Aegri Somnia

Entretien avec Cristina et Oscar - le 17 février 2017

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Winter

Une interview de




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De la musique folk mélangée avec du black metal... de nos jours, quoi de plus banal ? Hein ? Sauf que :
1. On parle de folk espagnol, pas de folk scandinave/ukrainien.
2. On parle surtout de folk et un peu de black metal.
3. Cristina et Oscar, le duo répondant au doux nom d'Aegri Somnia, sont des interlocuteurs de choix, évoquant bien des sujets avec profondeur.
Si avec ça vous ne lisez pas l'interview...



-Winter : Salut, pouvez-vous présenter?

-Oscar : Nous sommes Ageri Somnia, nous sommes un duo, composés de Cristina et moi. Le nom que j’utilise pour mes différents projets musicaux est Nightmarer. Pour ce projet concrètement, nous faisons converger des styles musicaux très différents. Nous avons tous les deux joué pendant un certain temps dans un groupe de musique celte, typiquement irlandaise. À cette époque-là, nous avons eu envie d’apprendre à jouer du tambourin et nous avons suivi les cours d’Eliseo Parra, qui est un artiste très connu dans le milieu du folk ibérique. C’est là que nous avons senti que nous avions la possibilité d’explorer une voie différente. Nous nous sommes rendu compte que le folk espagnol est un genre extrêmement méconnu, dès que tu sors du flamenco, des sévillanes et de la musique celte galicienne ou éventuellement asturienne. Nous avons donc voulu exploiter ce folk « oublié » et le mélanger avec du black metal de tendance avant-garde, et de la musique electro aussi. Comme il n’y a pas de chemin pré-établi pour ce projet, nous avons expérimenté.

-Winter : à propos de la méconnaissance du genre, je dois vous raconter une anecdote. J’ai fait écouter votre album à ma femme, qui déteste le metal, et je lui ai dit : « Enfin un truc qui devrait te plaire ! C’est du metal mélangé avec du flamenco… » Elle m’a regardé et m’a dit : « T’es con ou tu le fais exprès ? C’est une jota ! Écoute le rythme, il n’y a rien de flamenco là-dedans ! »… (rires) Pour en revenir à l’interview, vous vous êtes concentrés sur le folklore du nord-ouest de la péninsule, non ?

-Cristina : Non, c’est de toute la péninsule. Sur le disque, tu as une chanson galicienne, nord-ouest donc, mais aussi un fandango de Huelva (extrémité sud-ouest de l’Espagne) par exemple. Ton anecdote est amusante et révélatrice du peu de connaissance qu’ont les gens sur le sujet. Quand je dis que je chante du folklore, on me demande « Ah, de la musique celte ? » et je réponds « Non, des jotas », et là tu te fais regarder bizarrement. La musique traditionnelle est vue comme un truc vieillot… Quant à l’absence de flamenco sur cet album, comment dire… Pour te donner une image, le flamenco c’est comme une porte avec une serrure très compliquée et je ne suis pas encore arrivée à l’ouvrir. Un jour j’y arriverai peut-être, mais pas pour l’instant.

-Winter : L’erreur que j’ai commise est très fréquente au pays des Gabachos [terme péjoratif pour désigner les Français]. Quand j’ai fait écouter "El Señor Platero", beaucoup de gens ont également cru que c'était du flamenco.

-Oscar : Ici aussi. Les gens ne font pas la différence. Il faut dire qu’elle est parfois mince entre les différents styles : ça peut être une histoire de vitesse d’exécution, de rythme, de variations sur la manière de jouer…Les chansons se dansent avec les mains plus ou moins hautes… Et oui, il faut préciser que toute cette musique est une musique sur laquelle on danse. Curieusement, l’étincelle de laquelle est né ce projet vient de l’écoute de la chanson "Zambra" du groupe français Hacride. Cette chanson est une reprise d’une rumba flamenca de Ojos de Brujo (groupe barcelonais mélangeant flamenco, hip-hop, …) et on s’est dit que c’était quand même incroyable que ce soit un groupe français qui fasse ce type de reprise et qu’ici personne ne fasse la même chose. Alors bon, notre musique n’a pas grand-chose à voir avec le metalcore d’Hacride mais on s’est dit que l’heure était venue de se défaire de certains complexes. Si tu es allé à des concerts ici, tu as dû te rendre compte qu’il y a une espèce de rejet à l’encontre de la Tradition*, en France c’est peut-être pareil, mais sûrement moins qu’ici…


-Winter : Euh… C’est marrant parce que dans ma chronique je dis justement l’inverse : il y a plus de respect ici qu’en France…

-Oscar : Au moins en France, vous avez de groupes qui chantent en français. Ici non.


