Neurotech

Entretien avec Wulf - le 03 juillet 2013

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Droom

Une interview de




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L'homme est un homme de labeur. Ayant décidé de travailler en autoproduction via un système de distribution libre et indépendant, le slovène Wulf, unique membre de Neurotech, inscrit sa démarche dans le ton de sa musique : résolument moderne. C'est donc logiquement que la présente interview a pu se réaliser par écrans interposés, un moyen de communication moderne lui aussi. Petit coup de pointeur laser sur un projet plus qu'attachant et son agréable meneur à l'occasion de la sortie physique des trois derniers EP, désormais réunis dans The Decipher Volumes.

Droom : Bonjour Wulf. Peux-tu dire quelques mots sur ton travail et sur Neurotech pour ceux qui ne connaissent pas encore le projet ? 

Wulf : Salut ! Neurotech est un projet qui remonte à 2007. A l'époque, je composais et jouais de tous les instruments par moi-même. J'étais entouré de musiciens de sessions pour les concerts car le projet s'inscrivait encore dans une mentalité de groupe. Désormais, Neurotech est davantage un projet studio que quoi que ce soit d'autre. 

Droom : Tu as pris l'habitude de travailler seul, via l'autoproduction. Est-ce difficile de distribuer ton travail en format physique comme c'est le cas pour The Decipher Volumes ? As-tu rencontré des problèmes techniques ? Financiers ?

Wulf : Non, ce n'est pas si difficile que ça. Cela demande simplement bien plus d'organisation et de préparation, et, bien sûr, un soutien financier correct. Ce dernier point est la plus grande différence par rapport au téléchargement en ligne, spécialement lorsque tout le financement de ce genre de sorties vient de sa poche personnelle.

Droom : Prévois-tu une sortie physique pour les EP Transhuman (2008) et Blue Screen Planet (2011) ?

Wulf : Oui, peut-être. A l'occasion d'une sorte de coffret regroupant toutes ces sorties de moindre envergure, par exemple. Mais je suis toujours concentré sur ce qui pourrait se produire dans le futur en oubliant quelque peu ce qui a été fait par le passé donc je n'ai pas d'intention plus précise pour ce qui concerne mes sorties précédentes.

Droom : Pourquoi avoir choisi Bandcamp et l'autoproduction pour promouvoir ton oeuvre ? Est-ce que tu penses qu'il s'agit là du futur de l'industrie musicale ? 

Wulf : Eh bien... bien avant la sortie d'Antagonist (NdDroom : premier album du groupe, paru en 2007, et seul à avoir bénéficié d'une sortie physique jusqu'à la sortie des Deciphers) j'ai recherché beaucoup de distributeurs en ligne mais il s'est avéré difficile de trouver quelque chose de pratique et de facile à utiliser tant pour les fans que pour l'artiste. Finalement, Bandcamp s'est imposé comme un bon compromis.
Certains pensent que ces plateformes en streaming et en « cloud » sont le futur de l'industrie musicale mais, bien sûr, personne ne sait de quoi sera fait l'avenir car tout change très rapidement. Quoiqu'il en soit, j'espère simplement que les groupes vont laisser de côté cette mentalité, cette logique de label pour mettre à disposition du public leur musique de manière plus simple, tant pour l'accès que pour l'achat.
Je pense que l'aspect pratique sera primordial pour l'avenir du milieu musical. A titre personnel, je suis toujours agacé quand un artiste que j'apprécie me place au sein d'un processus fastidieux se résumant à devoir s'enregistrer, créer un compte, regarder mes e-mails, me connecter sur une interface bourrée de bugs, pour terminer par un téléchargement lent, etc. Lorsque c'est le cas, je me retrouve très souvent sur un site de torrent après 10 minutes de lutte. Je n'ai pas le temps d'y passer mes journées et l'argent n’apparaît alors clairement pas comme une revendication du groupe en question.
C'est pourquoi j'adore Bandcamp : en trois clics, tout est fait.

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Droom : As-tu déjà imaginé faire un deal avec un label ? Au contraire, préfères-tu rester ton propre patron ? 

