6h33

Entretien avec Manu (clavier, programmation) - le 15 janvier 2015

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Ptilouis

Une interview de




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Alors que leur dernier album, Deadly Scenes, confirme tout le bien que les Éternels pensent des joyeux barrés de 6h33 et de leur prestation au gibus café qui s’est avérée fort agréable, nous avons eu l’occasion de discuter le bout de gras avec Manu (clavier et programmation) sur le pourquoi du comment de l’album, mais aussi sur leurs aventures passées et futures, leurs concerts à venir et leurs envies de s'essayer de nouveau à l'exercice de la reprise. Et à cela on peut ajouter une apparition furtive, mais efficace, de Rorschach (le chanteur). Bref, nous vous souhaitons une « saine » lecture !

Ptilouis : Voilà, premier interview sur Les Éternels. Tu peux présenter le groupe ?

Manu : Ben écoute, je vais essayer. 6h33 c’est un groupe qui est né en 2010 de la rencontre de zicos qui jouaient tous dans des projets assez variés et qui ont voulu se retrouver pour créer une zique un peu plus libre, un peu plus décomplexée, sans barrières parce qu’on est, je pense, tous très ouverts musicalement et on avait tous envie de se lâcher un petit peu. Donc voilà, 6h33 c’est vraiment à la base un projet qui était un gros défouloir et finalement on s’est tellement épanoui là-dedans que c’est devenu notre projet principal. Au niveau du style, c’est une espèce de fusion. Y a un peu pleins de choses dedans. C’est un mélange de prog, d’électro, de rock. Ouais, c’est un truc vraiment qui aborde quelque chose de très large au niveau stylistique. Et c’est déjà cool !

Ptilouis : Est-ce que tout le monde vient d’horizons différents ? Vous avez tous le metal comme base j’imagine, mais chacun a ses goûts particuliers ?

Manu : Ben tu vois par exemple, y en a deux qui étaient vraiment dans l’univers de la fusion au départ. Y en a deux qui avaient un groupe de prog avant 6h33, moi j’étais vraiment dans le metal. Voilà, après tous très ouvert quoi. C’est vrai qu’on écoute tous de tout.

Ptilouis : OK. Bon y a eu le premier album très metal sur le coup, puis il y a une sorte de coup de booste avec l’E.P. G.G.G. avec Arno Strobl et l’album qui a suivi. Vous vous attendiez à un tel succès ?

Manu : Bah non, pas forcément. C’est clair que le premier Orphan of Good Manners on en est toujours content aujourd’hui, mais forcément, c’est un album qui nous paraît jeune, qui correspond à la mentalité qu’on avait quand on l’a fait, c’est-à-dire, on voulait un gros défouloir, très chaotique, très foufou. Il a jeté les bases de ce que deviendrait  6h33. Après, l’histoire, c’est que le chanteur a quitté le groupe peu après la sortie de l’album et… on a eu peur de stagner, de pas trouver de remplaçant digne de ce nom. Donc on a eu l’idée de cette collaboration avec Arno et c’est vrai que… bah la musique du groupe avait mûrie entre-temps. Niko, le compositeur, s’était un peu assagi… enfin je sais pas si on peut dire assagi, mais il avait remis les pendules à l’heure par rapport à certains trucs. Il voyait un peu mieux ce qu’il voulait faire. Et Arno a apporté une touche très, je sais pas si on peut dire, « easy-listening » au niveau du chant, mais voilà il a ce côté crooner qui fait que ça passe tout seul à l’écoute. Il a vraiment fait un boulot mortel sur l’E.P. Bon bah, nous on était ravi parce que ça a gardé le groupe actif et en plus ça l’a fait connaître. Autant le premier album restait très confidentiel, il avait pas été très bien exposé, même s’il avait déjà un bon succès d’estime de la critique. Voilà, le groupe restait très obscur et cet E.P. avec Arno nous a permis de nous faire connaître d’un plus grand nombre.

Ptilouis : D’ailleurs, c’est là où vous avez commencé à signer avec Kaotoxin ? Ce n'était pas le cas pour le précédent ?