-Winter : C’est vrai pour le black metal, mais c’est un phénomène relativement récent. Et d’une manière générale, il y a pas mal de mépris pour la tradition.

-Cristina : Ici aussi.


-Winter : Oui, mais par exemple, ici vous avez les fêtes locales. En France…


-Cristina : Mais les fêtes locales ici, c’est un truc de vieux. Avec mon groupe précédent, nous sillonnions l’Espagne et j’ai chanté dans plein de villages, sur les places, montée sur une charrette, là où on transporte le foin et les animaux, avec mon tambourin… Et c’est un truc de vieux. Ça ne devrait pas être comme ça, le folklore fait partie de notre identité.


-Winter : Je suis d’accord, mais affirmer ça peut te faire passer pour un extrémiste.

-Cristina : C’est vrai, on t’associe très facilement à la droite radicale.

-Oscar : Ici encore plus d’ailleurs, à cause de la guerre civile. Il se trouve que pendant la dictature, la phalange espagnole avait une section féminine qui se consacrait à la célébration d’activités culturelles et sportives, folklore et danse traditionnelle inclus. C’est assez difficile dans l’esprit des gens de séparer le fascisme de la tradition. Ceci dit, le rejet des gens envers le folklore est d’abord dû au fait qu’ils voient ça comme un truc de vieux, plus que comme un truc de fascistes, ce qui quelque part est encore pire… Ici le fascisme ne fait hélas pas très peur…



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-Winter : Sinon, vous êtes tous les deux fans de metal ? Toi Oscar, je sais que c’est le cas, tu mentionnes d’ailleurs plusieurs groupes de black metal sur votre page Facebook. Et toi, Cristina ?

-Cristina : Oui, c’est d’ailleurs comme ça que nous nous sommes connus, Oscar et moi. Je chantais à l’époque dans un groupe de metal gothique. Oscar avait besoin, pour l’un de ses projets, d’une voix féminine.


-Winter : Et tu travailles toujours sur ce projet ?

-Oscar : Pas pour l’instant, même si un EP est sorti en 2015. Le projet s’appelle As Light Dies et j’y joue avec d’autres musiciens. Musicalement, les influences se situent du côté d’Arcturus, Borknagar, Ved Buens Ende aussi, Dodheimsgard, c’est assez éclectique. On y trouve aussi du matchore, du gothique… Après, j’ai aussi des projets solos. L’un d’entre eux s’appelle Garth Arum, c’est du metal symphonique. Cristina y chante aussi, tout comme mes amis français de Smohalla, Stagnant Waters et Pryapisme.

-Cristina : Mes goûts sont plus classiques. J’ai commencé avec Nightwish, je voulais chanter comme Tarja Turunen d’ailleurs. Je mis suis ensuite mise au folk et ai dû faire évoluer ma manière de chanter.


-Winter : Il est clair que ta manière de chanter dans Aegri Somnia est assez typique de la chanson espagnole. D’une manière générale, vous privilégiez vraiment le folklore espagnol, vous avez une volonté de classicisme. Après, il y a des morceaux où vous « bousculez » un peu plus la tradition, comme "La Culebra" qui pour moi est vraiment une réussite…

-Cristina : Cette chanson, c’est un petit morceau d’une danse typique de la région de Sanabria (nord-ouest de la péninsule). Dans cette danse, il y a une partie qui constitue une jota de laquelle est issue "La Culebra".

-Winter : En général cependant, vous accompagnez la chanson originale. C’est la démarche inverse des groupes de black-folk metal où la musique peut inclure des éléments folks, éventuellement en grande quantité, mais la base est black metal.

-Oscar : En fait, la tradition orale conserve le chant. L’accompagnement musical est, lui, sujet à variation. Que tu accompagnes le chant avec un tambourin ou avec de l’electro, cela reste ton interprétation. Il est vrai que certains titres de l’album ont un rythme plus proche des interprétations classiques, mais cela reste notre interprétation, qui dans tous les cas a le même objectif : accentuer le germe « maladif » présent dans ces chansons. Par exemple, pour les deux romances de l’album, celle de "Santa Elena" et "La Deshonra", nous avons dû beaucoup réfléchir à comment les accompagner, parce qu’à la base, il n’y a que du chant. Pour "Santa Elena", nous voulions quelque chose de laid, ou tout du moins lugubre.

