The Algorithm

Entretien avec Rémi Gallego - le 22 décembre 2013

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Silverbard

Une interview de




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The Algorithm est le projet d'un seul et même homme, Rémi Gallego, 24 ans. Derrière son allure de jeune geek timide en veste à capuche et mal coiffé sous son bonnet se cache un talent immense. En à peine 5 ans, le bonhomme a réussi à devenir la référence d'un style musical qu'il a lui-même créé. L'occasion avant le concert du Batofar de revenir avec lui sur son parcours et sa musique.

Silverbard : Tu fais parti de ces artistes qui n'ont quasiment rien de metal dans leur musique, mais dont le public est composé quasi exclusivement de fans de metal au sens très large. Je pense à des groupes comme Anathema ou Ulver (je ne sais pas si tu connais) qui ont sorti 2 premiers albums de metal assez cultes dans leur genre, puis qui se sont mis à faire complètement autre chose (du rock alternatif ou de l'électro-ambient) mais le public est resté le même. Dans le cas de The Algorithm, ça n'a rien à voir puisque tu évolues au sein d'un genre nouveau, le djent, connu très majoritairement des fans de metal (de par ses racines avec Messuggah) mais dont la définition échappe à l'étiquetage habituel : metal / rock /electro. Comment toi définirais-tu ta musique ?

Rémi : Elle n'est pas définissable. Depuis le début avec The Algorithm, je cherche à brouiller les pistes et faire en sorte que cette musique soit difficile à évaluer. Un jour, un internaute sur Youtube a donné une définition qui m'a plu et qui a été reprise ensuite, c'est « mindfuck » (rires). C'est exactement ça ! Je ne vois pas d'intérêt à vouloir me classer dans une catégorie. Pour moi c'est un truc de label, même si je comprends très bien que c'est très utile pour les auditeurs de chercher et trouver de la sorte des "artistes similaires". Mais au final, l'étiquette je m'en fous ! (sourire)

Silverbard : J'ai entendu beaucoup de personnes assez réfractaires au djent à la base, dire que The Algorithm était leur groupe préféré du genre, souvent grâce à l'absence de chant, à l'absence de tout lien avec le metalcore et aussi grâce à l'originalité et l'audace de ton mélange des genres. Comment reçois-tu ces compliments ?

Rémi : Avant tout, je suis extrêmement content que ma musique plaise. Ensuite, "meilleur groupe de djent", ça n'a pas de sens pour moi car il n'y a pas de classement et je ne me considère ni comme faisant du djent, ni comme étant le meilleur. Cela dit, j'apprécie bien sûr ces compliments.

Silverbard : Quel public veux-tu viser ? Ce sont les fans de djent et de metal qui t'ont propulsé à ce niveau de reconnaissance actuel assez fort même si très restreinte à une certaine frange de public. Je veux dire, tous ceux à ma connaissance qui se sont intéressés au groupe adorent vraiment, mais encore faut-il que le genre attire sur le papier…

Rémi : Je dirais que The Algorithm s'adresse à un public amateur de musique complexe et de choses modernes. Ce sont des gens ouverts d'esprit et qui aiment explorer des sons nouveaux, plutôt g33ks de par la thématique de ces sons, mais surtout des gens qui ont déjà écouté beaucoup de groupes dans leur vie. Pour comprendre l'essence de ma musique, il faut avoir un certain passé musical et un goût pour l'analyse, se poser des questions comme : qu'est-ce qui est intéressant chez cet artiste ? Dans cette mélodie ? Il y a aussi pas mal de signatures rythmes impaires…

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Silverbard : Tu as énormément tourné en Angleterre et je pense que c'est clairement le pays où tu as le plus de fan. Quel phénomène a impliqué quel autre ? J'imagine que le fait de jouer aux côtés de Mike Malyan de Monuments n'est pas étranger à tout ça…

Rémi : En effet, j'ai d'une part largement bénéficié du « réseau » Monuments. Mais il y aussi le fait qu'historiquement le djent est quelque part né en Angeleterre avec des groupes comme Fessilent, puis TesseracT. Ensuite, le fait que mon label Basick Records soit implanté à Londres a beaucoup joué. C'est à ma première venue à l'Euroblast (NDLR : plus grand festival djent au monde, à Cologne sur 3 jours en octobre) que j'ai signé un contrat avec eux. J'étais complètement bourré, j'aurais pu signer n'importe quoi ! (rires) Heureusement, ils sont très sérieux et font un très bon boulot avec moi, mais conseil aux jeunes artistes : ne signez jamais de contrat bourré ! (rires)

Silverbard : Dans ces conditions, jouer en France ne rime pas forcément par jouer « à la maison » mais j'imagine que ça te fait énormément plaisir d'être tête d'affiche ce soir à Paris.

Rémi : Tout à fait, ça fait un moment que j'attends ça. J'ai joué deux fois avant à Paris, en 2011 dans un bar de Belleville, à l'époque où j'étais encore seul sur scène puis cette année à la Cigale en première partie de Enter Shikari où il y avait beaucoup plus de gens mais où ce n'était pas facile d'ouvrir avec une musique exclusivement electro… Donc forcément je suis vraiment content d'être là ce soir, d'autant plus avec les gars d'Uneven Structure qui sont super cools et surtout d'être en tête d'affiche car je sais que tous les gens présents ce soir auront fait le déplacement pour moi.