Manu : Non, le premier album était sur M&O Records… L’E.P. comme c’était en téléchargement libre, on l’a sorti nous-même. Et The Stench (from the Swelling), l’album qui est la version longue de cet E.P., qui lui est sorti en version physique… on a rencontré Kaotoxin à ce moment-là, on devait initialement le sortir avec lui, finalement ça ne s’est pas fait pour tout un tas de raisons et voilà, on s’est rattrapé avec celui-là. Et donc voilà, Deadly Scenes c’est vraiment le premier album avec Kaotoxin, mais on l’a rencontré au moment du précédent.

Ptilouis : Et vous avez décidé de refaire des trucs dans le futur avec Arno Strobl ? J’imagine que ça reste un pote.

Manu : Oui, ça reste un très bon pote. J’ai participé avec lui à la reformation live de Carnival in Coal, je faisais les synthés. On est toujours très proche, on a toujours envie de refaire des trucs ensemble. Je sais pas si ce sera dans le cadre de 6h33. Disons que Arno, c’est une très très belle rencontre humaine et musicale, moi je ressens l’envie à mort de collaborer avec lui. Après pour 6h33 c’était vraiment une parenthèse dans la vie du groupe 6h33 & Arno Strobl, et avec cet album là, on a vraiment senti le besoin de recentrer le truc. C’est 6h33 en solo…

Ptilouis : J’imagine que pour Rorschach...

Manu : Ouais, tu vois, Rorschach il attendait que ça et il avait une pression parce que passer après Arno c’est pas forcément simple. Mais voilà, il l’a abordé avec un stress positif et ça l’a très bien fait comme ça. Et voilà, c’était important pour nous de nous retrouver en groupe.

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Ptilouis : Donc transition logique, parlons de Deadly Scenes. Comment s’est fait la composition de l’album ? Comment est venue l’idée ?

Manu : Alors déjà, je pense qu’on s’est mis très très vite à le composer, en tout cas à s’y remettre. L’album précédent, The Stench est sorti fin avril 2013 et je sais que, quand on est parti ensemble en vacances en juillet, Niko avait déjà deux trois ébauches de morceaux qui étaient déjà bien maquettés et nous on a commencé à enregistrer l’album en décembre 2013. Après The Stench et les quelques concerts et tout, on était vraiment dans une énergie positive. Donc on se sentait inspirés, on sentait que ça bouillonnait, qu’on avait envie d’en dire plus. Et du coup, on s’y est remis très vite. Cette idée de concept autour des péchés capitaux, elle est venue assez tôt. On avait quelques morceaux de composés, où y avait encore pas de lignes de chants, pas de paroles etc. Rorschach a eu l’idée du concept et du coup ça a vraiment influencé Niko dans la façon dont il a composé les autres morceaux. Il s’est dit « OK alors là c’est le morceau sur la colère, donc on va essayer de… là c’est le morceau sur la luxure, donc qu’est-ce que la luxure m’évoque… » Voilà, ça a été vraiment pensé en même temps.

Ptilouis : Et d’ailleurs, il y avait des échos comme quoi l’album serait plus violent que The Stench et au final ce n’est pas tellement le cas,

Manu : Ouais, puis tu vois, quand tu parles des sept péchés capitaux, les sept péchés entre eux sont très différents, du coup les morceaux sont aussi différents que les péchés le sont. Ça explore des trucs très très vastes et même pour le morceau de la colère (ndla: "I'm a Nerd")… Tu vois c’est marrant parce que c’est un des derniers qui a été composé et on disait à Niko « Bon bah là pour le morceau de la colère envoie le bousin, faut que ce soit hostile ! » Et tu vois, il commence bourrin puis après y a le banjo, y a des ouap ouap, ça part complètement en vrille. Et voilà, Niko s’est rendu compte que tout simplement, il ne pouvait pas composer, au moment où il l’a fait, ce truc violent, parce que tout simplement ça ne lui correspondait plus. Après, quand ça lui reviendra, il le fera peut-être, mais voilà, je pense que l’album quand tu le sors, reflète l’état d’esprit du moment. Il s’est rendu compte qu’il ne pouvait plus du tout composer de morceaux, là en 2014, comme ceux de Orphan of Good Manners où c’était très chaotique, très violent, complètement déstructuré… Voilà c’est plus ce qu’on est aujourd’hui.

