Between The Buried And Me

Entretien avec Dan Briggs (basse) - le 21 juin 2013

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Silverbard

Une interview de




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Between The Buried And Me (BTBAM pour les intimes) est aujourd'hui une référence de la scène progressive extrême moderne. Preuve de sa renommée, une place confortable à l'affiche du Hellfest 2013, où nous avons eu la chance de nous entretenir avec Dan Briggs, bassiste émérite de la formation américaine. Timide et sage d'apparence, il est amusant de constater que le bonhomme parle toutefois aussi vite qu'il joue ! La retranscription qui suit a donc subi quelques troncatures par soucis de cohérence, le lecteur indulgent saura ainsi s'y retrouver...

Silverbard : Avant de commencer l'interview, je te laisse réagir sur votre prestation de toute à l'heure. Comment as-tu apprécié ce festival dont on est si fier en France, où la musique extrême n'est pas aussi développée qu'aux Etats-Unis par exemple ?

Dan :
C'était génial ! C'est en fait notre 3ème fois ici. A chaque fois que nous sommes venus au Hellfest, c'est étrange à quel point on trouve ce festival… imposant. Par exemple ce soir, il y a Def Leppard qui est en tête d'affiche, mais d'un autre côté Neurosis et Sick Of It All jouent en même temps ! Et il y a BTBAM au milieu de tout ça ! Les gens sont ici ouverts à toutes formes de sensibilités musicales. C'est dingue car tu ne verras jamais un festival qui fera cela aux Etats-Unis ! Ca ne peut pas se faire car les gens ne seraient pas intéressés. Et de ce point de vue, venir jouer ici est choquant tu vois. Combien de gens sont ici et pour combien de groupes différents ? C'est fou ! C'est pourquoi on adore venir ici.

Silverbard : J'aurai adoré poser la question suivante à un groupe comme Opeth ou Dream Theater, mais je pense que ça vous conviendra bien. La plupart de vos morceaux sont assez longs et compliqués et certaines personnes diraient que ces genres de titres sont plus adaptés en salle quand vous pouvez jouer en tête d'affiche 1h30 ou plus. Est-ce que vous appréciez tout de même de jouer en festival quand vous avez juste 45 minutes de set ? N'est-ce pas frustrant ?

Dan : Cet aspect n'est pas si frustrant. C'est clair qu'on a déjà joué dans d'autres festivals – je ne sais plus où exactement - où on avait un créneau d'environ 35 minutes ! Dans ces cas-là, c'est très difficile pour nous. En effet, nous écrivons de longs morceaux comme Opeth et Dream Theater. Si nous jouions nos concerts juste pour nos fans, ce ne serait pas si grave car ils connaissent notre musique. Mais quand on joue devant tant de nouvelles personnes, comme à ce festival, le but est vraiment de les faire adhérer à notre musique autant que possible. Et c'est vraiment difficile de retenir leur attention avec si peu de temps et une musique si chargée. C'est pour cette raison qu'on essaie de jouer ce qu'on pense être le mieux en 45 minutes. D'autre part, les expériences en festival sont toutes très différentes. Aujourd'hui, nous étions sous une tente, c'était vraiment sympa. Des fois, ça se passe bien, d'autres fois, c'est assez étrange. Nous ne sommes pas un groupe taillé pour les festivals, il y a tellement d'aspects dans notre musique... Les festivals sont en général mieux adaptés pour les groupes plus directs.

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Silverbard : J'ai remarqué pendant le concert que vous avez essayé d'accentuer les aspects brutaux malgré les accalmies qui sont toujours inhérentes à votre musique. Est-ce un choix délibéré sachant que vous jouiez sur la scène étiquetée death metal du festival ?

Dan : Non, je pense que tous les morceaux que nous avons joués montrent les différents aspects du groupe. Justement il y a quelques années, à l'époque où Colors est sorti environ, nous avons tourné aux côtés de Children Of Bodom et The Black Dalhia Murder aux USA et nous avions vraiment joué un set metal. Ce n'est plus vraiment d'actualité car notre musique évolue dans une tout autre direction. Les parties metal étaient le cœur de notre musique avec en retrait des parties progressives et expérimentales, tandis qu'aujourd'hui c'est l'opposé. On se concentre désormais sur les aspects mélodiques que ça soit pour les riffs très techniques ou les parties menées par le piano. On se sent plus mature dans cette nouvelle étape que de faire marche arrière et composer des riffs très heavy. Les mélodies sont le point central à présent, particulièrement sur notre dernier album.

Silverbard : Justement, l'aspect de vos dernières sorties était assez original : la première partie comme un EP et la deuxième partie comme un LP. Pourquoi avez-vous choisi cette forme ?

