fin, il ne faut pas interrompre le processus créatif sous prétexte que c'est "trop long". C'est comme quand on a quelque chose à dire, on ne s'arrête pas en plein milieu de sa phrase, on continue jusqu'au bout.
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Cosmic Camel Clash : L'album fait la part belle aux longues plages instrumentales et aux soli. Que penses-tu de ta complémentarité avec Lee Altus par rapport à celle avec Rick Hunolt ?

Gary Holt :D'une certaine manière, rien n'a changé. Dans le sens où, quand ça en vient aux parties solo, nous savons que c'est une partie du morceau que l'on aura plus à jouer après, donc il y a un moment où l'un de nous dira à l'autre "tu sais, j'aimerai plutôt jouer la rythmique ce coup-ci". Il y a des groupes qui peuvent éventuellement se bagarrer à ce sujet, mais Lee est tellement bon, notre son en live est beaucoup plus carré grâce à lui, et c'est un des meilleurs guitaristes rythmiques du monde, ainsi qu'un de mes plus vieux amis. Donc avoir Lee à mes côtés, ça marche parfaitement, j'ai vraiment beaucoup de chance à ce niveau-là.

PhotoCosmic Camel Clash : Il y a un étonnant passage en chant clair sur le refrain de "Children of a Worthless God". Est-ce une expérimentation inspirée par des groupes en vogue comme Chimaira et Killswitch Engage ?

Gary Holt : Non, ça n'a absolument rien avoir avec ces groupes. Je ne les ai jamais écoutés, à part peut être une chanson à la radio. Le truc, c'est que les gens ont tendance à oublier que nous utilisions de chant clair dès notre second album. Il y a du chant clair sur "Chemi-Kill", "Seeds of Hate", "Til Death Do Us Part"… Donc ce n'est pas nouveau pour nous, c'est juste que nous ne l'avions pas fait depuis un moment. C'était l'idée de Rob, puisqu'il s'occupe du chant, et je lui ai dit qu'il faudrait essayer en studio où on entendra les choses un peu mieux, parce qu'on répète vraiment très fort, probablement trop. Bref, quand nous avons été confrontés au résultat, c'était vraiment impressionnant, mais ça n'a rien à voir avec ce que d'autres groupes peuvent bien faire parce qu'on faisait exactement ce genre de choses il y a vingt ans.


Cosmic Camel Clash : Le son est une nouvelle fois énorme. Andy Sneap est-il le producteur idéal pour toi ?

Gary Holt : Oh, c'est même le seul qui nous convienne. Il a, je pense, plus de talent que quiconque dans ce domaine, c'est le meilleur et c'est aussi un de mes meilleurs amis. C'est presque un membre à part entière du groupe. On vient de la même époque, il comprend notre musique, il est fan du groupe et tout marche très bien. On voit les choses de la même manière, c'est comme une sorte de symbiose. Et puis on s'amuse beaucoup, aussi. C'est le producteur parfait pour le groupe.

Cosmic Camel Clash : Exodus s'est reformé en 2004, alors que la plupart des grands groupes de thrash ont cessé d'exister et que le genre n'est plus ce qu'il était. As-tu encore des ambitions  particulières ?

Gary Holt : Ouais, mon ambition est de faire en sorte que chaque album soit encore plus énorme et méchant et plus exceptionnel que le précédent. Je veux faire partie du groupe qui repoussera continuellement les limites du thrash metal ici en 2007. Nous ne voulons pas être perçus comme une reformation ou un groupe de thrash retro, parce que ce n'est pas ce que ne nous sommes. Nous réalisons les meilleurs albums de toute notre carrière en ce moment même et j'ai le sentiment qu'il nous reste encore beaucoup à accomplir. Nous allons continuer à travailler d'arrache pied pour ce résultat.
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Cosmic Camel Clash : Quelle est ta réaction au fait qu'Exodus n'est pas le seul groupe de thrash à être redevenu actif, car d'autres groupes comme les Allemands de Destruction, Death Angel ou Kreator, qui ont sorti un album vraiment brutal, sont revenus ? Est-ce que tu penses qu'il y a un revival thrash, ou qu'il s'agit d'un simple hasard ?