-Cristina : L’histoire derrière cette chanson est vraiment terrible, même si il s’agit d’un air qui est parfois utilisé comme berceuse et qu’on associe facilement à de vieilles femmes chantant pour endormir des petits. Le défi a été de présenter cette chanson de manière à ne pas rebuter le public, que les gens ne se disent pas « Mais qu’est-ce que je fous ? Je ne vais quand même pas écouter un air chanté par des grands-mères !»

-Oscar : Sur l’aspect de l’accompagnement, un des défis auxquels nous avons été confrontés vient du fait que le chant contient déjà toute l’essence de la chanson. Tout ce que tu ajoutes peut facilement abîmer cette essence, donc il faut faire très attention.


-Winter : Oui, il y a un équilibre fragile à trouver. J’ai quand même tendance à diviser les chansons de l’album en deux : celles qui respectent totalement le thème original et celles où on sent une symbiose entre le folklore et la musique moderne metal ou electro. Sur "La Culebra" – je sais, j’insiste beaucoup sur cette chanson ! - il y a une espèce de climax symphonique, au moment où vous utilisez les trombones, qui me paraît dingue…

-Oscar : Oui. C’est un peu le même procédé qui est utilisé sur "La Ronda De Mayo".

-Cristina : "La Ronda de Mayo", c’est ma chanson préférée de l’album. (NDW : j’éprouve alors l'étrange sensation de ne pas m'être extasié sur le bon titre…)

-Winter : Cette rencontre a priori pas si évidente entre black metal et electro, d’une part, et folklore ibérique d’autre part, vous a paru quelque chose de naturel ou au contraire, vous avez dû d’une certaine manière « forcer » la rencontre, la travailler ?

-Cristina : D’un côté, on peut dire que c’est un processus naturel. Oscar a sa culture musicale, j’en ai une autre. Elles se rejoignent sur certains points, sur d’autre non. Ce projet se fait naturellement comme une convergence de nos affinités. Mais d’un autre côté, c’est un processus qui choque. Je me rappelle que quand nous avons enregistré "La Ronda de Mayo", je l’ai fait écouter à une amie qui chante du folk, et elle n’a pas compris la chanson. Pour elle, c’était simplement la chanson qu’elle connaissait, avec du bruit autour. Et il y aura beaucoup de personnes comme elle.

-Winter : Donc vous êtes conscients qu’il s’agit d’une voie étroite, difficile. Quel est votre public? Comment le décririez-vous ?


-Oscar : Notre public n’existe pas. Ça rejoint la question précédente : cette rencontre devait être provoquée à un moment ou à un autre c’est nous qui nous en sommes chargés. Combien d’albums de black metal sortent par an ? Si un fan veut écouter du black metal classique, il a tous les choix possibles et imaginables. Nous on est là au cas où il ait envie d’écouter quelque chose de différent. Nous voulons explorer cette voie, indépendamment du fait que ça puisse plaire aux gens ou pas, même si, bien sûr, on préfère que ça plaise. Nous avons envie de rompre quelques schémas pré-établis et d’aller à l’encontre des préjugés. En Espagne, certains chroniqueurs n’ont pas du tout compris l’album et se sont limités à faire un copier-coller de la biographie que nous avions envoyée et à dire que c’était difficile d’accès. C’est peut-être difficile d’accès, mais au moins, nous sommes là pour proposer quelque chose de nouveau, que nous sommes les seuls à offrir.

-Cristina : Combien de personnes issues du black metal sont disposées à écouter des jotas ? Aucune. Elles n’en écouteront que si j’arrive à les feinter avec ma pochette à l’esthétique metal.


-Winter : Oh quand même, il y a des gens qui sont intéressés par ce type de musique. Je précise ma question : quel type de personnes vont donnent un feedback de votre œuvre ? Des métalleux ?


-Oscar : Oui. Pas du monde du folk espagnol traditionnel. Ce monde-là se complait dans la vieillerie. Les gens ne veulent pas aller vers eux et eux ne veulent pas s’ouvrir aux gens. Maintenant, les personnes prêtes à écouter du folk irlandais, galicien, français sont plus ouvertes. Une anecdote : nous avons joué aux côtés d’un groupe de black metal excellent nommé AanomM et d’un autre groupe…

-Cristina : Les organisateurs du concert étaient vegans et j’avais dû leur expliquer pourquoi je suivais la méthode traditionnelle et fabriquais mes tambourins avec du boyau… Mais bref, je dévie… À la fin du concert, il y a des black metalleux qui sont venus et m’ont dit que je les avais fait pleurer.