Ptilouis : (Question posée à Rorschach qui passait par là) Dis-moi tu as pu te lâcher sur Deadly Scenes ? Parce que j’imagine que pour The Stench c’était un peu compliqué…

Rorschach : Disons que sur l’album d’avant on a décidé de laisser Arno sur la composition parce que j’avais beaucoup de travail à bosser les morceaux sur scène donc j’ai pas participé énormément à la composition, donc forcément là je me suis fait plaisir. Bah disons que là c’était mon premier, j’avais envie de donner aussi… Donc oui on est allé aussi loin au niveau de l’écriture du texte que de la musique. Puis pas de limite, donc oui j’ai pris un malin plaisir à en mettre, mais on essaye de pas en mettre trop non plus, parce que trop de… tue le… 

Manu : On est quand même plutôt dans le trop que dans le pas assez.

Rorschach : Ouais mais nan, nan… (sourire) Enfin bon voilà, on essaye de pas franchir la limite du trop… Mais ouais je me suis fait bien plaisir.

Ptilouis : Il y a une chanteuse aussi, Béné je crois, tu peux en parler un petit peu?

Manu : Ouais, elle apparaît sur quasiment tous les morceaux. Alors Béné, c’est une chanteuse qui vient du milieu de la pop à la base avec qui Niko a déjà collaboré sur d’autres projets avant ça.  Et c’est vraiment une chanteuse qui d’une part a une superbe voix et est très polyvalente, qu’on connaissait déjà donc humainement. Ça s’est très bien passé et disons que ouais avec cet album, il y avait vraiment une volonté de l’aborder comme un Broadway, comme une grosse comédie musicale, donc vraiment avec un gros travail au niveau des voix, qu’il y ai pleins de timbres différents et tout, ce qui explique que, Rorschach fait quasiment toutes les voix leads, mais Niko fait beaucoup plus de chœurs, a beaucoup plus d’importance. Lui a aussi pris confiance en lui au niveau de sa voix, il a plein d’idées d’arrangements et tout… Mais du coup, Béné est là pour apporter cette touche féminine au niveau des timbres et tu vois, c’est ultra important sur un morceau comme "Black Widow" par exemple, où y a même pas vraiment de chanteur lead. C’est un enchaînement entre Rorschach, Nico et Béné qui se passent la main d’un passage à l’autre. C’est vraiment important d’avoir cette diversité de timbre.

Ptilouis : Comme tu dis comédie musicale, je suis d’accord que The Stench faisait très musique de films, alors que là c’est plus comédie musicale. D’ailleurs vous avez rajouté pleins de trucs pour faire comédie musicale, je crois qu’il y a un chœur de dix personnes…

Manu : Ouais, y a une chorale qu’on a enregistrée, qui intervient surtout sur le premier morceau "Hallelujah", parce qu’on voulait une approche  un peu « gospel » et sinon ils interviennent sur pas mal de passages, quasiment sur tous les morceaux y a un truc avec eux. Ouais, voilà, bah tu vois, c’est un contraste qu’on aime bien par rapport à l’album qu’on a fait avec Arno. Arno, c’est un excellent chanteur lead, ce qui marche bien avec lui c’est d’avoir la zique et sa voix lead posée dessus, très crooner, très grave, très suave. Et voilà, il y avait pas tant de chœurs dans l’album d’avant et là on a voulu prendre ça à contrepied en faisant un truc, pas dans l’excès, mais vraiment un gros travail sur les voix dans l’ensemble. Et je suis super content de cette approche-là, je trouve ça super !

Ptilouis : Bah, ça rend bien !

Manu : Ouais ça fait Broadway ! On a envie d’inviter Kamel Ouali à faire une comédie musicale ! (rires)

Ptilouis : C’est ça (rires) ! Bon on évitera p't-être.

Manu : Ouais, mauvaise idée !

Ptilouis : Et donc comme ça fait comédie musicale, j’imagine qu’il y a énormément de boulot dans tout ce qui concerne la programmation. C’est toi qui t’en occupes, tout du moins en partie ?