Wulf : Quand tu as 15 ans, ton seul souhait est d'avoir un label. Avoir un label, c'est être cool. Désormais, je pense qu'une telle structure n'est pas nécessaire. La distribution passe davantage par Internet et les réseaux sociaux qui permettent à la fois de vendre / mettre à disposition sa musique et de communiquer avec sa base de fan. Ce système te permet de faire ce qu'il te plait et je ne vois pas pourquoi j'aurais besoin d'un label à l'heure actuelle... Evidemment, pour les gros évènements, tu auras toujours besoin d'une promotion massive et d'un professionnalisme adéquat, mais pour quelque chose de petit comme Neurotech, il m'est préférable de rester indépendant, à mon avis. 

Droom : Tu sembles afficher une préférence pour les formats courts (EP) par rapport au format, classique plus long, qu'est celui d'un album (LP). Est-ce là une sorte de stratégie marketing afin de rester plus visible sur le net en offrant ta musique en flux continu, si tu me permets l'expression ?

Wulf : Je ne pense pas qu'il soit problématique d'avoir un grand nombre de sorties fréquentes, en effet. Ce système est d'ailleurs bien plus pratique pour moi, et bien plus plaisant également. Car travailler des années sur un album, tout seul, risquerait de devenir une sorte d'expérience plutôt aliénante. Je préfère épicer les choses en mettant à disposition mon travail des mois derniers de manière plus régulière.
Certains grincent des dents à cette idée : « Oh, encore un autre EP... et toujours pas d'album ! » mais je pense que la plupart d'entre eux reste néanmoins satisfaite car, au final, ils peuvent avoir leur dose de musique plus fréquemment, et sans avoir à attendre plusieurs années la sortie d'un nouvel album. 

Droom : Peut-être connais-tu le groupe nommé The Project Hate MCMXCIX. Lord K, qui en est à la tête, n'accepte pas que les gens téléchargent gratuitement son dernier album The Cadaverous Retaliation Agenda et les appelle, en retour, des « Judas » (voir : http://www.theprojecthate.net/news/wanna-see-some-of-the-shit-i-have-to-deal-with-every-day), en référence au Judas de la Bible, qui a trahit Jésus. Il veut absolument que les gens paient pour sa musique et annonce clairement que 15€ est un prix raisonnable pour un album en version dématérialisée de l'album. 
As-tu entendu parler de toute cette histoire ? Qu'en penses-tu ? Est-ce que 15€ est un prix raisonnable pour la version digitale d'un album ? 


Wulf : Eh bien... je suis heureux de n'avoir pas entendu de parler de tout cela ! Ce mec a  besoin d'un cours de distribution musicale en ligne ! C'est une chose que d'être en rogne lorsque ta musique ne te rapporte rien. C'en est une autre que d'attaquer ceux qui téléchargent en les nommant « traîtres ». C'est un comportement de c*nn*rd et je ne pense pas que cela lui soit profitable sur le long-terme. 
En revanche, je ne peux pas dire quel est le prix raisonnable pour un album dématérialisé car chaque groupe fixe ses propres prix selon ses pérores envies et besoins et il ne peut y avoir de jugement là-dessus. 
J'aime néanmoins l'idée de pouvoir télécharger gratuitement quelque chose d'un groupe dont je ne sais rien, pour en avoir un aperçu, pour savoir si j'apprécie ou non et, si oui, alors j'achèterai probablement la musique. Sinon, tout est supprimé, mis à la poubelle et tout le monde est content. 

Droom : Es-tu satisfait des dons qui te sont fait par les personnes qui téléchargent du Neurotech via Bandcamp ? Je suppose que ça ne génère pas assez de revenus pour en vivre, mais est-ce au moins une source suffisante pour absorber les dépenses liées à la production de chaque produit de Neurotech ? 

Wulf : Ouais, le système marche plutôt bien et, il faut le dire, de mieux en mieux avec chaque sortie. La fan-base de Neurotech tend à augmenter, aussi en va t-il des donations. Donc oui, je suis satisfait. Les dernières réalisations de Neurotech ont été auto-financée par Neurotech, l'entité, et non par ma poche personnelle. C'est une très bonne chose et un bon compromis, même si cela ne me permet pas, pour l'heure, de faire d'autres folies, comme des vidéos ou d'autres choses plus coûteuses. Mais ainsi je reste concentré sur la création musicale, ce qui est toujours mieux que de tourner une mauvaise vidéo amateur.