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-Winter : Ceci dit, s’il y a bien une scène metal qui peut connecter avec le folk, c’est bien la scène black metal.
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-Oscar : C’est vrai. Mais il y a aussi un autre facteur qui joue : c’est le live. C’est très différent d’écouter un bout de l’album chez soi ou d’aller à un concert où, forcément, vu que tu y es, tu vas devoir te fader tous les morceaux du groupe qui joue. Pour en revenir à ce fameux concert, je dois ajouter qu’il y a aussi des personnes qui nous ont dit qu’il était temps qu’un groupe joue ce genre de choses en Espagne.

-Cristina : Nous avons joué également dans un concert de célébration de la Toussaint, la nuit du 31 octobre, l’ambiance était spéciale, théâtrale. Nous avions mis une table pour expliquer les traditions qui se maintiennent dans certaine partie de la péninsule pour la Noche de los Difuntos (« Nuit des Défunts »), comme le fait de mettre le couvert pour le défunt, ou d’aller à la montagne manger des châtaignes. Quand on finit le concert, un gars s’avance vers moi, limite agressif et me dit : « Tu m’as vraiment rappelé mon père, qui est mort il y a vingt ans ! Qu’est-ce que tu m’as fait souffrir ! »

-Oscar : Beaucoup de ces chansons se chantaient ou se chantent encore à Noël, il est donc tout à fait possible que les Espagnols reconnaissent certaines chansons et que ça leur évoque des souvenirs.

-Cristina : Oui, ou même seulement un vers, une strophe…

-Winter : Quel est le chemin que vous vous marquez ? Allez-vous rester dans le folk ou pensez-vous changer à un moment donné ?

-Oscar : En fait, il y a deux chemins : celui relatif aux albums que nous allons faire et celui relatif à nos prestations live. Sur ce dernier point, ce que nous avons fait jusqu’à présent, c’est monter sur scène à quatre maximum, deux guitares, une basse, Cristina pour la percussion et le reste des sonorités était enregistré, et la musique y perd. Ce que nous avons pensé, afin de compenser le manque de percussions – il nous est impossible de réunir le nombre de percussionnistes suffisant - c’est ajouter une batterie. Mais le batteur ne jouerait pas de manière orthodoxe, il appuierait de manière subtile le reste des instruments. En ce qui concerne les albums, nous avons déjà pas mal de matériel pour le prochain travail. Nous avons d’une part des chansons dans la ligne du premier album et d’autre part, du matériel concernant la Guerre Civile vue du côté républicain.

-Cristina : nous avons déjà été transgresseurs en dépoussiérant ces vieilles chansons traditionnelles et ça ne va pas s’arranger vu qu’on va aborder la Guerre Civile, qui est un sujet de notre histoire qui nous inspire une certaine honte. Avec le temps on découvre toujours plus de choses sur cette guerre…

-Oscar : Ce sont des chansons qui ont beaucoup de force. Leur diffusion avait bien sûr été interdite. Elles sont remplies d’espoir de victoire, ce sont des odes à la victoire. Quand les Républicains ont perdu, elles se sont teintées d’une mélancolie incroyable. Les thèmes abordés sont forcément violents, on parle de prendre la mitraillette, de tirer, de tuer, etc. Nous devons encore travailler tout ça, mais c’est l’idée.


-Winter : Vous envisagez une action politique pour accompagner l’album ou vous restez dans la création artistique ? Voulez-vous transmettre un message politique ou préférez-vous simplement transmettre un témoignage ?

-Cristina : Comme sur bien d’autres sujets, Oscar et moi avons un point de vue différent. Pour ma part, je crois que nous devons nous limiter à la mission didactique. Nous dépoussiérons des choses et nous les faisons connaître, chacun étant ensuite juge de ce qu’il écoute. Ceci dit, nous ne pouvons pas non plus complètement rester étrangers à ce que nous jouons.

- Winter : C’est sûr que le fait de choisir des thèmes républicains ne devrait pas faire beaucoup rire ceux de l’autre bord.

-Oscar : Ce n’est pas si évident. Il y a pas mal de pro-fascistes qui nous suivent aussi.

-Winter : Il est également sûr que vous ne pouvez pas rester étrangers à vos propre choix, mais vous pouvez vous contenter de jouer ces chansons ou de délivrer un message politique dans les concerts, en disant aux gens quelle voie ils doivent suivre.