Manu : Ouais, c’est Niko et moi. Disons que Niko… Alors bizarrement y a personne qui fait ce qu’il doit faire dans ce groupe, c’est un peu étrange. Niko qui est le compositeur principal, il programme quasiment tous les synthés. Toute la batterie pour le coup, c’est moi qui la compose et la programme. Et moi, j’ai beaucoup participé sur tout ce qui est arrangements de cuivres et d’orchestre. Tout ce qui est en dehors des synthés en fait. Tout ce qui est arrangements orchestraux, c’est plutôt moi qui les ai bossés. Mais ouais, y a beaucoup de travail de programmation, y a beaucoup de pistes dans l’album. Voilà, y a ce gros travail sur les voix comme on disait et puis c’est clair que sur les synthés c’est très chargé, y a beaucoup, beaucoup de couches. On a compté l’autre fois avec Niko pour rigoler et sur les neuf pistes de l’album, on arrive à un total de 1800 pistes… Donc tu vois, on s’est lâché !

Ptilouis : C’est vrai que l’album est très riche. Mais dans l’ensemble ça s’entend bien, ça reste toujours très cohérent. Je sais que Devin Townsend a tendance à mettre tellement de couches que ça en devient illisible, là c’est pas le cas. Probablement grâce au mastering.

Manu : Bah ouais, Bruno Gruel, le type qui a fait le mastering a bien taffé. Nous on s’est bien pris la tête sur le mixage aussi. Ben tu vois, bizarrement, j’ai pas l’impression de m’être spécialisé là dedans, mais en tant qu’ingénieur du son, c’est sur ce genre de mix que je prends mon pied. J’ai l’impression limite d’être plus à l’aise quand je me retrouve avec deux cents pistes et que c’est le gros puzzle. Limite, quand j’ai juste une batterie, une basse et une guitare, je me sens un peu démuni, je sais pas comment remplir mon espace. Alors que là...

Ptilouis : Tu devrais parler avec les gens de Pryapisme…

Manu : Oui bah, on est en contact en ce moment, on s’amuse bien là-dessus. (sourire)

Ptilouis : Oui et à propos de Devin Townsend, sur The Stench ça ne m’avait pas trop marqué sauf sur le morceau éponyme avec ce solo de guitare gros clin d’œil à Terria, mais là je trouve que sur plein de petites touches, justement avec les chœurs probablement et des choses comme ça, on ressent énormément la patte de Devin Townsend. Ça ne dénature pas l’esprit 6h33, mais c’est assez marrant de voir ça.

Manu : Ouais c’est une autre facette. Après, je sais que Niko comme moi on est pas forcément clients de tout ce qu’a fait Townsend. Dans l’ensemble, c’est quand même un artiste qu’on adore, mon album préféré c’est clairement Terria et ouais, c’est vrai que c’est une influence pour nous, on va pas le nier… Sur un morceau comme "I’m a Nerd", je pense qu’on ressent bien qu’on a bouffé du Townsend. Disons que moi j’aime bien raisonner comme ça, comme pour les projets de Mike Patton dont on est très très fan aussi, la musique nous plait, mais c’est avant tout la démarche artistique qui nous plait. Tu vois, Devin Townsend c’est pour moi l’artiste metal décomplexé que j’aime bien, qui touche un peu à tout, qui a pas peur parfois de s’éloigner de son registre habituel, qui expérimente. J’aime bien cet aspect. Donc c’est aussi dans ce côté purement démarche qu’on se retrouve.

Ptilouis : Et tu peux me citer d’autres influences sur l’album, pas forcément musique, ça peut être films, séries… Je crois que c’est Rorschach qui est fan de South Park.

Manu : Ouais, pour les paroles il est très branché sur ces petits clins d’œil. Mais il a une manière d’écrire particulière, mais que je trouve géniale, qui est bourrée de petits clins d’œil très imagés. Et c’est vrai que dès qu’il peut placer du Futurama, du South Park, du Star Wars, il y va, il tartine. Après pour les influences de l’album, forcément il y a ce côté musique de films, comme Danny Elfman qui nous branche carrément et qui est aussi une grosse influence du groupe. Un morceau comme "Modus Operandi", c’est clairement, pas jusqu’à un titre hommage à Danny Elfman, mais c’est assumé. C’est comme quand on fait un morceau avec des guitares acoustiques qui sent le far West avec des cloches et des machins. Bah on assume, on aime bien Ennio Morricone. Mais voilà, ce sont des clins d’œil parce que tous ces artistes-là, bah on a grandi avec. On adore et puis voilà. C’est une vision de la musique très large, je trouve assez sain de raisonner comme ça.

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Ptilouis : Oui, je suis d’accord. Et donc tu peux me parler du clip de "Black Widow" qui lui fait vraiment vieux film des années 30.