Gary Holt : Je pense qu'il y a un revival thrash en ce moment, mais les gens ont tendance à oublier que nous sommes revenus en 1997, avec l'album live. Nous avons du faire face à beaucoup de problèmes, des problèmes de drogue notamment, puis la mort de Paul… Il nous a fallu du temps pour nous en remettre. Nous ne sommes pas revenus en 2003, mais bien avant. D'autant plus qu'aux Etats-Unis, le type de metal que nous jouions était mort, la scène principale était occupée par des groupes de merde comme Limp Bizkit… Mais je pense que c'est une bonne chose que les vieux groupes soient encore là aujourd'hui, car j'aime à croire que nous n'avons pas notre pareil pour faire ce qu'on attend de nous.

Cosmic Camel Clash : Une tournée américaine est prévue pour janvier/février 2008. Peut-on s'attendre à une venue en Europe ? Où Exodus remporte-t-il le plus de succès ?

Gary Holt : La tournée européenne se fera juste après la tournée US. Pour l'instant, nous envisageons de la commencer en Mars. Sinon, c'est une question difficile, parce qu'il y a tellement de pays où nous remportons un succès énorme et d'autres où nous jouons dans des salles minuscules, mais complètement bondées et où le public est encore plus extrême. Nous avons beaucoup de succès en Amérique du Sud, en Hollande, on se débrouille en France, en Allemagne c'est toujours aussi incroyable, la Finlande n'en parlons pas… Je pense que nous faisons nos plus gros chiffres au Japon, c'est dur à dire. Même aux Etats-Unis, dans des grandes villes comme Hollywood, San Francisco, New York, Chicago, c'est toujours génial… Dallas, aussi.

PhotoCosmic Camel Clash : On peut dire qu'il y a vingt cinq ans, le thrash US était profondément ancré dans la Bay Area d'origine, et à l'étranger, en Allemagne. Penses-tu qu'il en est toujours ainsi ou qu'un groupe de thrash peut maintenant émerger de n'importe où dans le monde ?

Gary Holt : Je pense que ces groupes peuvent venir de n'importe où, mais que le meilleur du thrash viendra toujours de quatre endroits. Il y a la Bay Area, là où il a été créé. Nous avions Metallica, quand ils jouaient encore du thrash, nous-mêmes, Testament, Violence, Death Angel, Forbidden, c'est incontestablement la voix principale du thrash. Puis il y a Los Angeles, rien que pour Slayer qui est originaire de là bas, puis New York avec Anthrax et peut-être l'Allemagne. Je crois que ce sont là les endroits qui ont toujours produit les meilleurs groupes, avec leur propre style, leur propre son. Mais aujourd'hui, il y a des groupes qui viennent de partout, il y en a beaucoup qui viennent de Los Angeles en ce moment.


Cosmic Camel Clash : Tu as dit plus tôt que tu n'écoutais pas les groupes que j'avais mentionnés. Est-ce qu'il y a des groupes de metal moderne que tu suis particulièrement ou tu es plus axé sur les classiques ?

Gary Holt : J'écoute énormément de classiques et il y a beaucoup de groupes que j'aime bien, mais je ne suis pas du genre à écouter des albums en permanence. Il arrive qu'il y en ait un que j'aime beaucoup, que je vais écouter régulièrement, qui va être mon album favori du moment mais je ne passe pas tout mon temps à l'écouter en boucle. Je pense que des groupes comme Chimaira et Lamb of God tuent tout, vraiment excellents, le dernier Finntroll est une bombe, le nouveau Nile est extraordinaire, le dernier Evile est très bon… Mais en général, je suis plus du genre à écouter Rainbow Rising qu'autre chose.


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