-Cristina : Je ne suis pas partisane de cette option. Maintenant, si à un moment donné notre musique est choisie pour accompagner un acte politique, je ne m’en plaindrai pas.

-Oscar : De toute façon, ces chansons ne parlent pas de doctrine politique mais de la résistance, de la lutte des classes, de la survie. Aucun air ne parle du Capital de Karl Marx, ni de Mao. Quelques fois il y a des allusions à des Commandants comme Carlos, du Cinquième Régiment, mais principalement, ils parlent du pouvoir du peuple qui s’unit pour se défendre d’un coup d’état, d’une insurrection militaire.

-Winter : Vous orientez tout ça du côté de l’expérience humaine.

-Oscar : Et du récit, surtout.

-Cristina : C’est le fil conducteur d’Aegri Somnia depuis le début. Nous prêtons notre voix à des personnes défuntes, qui nous racontent des expériences douloureuses qui leur ont fait commettre des folies. Parfois, ils les ont commise dans le seul but de rester en vie.


-Winter : Plus le temps passe et plus j’ai la sensation qu’au-delà des couleurs politiques, la Guerre Civile a été un drame.

-Cristina : Oui. Un énorme drame.

-Winter : Et en fin de compte, il n’y a pas eu tant de temps qui s’est écoulé depuis. C’est quelque chose d’encore très présent.


-Oscar : Oui, il suffit d’acheter un journal pour s’en rendre compte.

-Cristina : Exact. Mais j’insiste sur le fait que ces histoires parlent de personne qui se sont données corps et âme et grâce à elles, je peux chanter ces chansons.


-Winter : Ce sont des airs où la douleur est très présente, avant même que vous ne les remaniiez.

-Oscar : Il faut dire que nous avons quand même sélectionné certaines chansons. Il y a aussi du folk heureux. "La Ronda de Mayo" est d’ailleurs un thème joyeux, mais on y retrouve toujours un point de nostalgie, ne serait-ce que parce que ça évoque des personnes disparues, une Espagne, plus pure, plus innocente, qui a disparu. Et de toute façon, la douleur reste toujours un peu présente.

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-Winter : Oui. Il y a toujours en filigrane la souffrance du peuple, des gens normaux.

-Oscar : Il faut dire que l’Espagne est en retard en comparaison avec les autres pays européens. Nous ne sommes sortis du féodalisme qu’avec la démocratie (en 1978 avec la rédaction de la Constitution actuelle). C’est un pays finalement encore assez peu industrialisé. Les campagnes sont désertes et pleines de villages abandonnés. El Gran Wyoming (un comique local assez connu) disait dans une interview qu’il avait connu à la fois l’Espagne de Curro Jiménez, celle des Espagnols luttant contre l’envahisseur français avec leur couteau (début du XVIIIème siècle et Napoléon) et l’époque moderne, avec une transition d’à peine quelques décennies. L’Espagne des années soixante était très similaire à celle du XVIIIème siècle.

-Winter : Pour revenir à l'aspect musical, les musiciens qui vous accompagnent, ce sont des amis ?

-Oscar : Oui. Il y a notamment une fille qui s'appelle Cecilia, issue de la scène IDM (Intelligence Dance Music). Elle a une voix assez particulière et joue toute sorte d'instruments, elle était très enthousiaste à l'idée de participer. D'autres personnes se sont proposées, mais aucune personne que nous ne connaissions pas auparavant. Pour les concerts nous sommes en train de voir qui peut nous accompagner pour les concerts, si nous arrivons à en faire, le problème étant que nous ne savons pas quel est notre public...

-Winter: Vous vous voyez dans des fests comme Madrid Is the Dark ?

-Oscar : Absolument ! J'y ai d'ailleurs déjà joué avec un de mes projets et l'organisateur est un ami. Simplement, il ne nous appellera que si Aegri Somnia a un certain succès.

-Cristina : Je nous vois jouer n'importe où, sincèrement. Je ne suis pas timide !


-Winter : Au Hellfest ?


-Les deux : Bien sûr. Pourquoi pas ?

-Cristina : N'importe où. Dans une fête de village aussi.


-Winter : Merci d'avoir répondu à toutes ces questions !


-Les deux : Merci à toi !



*: il y a la Tradition, concept apolitique qui exprime la perpétuation de la connaissance, et les traditions, sur lesquelles gauche et droite s'entretuent. Ce n'est (vraiment) pas la même chose.



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