Manu : Ouais, bah "Black Widow", le morceau à la base sur l’album fait dans les 6 minutes 30 et le clip au final fait quasiment 9 minutes parce qu’on a vraiment abordé comme un petit court métrage. On a vraiment voulu faire une petite histoire et c’est clair que dans l’ambiance on retrouve celle de Burton et carrément celle de l'expressionnisme allemand des films des années 20 à la Fritz Lang, Murnau, le réalisateur est à fond sur ces truc là et les deux univers se rencontrent super bien et collent bien à celui de 6h33.

Ptilouis : Ouais je suis d’accord, d’ailleurs c’est assez marrant l’histoire avec les masques.

Manu : Nous, le masque on le voit vraiment comme un accessoire visuel de scène, on essaye pas de se planquer derrière. Ça ne nous dérange pas dans les clips, comme sur le clip d’"I Like It" sur l’album précédent, de montrer nos gueules et on voit bien dans le clip que c’est à la fin la gamine qui crée les personnages de 6h33. Voilà ils mettent leurs masques et c’est plié.

Ptilouis : Tu peux me parler de "The Walking Fed", parce que l’ambiance est quand même super bien foutue.

Manu : "The Walking Fed" c’est un morceau qui n’a pas été composé comme les autres. Il a une particularité c’est qu’en général, la compo c’est Niko qui l’a fait, moi j’interviens après sur ses trucs quand il a déjà posé des guitares, des synthés… et une ossature de batterie. Moi je ramène pour poser mes batteries en essayant d’appuyer à mort tout ce qu’il fait. On bosse les arrangements ensemble, les lignes de chant avec Rorschach etc. Et sur "The Walking Fed" on n'a pas procédé comme ça. Exceptionnellement, moi j’ai composé cette espèce de boucle de percussions et je lui ai filé plusieurs exemples de percus. Et c’est ça qui a servi de point de départ à la compo et c’est la première fois qu’on compose comme ça. Parce que d’habitude, c’est toujours une base mélodique et après on essaye de caler de la batterie sur ça. Et là, on est vraiment parti d’un rythme pour caler tout le reste… Et du coup, ce morceau est très atypique, j’en suis vraiment super content… Et j’adore l’ambiance qu’a donné Niko parce que tu as ce côté très tribal apporté par les percus et les voix au début. Et puis tu as un côté Nine Inch Nails, électro qui est mélangé à ce truc là. Au niveau du chant, on l’a abordé différemment. C’est vraiment un morceau où on a expérimenté, où on s’est lâché plus que jamais.

Ptilouis : D’ailleurs je crois que c’est Niko qui explique que le chant a un côté prog sur ce morceau, mais dans l’ensemble l’album a un côté plus progressif que le précédent je trouve.

Manu : Ouais, il s’aventure plus un peu partout. Bah, The Stench avait ce côté globalement très accrocheur. Ben disons que vu qu’il a été fait en deux temps, vu que c’est un E.P. On avait ces deux gros pavés G.G.G. qui étaient très très denses, le "I Like It" qui est un peu à part parce que c’est ce trip seventies et quand on a enregistré les autres morceaux. On a senti le besoin d’aérer l’album avec des trucs plus courts, plus immédiats.

Ptilouis : D’où "The Stench (from the Swelling)" qui fait dix minutes.

Manu : Ouais, d’où The Stench (sourire). C’est l’exception qui confirme la règle. Mais sinon des titres comme "Burn-In" ou "I Should I’ve Known", c’est vraiment ce truc-là. On voulait un truc qui tape direct un peu dans le mille.

Ptilouis : Ouais, d’ailleurs l’idée d’une reprise ?

Manu : Dans The Stench ?

Ptilouis : Pas forcément.

Manu : Ah ! On en parle énormément. On en parle un peu trop en ce moment même (rire). Moi, faire un album de reprises, je sais pas trop quoi en penser. Mais c’est un exercice qu’on adore et puis là on commence à faire un peu de name-dropping de noms qu’on a super envie de faire. On commence à parler de Earth, Wind & Fire, de Supertramp, de Queen et tout. On se dit « Bon faut vraiment faire un truc » mais on sait pas encore quand.