Silverbard : D'ailleurs, je t'ai vu à Grenoble il y a environ deux mois, sur une date un peu improvisée il me semble. C'est je crois la dernière fois que tu es passé en France ?

Rémi : Oui, tout à fait, c'était très cool Grenoble. Je ne pensais vraiment pas qu'il y aurait autant de monde. C'est globalement assez dur de toucher les Français, même s'il y a de plus en plus de public français derrière moi.

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Silverbard : Pour les lecteurs qui s'intéressent à la MAO, peux-tu donner des détails sur ton matériel et tes logiciels utilisés tant pour la composition que pour le live ?

Rémi : J'utilise Abelton live, aussi bien pour le studio qu'en concert, accompagné d'un contrôleur Midi Akai APC40. Globalement, en studio j'utilise beaucoup de softs + un clavier midi, mais j'aime aussi beaucoup tester des plugins gratuits ainsi que quelques trucs crackés… (rires) Pour t'en citer quelques-uns que j'aime bien : Massive, FM8, Quadracid… ce dernier est un émulateur de chipset au timbre unique, je l'adore vraiment !

Silverbard : A ce propos, quelle est la part de jeu temps-réel en live par rapport à la part de sampling dans la mesure où il y a beaucoup de pistes ?

Rémi : En fait, toutes les pistes se lancent par elles-mêmes donc si je ne touche à rien, le morceau se joue tout seul ! (sourire) Tout ce je que je fais, c'est jouer sur les effets pour déconstruire le morceau d'origine et en faire quelque chose de complètement nouveau. En cela ma démarche est très différente de ce qui se fait dans le metal, où la principale difficulté est de reproduire ce qui est joué sur l'album. J'ai beaucoup plus de liberté et je suis plus créatif en live. Parmi les effets, il y a des classiques comme le delay, l'overdrive, etc… et d'autres plus sophistiqués. La principale difficulté au vu du type de musique, c'est évidemment le rythme et donc de parvenir à jouer sur ces effets en restant correctement calé.

Silverbard : On arrive à la fin de l'année 2013 et c'est l'heure des bilans : est-ce que ça a été la meilleure année pour The Algorithm jusqu'à présent ? Quels événements marquants retiens-tu ?

Rémi : Il s'est passé énormément de choses en 2013 et je peux clairement dire que ça a été la meilleure année pour The Algorithm, même si 2014 s'annonce encore meilleure. L'événement le plus marquant est bien sûr la tournée avec TesseracT. Mais il y a aussi eu des inattendus comme ma sélection par Metal Hammer aux Golden God Awards que j'ai remporté dans la catégorie « meilleur artiste underground ». C'était une cérémonie dans une ambiance très intimiste avec seulement une centaine de personnes, je me suis retrouvé à côté de Lemmy, Devin Townsend ou les mecs de Gojira ! C'était vraiment dingue ! (rires) Ma participation au Download Festival reste un des moments les plus marquants, c'était blindé devant la scène et alors que Korn commençait à jouer sur la scène principale au milieu du set, les gens n'ont pas bougé et sont resté juqu'à la fin pour moi. Et à la fin du show, l'ingé son est venu me voir pour me dire « merci », c'était très émouvant. Et là récemment, je sors d'une tournée avec Hacktivist, qui était énorme aussi.

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Silverbard : 2014 arrive à grands pas et tu disais que le planning sera chargé, quoi de beau en perspective ? Des tournées ? Des festivals ? Un nouvel album ?

Rémi : Tout d'abord, je participe de mi-janvier à début février au plus important festival itinérant d'Australie le Big Day Out, aux côtés d'énormes têtes d'affiche comme Deftones, Pearl Jam, … ou Snoop Dogg ! (rires) Un nouvel EP est prévu pour juillet / août. Et à côté de ça, j'ai divers projets en développement pour une chaîne de télé américaine ou pour des jeux vidéo (une sorte de « tétris rythmique »)… Et j'ai des plans en préparation pour une tournée.

Silverbard : On arrive aussi à la période des classements et des tops. Niveau musical, sur album ou en live, quels ont été les groupes marquants de l'année pour toi ?

Rémi : Je retiens surtout le dernier Karnivool, Asymmetry que j'ai adoré dès mes premières écoutes même si j'ai l'impression d'avoir été le seul dans ce cas car soit les gens n'ont pas aimé, soit ils ont mis du temps avant de l'apprécier… Et le dernier album de Clark intitulé Feast / Beast, qui est un album de remix electro/IDM de morceaux de divers artistes comme Depeche Mode ou Massive Attack. C'est je pense mon album de l'année.

Silverbard : Merci à toi pour ces réponses, je te laisse le mot de la fin…

Rémi : Je n'aime pas les mots de la fin, je ne sais jamais quoi dire… Mmh… Chaise volante ! (rires)


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