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Droom : Wulf, tu es sur-connecté sur les réseaux sociaux et tu réponds très facilement aux questions de fans. Je suppose que respecter les gens qui te suivent est quelque chose de particulièrement important pour toi. Pourquoi ? Tu pourrais rester discret et en retrait comme l'énorme majorité des groupes...

Wulf : Oui, en effet, j'aime dialoguer avec les personnes intéressées par mon travail ! Je pense que de nombreux groupes ne comprennent pas l'importance et le but des réseaux sociaux. Ces derniers offrent pourtant un véritable dialogue et, comme je n'ai pas non plus de très nombreux followers, j'ai le temps de répondre aux questions et de remercier chacun personnellement. Les gens sont généralement très sympathiques à mon égard mis à part les quelques trolls et rares c*nn*rds ici ou là, qui sont inévitables sur Internet. Pas de soucis avec ça, donc (sourire).

Droom : Pourrais-tu dire un petit mot à propos de chacune de tes sorties précédentes (Transhuman (2008) / Antagonist (2011) / Decipher Vol.1 (2012) / Decipher Vol. 2 (2012)) ? Les aimes-tu toujours ? Quelles sont tes pistes préférées ? Que changerais-tu si jamais tu le pouvais ? 

Wulf : Je pense que je les aime au moins au moment où je les dévoile (rires) ! Mais je ne les écoute plus des masses après la sortie car j'en suis en quelque sorte lassé... Ce n'est pas évident de parler des sorties précédentes en quelques mots seulement... Simplement, tout ce que je peux dire, c'est que je continue encore et toujours d'apprendre à faire de la musique, des albums et à continuer à développer mon propre style. C'est une courbe ascendante si tu veux. Bien sûr, tu peux préférer cette sortie-là à celle ci mais chacune est un peu différente de la précédente et, pour moi, tout l’intérêt se trouve à chaque fois dans le processus créatif. 
Je me souviens qu'il m'a fallu lutter pour venir à bout d'Antagonist. Les autres sorties furent plus fluides, plus naturelles. Je n'y changerais rien. Certaines parties sont vraiment bonnes, d'autres sont plutôt terribles... mais tout est une partie du même processus : essayer de nouvelles choses et échouer tout en continuant sans relâche. Je pense qu'un jour j'arriverai à un résultat vraiment correct (sourire). Globalement, j'ai tendance à écrire, à dévoiler et à oublier. Après la date de sortie et l'effervescence qui l'accompagne, je suis toujours usé et fatigué du matériel concerné et je ne veux plus l'entendre ni le répéter dans mes nouvelles créations ! Je n'ai pas cette mentalité à la AC/DC visant à réécrire le même album encore et encore pendant 30 ans. Je m'ennuie vraiment facilement en fin de compte. 

Droom : The Decipher Volumes ( et surtout le Vol. 2 semble plus calme que ses prédécesseurs (je n'ai pas entendu le Vol. 3 à l'heure actuelle ceci-dit...). Est-ce que cette tendance risque de continuer dans le futur ? Est-ce une évolution musicale qui correspond à ton évolution personnelle en tant qu'être humain ? Es-tu, au contraire, plutôt détaché et différent de ta musique ? 

Wulf : A mon avis, le nouveau matériel ne sonne pas plus calme : il sonne comme il faut. Le contenu m'a toujours dicté la musique et, si tu compares Antagonist avec The Decipher Volumes, tu verras qu'il s'agit de contenus totalement différents et donc de musiques également différentes. Je ne pense pas refaire ce qui vient de l'être sur les Decipher car... j'en suis vraiment lassé (rires) ! La direction musicale ne devrait pas continuer dans cette voix, j'imagine, même si évidemment je vais conserver quelques éléments que j'apprécie particulièrement.
J'ai vraiment envie de rester frais et créatif, de ne pas répéter ce que j'ai fait auparavant. Evidemment, ce genre de choix risque de m'aliéner une partie du public mais, ça, c'est la vie. Dans le passé, j'ai peut-être eu tendance à faire des choses que je pensais « cool », tu vois ? Aujourd'hui, je suis plus dans l’optique de me donner de l'espace créatif et de me laisser libre de faire ce dont j'ai envie, de faire ce qui me vient naturellement. Peu importe que le résultat ne soit pas « cool » (rires). L'idée est de ne pas se forcer et de laisser les choses se faire naturellement. Si le résultat final doit ressembler à une rencontre entre Abba, Enigma et Rammstein, alors ça me va tant qu'au final ma musique représente qui je suis et ce que j'aime. Donc non, à ce niveau, je ne suis pas franchement différent de ma musique. 