Ptilouis : Si tu présentes le groupe à quelqu’un qui ne connaît pas, tu présenterais quoi ? Deux trois morceaux qui seraient à écouter qui résumeraient le groupe ?

Manu : Si le mec est courageux et qu’il a pas peur de se lancer dans le truc, je lui conseillerai le dernier morceau "Deadly Scenes". Parce que même si c’est un gros pavé, je pense que c’est vraiment le morceau qui présente le groupe le mieux parce qu’il présente toutes les facettes que l’on peut aborder. Y a vraiment toutes les ambiances que l’on aime là-dedans. Pour moi quasiment tout est regroupé dans ce titre. Après si on veut penser un truc plus immédiat, "Black Widow" c’est un bon exemple d’une facette bien accrocheuse du groupe et où il se passe pleins de choses. Y a de l’information, y a plusieurs niveaux de lectures, y a pleins d’ambiances différentes. Ouais, voilà , des morceaux comme "Black Widow", "I’m a Nerd" aussi, qui a ce côté très accrocheur, me paraissent de bons points d’entrées dans l’univers du groupe.

Ptilouis : Niveau concert, y a des trucs de prévus assez sympas qui vont venir bientôt.

Manu : Ouais, bah dans le très immédiat, on a cette date à Lyon avec Pryapisme et Hardcore Anal Hydrogene, deux groupes bien barrés qu’on aime beaucoup et on est bien content d’avoir ça, c’est un peu notre affiche barrée qui nous plait. Et après, c’est plutôt en mars-avril où on est en train de goupiller pleins de trucs dont une mini-tournée avec Fjokra, un artiste anglais très très barré aussi et bah, là on est en train de s’organiser pour faire l’affiche avec Pryapisme aussi. Ce serait 6h33, Pryapisme et Fjokra. Je pense qu’il y a pleins de gens qui seraient content de voir ce petit ensemble là.

Ptilouis : J’ai entendu Shaka Ponk peut-être. Même si c’est pas exactement le même style, ce serait une bonne couverture.

Manu : Ah ouais, bah on a déjà joué avec eux en 2012 et oui là on sait pas encore quand, on est censé faire une date avec eux au printemps, on a pas encore de date, mais si on le fait ce serait génial pour le groupe parce que ce sont de très grosses dates et puis vraiment Shaka Ponk… Je sais que les gens ont la critique facile sur le groupe en ce moment, sur album. En revanche, que t’aimes ou pas sur album, tu vas les voir en concert et tu vas te manger une mandale comme rarement.

Ptilouis : Tu as un album qui t’a particulièrement marqué dernièrement ?

Manu : Oui, mais il est très vieux et j’arrive longtemps après la bataille. Moi là, je redécouvre tout le prog des années 70 et je suis absolument scié par les premiers albums de Yes que je ne connaissais pas plus que ça. Là, je m’endors avec Close To The Edge à peu près tous les soirs. C’est très con à dire, parce que l’album est sorti en 71-72 je sais plus trop, mais voilà Close To The Edge est mon album du moment.

Ptilouis : Fin de l’interview. Tu as quelque chose à rajouter ?

Manu : Pas spécialement. Nous, c’est un album qu’on a pris énormément de plaisir à composer et à enregistrer et on espère juste que les gens prendront autant de plaisir à l’écouter. Je trouve que c’est un album qui se découvre bien.

Ptilouis : D’ailleurs les premières critiques sont très positives depuis que vous l’avez mis en streaming.

Manu : Oui ! On a vraiment des très très bonnes critiques. Aux États-Unis, c’est la première fois qu'il y a une promo importante d’un de nos albums et on tombe sur quelques aigris de Mike Patton qui considèrent qu’on a pas le droit de rigoler avec Mike Patton et qu’on a pas le droit de ressembler un peu de près ou de loin à ce qu’il a fait. Mise à part ces trois quatre aigris, tout se passe ultra bien au niveau des retours. On est très très contents. Et même eux qui critiquent, en gros ils finissent toujours leurs chroniques par « Bon bah voilà, c’est pas original pour un sou, ils inventent rien, tout a déjà été fait par Mike Patton » Faut le vouloir pour dire ça déjà… « Mais c’est bien ! L’album est mortel, mais va falloir penser à se racheter une originalité ! » Tu peux reprocher des trucs à 6h33, mais l’originalité je pense qu’on la tient, quand même quoi !


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