Dan : En fait, on était sur un label qui s'appelle Victory Records avec lequel on a sorti beaucoup d'albums : The Silent Circus, Alaska, The Anatomy Of,  Colors et The Great Misdirect. Et au moment de la composition de ce dernier, notre contrat arrivait à échéance et on savait qu'on ne voulait plus continuer sur ce label et que ce serait notre dernier album avec eux. On allait passer sur Metalblade qui est d'un tout autre calibre et on ne savait pas trop comment aborder les choses. Ce qu'on s'est alors dit, avant même d'avoir la moindre idée de concept ou de musique, c'est qu'on devait composer un EP. Ca faisait très longtemps qu'on réfléchissait à ce format et on s'est dit que c'était le bon moment de le faire et par nous-mêmes en autoproduction. Mais Metalblade est très vite arrivé pour nous faire signer un contrat à court terme. Et c'est à ce moment que l'histoire de The Parallax s'est mise en place. On a alors réalisé que c'était une histoire bien plus vaste qu'un EP d'une demi-heure. On a utilisé cela en quelque sort comme une excuse pour faire de cet EP une introduction à cette grande histoire.

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Silverbard : Si on regarde vos trois dernières sorties depuis The Great Misdirect, j'ai l'impression que vous êtes en pleine maîtrise de votre style. C'est même je pense ce à quoi vous souhaitiez arriver depuis vos premiers efforts plus brutaux comme Alaska. Partages-tu ce point de vue et sais-tu où comment le groupe pense évoluer dans le futur ?

Dan : Non, non… Il y a un an de cela, l'été dernier, on finissait d'enregistrer The Parallax : Part II et on a pensé en janvier qu'on était capable de jouer l'album en entier. On sort là d'une tournée avec Coheed And Cambia et on pense qu'on pourra jouer l'album en entier chez nous aux USA à partir de cet automne. On veut le jouer en entier chez nous mais aussi dans le monde entier. Donc dès septembre, on est reparti pour une très longue tournée. On ne va pas avoir le temps de se poser et penser à quelque chose de nouveau avant environ fin 2014. Mais j'ai commencé à écrire des choses et avec mes deux autres projets à côté, je reste très occupé. Je sais que Paul à la guitare a commencé à mettre sur papier certaines idées également… Mais je n'aime pas m'avancer de trop alors qu'on n'a toujours pas joué la moitié de notre nouvel album. C'est très difficile de se projeter dans le futur. Je n'ai donc aucune idée de la direction qu'on prendra pour la suite. J'espère qu'on continuera à évoluer. Parfois, c'est une grande préoccupation pour moi de proposer quelques chose de neuf et différent. Il n'y a pas d'intérêt à répéter ce qu'on a déjà fait. De ce point de vue, je suis plus excité car on a plus de temps à notre disposition. J'adorerais penser que ce qu'on fera ensuite sera complètement différent et vraiment bizarre ! (rires) Qui sait ? Cependant, on a prévu de sortir un DVD/Blu-Ray pour l'an prochain intitulé The Parallax : Live. J'espère que ça pourra faire patienter les fans jusqu'à ce qu'on puisse se remettre à composer!

Silverbard : Est-ce que tu pourrais expliquer un peu le processus d'écriture chez BTBAM ? Il y a toujours énormément de motifs qui changent très rapidement avec des structures très complexes. Tout cela vient-il naturellement ou est-ce longuement prémédité et réfléchi ?

Dan : Parfois les choses prennent du temps et parfois ça vient très rapidement. En général, quand on fait notre meilleur travail, je pense à Colors ou The Great Misdirect, tout se passe très vite. A savoir que Tommy, Paul et moi partageons plusieurs riffs qu'on a trouvés et on les assemble pour former les chansons. Cette fois-ci, j'ai composé le début de l'album "Goodbye To Everyone" et "Astral Body", Paul a composé la plupart de "Melting City"... Grossièrement, chacun est en charge de 3 morceaux, déjà bien écrits. Mais on ne sait pas par avance comment tout va s'agencer et dans quel ordre et c'est très amusant. Par exemple pour Colors, on a commencé par écrire le milieu jusqu'à la fin, puis on a écrit le début jusqu'au milieu. C'est ce que j'adore dans le processus d'écriture, assembler des morceaux cohérents et donner un sens à chaque chose, car il y a toujours des références au final. Une chanson composée tôt qui se trouvera sur la fin de l'album ou l'inverse, ça a toujours beaucoup d'influence.  

Silverbard : Il est temps de conclure, je te laisse le mot de la fin !

Dan : Eh bien, ça doit être la cinquième ou sixième fois qu'on joue en France et à chaque fois, c'est génial ! On repassera à coup sûr l'an prochain en tête d'affiche pour la tournée The Parallax avec l'album joué en entier. Et puis… merci pour cette nouvelle expérience en France! (rires)

Silverbard: Vous êtes les bienvenus!


Merci à Dimebag pour avoir aidé à la préparation de l'interview !


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