Droom : Tiens, et pendant que j'y pense, qui est responsable des artworks de la série des Deciphers (qui sont vraiment chouettes !) ?

Wulf : Artur Felicijan de Dekadent s'est occupé de la trilogie des Deciphers et, comme toi, je pense également qu'il a fait du bon travail ! 

Droom : Et pourrait-on imaginer que Neurotech sorte un jour un album sans la moindre guitare, un peu à la façon du Era One de Samael ou de la seconde piste de Blue Screen Planet ? L'idée t'attire t-elle ? 

Wulf : Tout à fait ! Ce genre de chose me vient très naturellement. J'ai fait pas mal de musique électronique ou new age pour diverses publicités ou pour des séries télé mais, dans le cadre de Neurotech, je n'y pense que depuis peu, finalement. Mais oui, définitivement, c'est quelque chose que j'aimerais faire. (NdDroom : et j'en salive d'avance !)

Droom : Et sinon, à t'entendre, j'imagine désormais que tu n'écoutes pas ta musique au quotidien ?  

Wulf : Quand je bosse sur un album ou un EP, j'écoute les démos 24h/24 et 7j/7, sans n'écouter rien d'autre ! Quand tout se termine, je suis vraiment content d'en avoir fini et je peux à nouveau écouter les travaux d'autres personnes. C'est d'autant plus frustrant d'écouter son propre travail après la sortie officielle que je sais qu'il m'est désormais impossible d'y changer quoi que ce soit, alors que, tout étant en constante évolution dans mon esprit, ce n'est pas l'envie qui manque !
Les dates de sorties correspondent à un moment auquel tu abandonnes un certain projet - mais peut-on dire qu'il est terminé pour autant ? Je ne sais pas vraiment... Le jour d'après, je travaille déjà sur un nouveau projet et mon esprit est déjà occupé par autre chose. 

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Droom : Et qu'est-ce que je risque de trouver si je regarde dans ton iPod immédiatement ? N'ai pas honte si j'y trouve "Gangnam Style" ! 
As-tu eu des coups de coeur musicaux ces derniers temps, qu'ils soient metalliques ou non d'ailleurs ? 


Wulf : Euh... je n'ai pas écouté de metal depuis plusieurs années car rien n'a réellement capté mon intérêt. Je n'ai plus d'iPod mais je peux te citer ce qui traîne dans ma voiture ces derniers temps (rires). Tu y trouverais beaucoup de Steven Wilson, ses albums solo surtout, son projet Blackfield mais aussi un peu de Porcupine Tree. Il y a également du Torul, un bon groupe Slovène d'électro-synthpop pour lequel j'ai d'ailleurs fait un remix (qui devrait être disponible cet automne), mais aussi du Celldweller avec la version du dixième anniversaire de leur premier album. On y trouve encore du Roxette, Katatonia, Emma Hewitt, HIM, Devin Townsend, mais aussi le dernier Daft Punk, du M83, Ladytron, Deadmau5, Jon Hopkins - Immunity... beaucoup de genres différents donc car ma playlist est toujours en train de changer, elle aussi.

Droom : Continuons dans les questions moins bateaux et dans l'absurde : que manges-tu au petit déjeuner ? Est-ce le secret de ton impressionnante productivité ? 

Wulf : Dormir jusqu'à midi et se réveiller avec un café fort et une cigarette est une bonne recette pour démarrer une journée créative.

Droom : J'allais oublier : que signifie «Decipher »? 

Wulf : Ce que ça signifie pour moi pourra être différent pour chacun d'entre nous... donc je dirais : à chacun sa réponse. (NdDroom : me voilà bien avancé !)

Droom : Je te laisse finir cette cyber-interview? Désires-tu te poser une question à toi même ?

Wulf : Hum. Combien font 1+1 ? 3. Mais surtout, merci pour l'interview.

***

Vous ne connaissez pas encore Neurotech mais vous avez trouvé Wulf plutôt sympa ? Eh bien soyez curieux et allez donc jeter l’œil et l'oreille sur la musique du Slovène. Il parait que ça vaut le coup.

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