Gorod

Entretien avec Julien Deyres (chant) et Samuel Santiago (batterie) - le 15 juin 2012

67
Silverbard

Une interview de




Gorod_20120615

Gorod en veut. Omniprésents sur les routes d'Europe depuis la sortie de leur dernier effort A Perfect Absolution, les Français s'offrent une place de choix sur l'affiche de l'édition 2012 du Hellfest, suite à l'annulation de dernière minute de leurs collègues américains d'Origin. C'est donc à cette occasion que Julien et Samuel ont répondu présent à notre invitation quelques heures après leur show à Clisson. Entre décontraction et professionnalisme, ces deux jeunes loups nous exposent avec verve et franc-parler leur vision du futur de Gorod tout en revenant sur ces derniers mois chargés de souvenirs.

Silverbard : Ma première question est sur la prestation d'il y a quelques heures, quelles sont vos premières réactions à chaud, et tout d'abord que s'est-il passé à la fin parce que personne n'a compris ?

Samuel : Le groupe électrogène a sauté et il a fallu le changer alors qu'il nous restait 10 minutes à jouer. C'était impossible en si peu de temps donc on n'a pas pu terminer notre set.

Julien : En fait, le groupe électrogène prenait absolument tout: les lumières, la sono et tout le reste. Il n'y avait plus rien qui fonctionnait sur la scène.

Samuel : Même les loupiotes où il y avait marqué « Sortie » étaient éteintes !

Julien : On voulait expliquer au public ce qui se passait, mais le groupe d'en face (sur la scène The Temple) a immédiatement commencé à faire les balances. On s'est fait couper l'herbe sous le pied et on n'a rien pu faire.

Samuel : Frustration extrême mais cependant nous étions contents de jouer.

Silverbard : Et mis à part cet incident, vos impressions sur le reste du show ?

Samuel : Eh bien, c'est difficile à dire… Ca roulait à fond, les gens étaient hyper réceptifs, contents de nous voir, et nous étions très content de les voir aussi.

Julien : Ca marchait bien, c'est monté crescendo jusqu'à ce que « Paf ! » (rires) Plus rien, sans qu'on puisse dire quoi que ce soit !

Samuel : Je pense que nous avons pu malgré tout installer un truc. Mais en une demi-heure, c'est dur, surtout quand tu as prévu de faire plus… Néanmoins, nous étions très contents de jouer devant autant de monde. Nous avons rarement joué devant un public si nombreux, la tente était pleine, c'était hallucinant mais également un vrai kiff.

Photo_gorod_hellfest_2_333h_500w

Silverbard : Pour revenir sur les circonstances, vous avez été programmés un peu en dernière minute en remplacement d'Origin. Comment ça s'est passé niveau organisation ?

Samuel : La programmation du Hellfest a tout simplement contacté notre manager et puis ça s'est fait naturellement. Nous avons accepté puisque nous avons les mêmes conditions que Vomitory aurait eu (ndlr: Gorod a récupéré le créneau du groupe, décalé le lendemain à la même heure). C'est super puisqu'on est le groupe français qui joue le plus tard sur le festival, ce qui n'aurait pas forcément été le cas si on avait été contacté plus tôt. Nous étions disponibles à cette date donc nous nous sommes organisés en conséquence. C'est une super opportunité de jouer dans le plus gros festival français, ça nous offre une belle exposition. En plus, c'est un peu la journée du festival « metal français ». Il y a nos copains de Benighted, Trepalium, Black Bomb A ou encore Bukowski, c'est cool pour ça aussi.

Silverbard : Gorod a déjà joué au Hellfest en 2010, en ouverture sur la Mainstage 2, là vous avez donc eu un créneau de milieu d'après-midi plus favorable et sur une scène plus spécialisée (The Altar – la scène orientée death metal), comment as-tu ressenti ces différences ?

Samuel : Quand nous avons joué en 2010, les portes étaient ouvertes depuis très peu de temps, donc il y avait peu de gens au moment de monter sur scène. Nous avions dû faire le premier titre devant 200 personnes, ça fait un peu vide pour une mainstage. On avait vu alors des gens courir et arriver pendant le set, pour que finalement la fosse soit pleine à la moitié du show. C'était un peu étrange de voir des gens courir pour le premier groupe à 10h30 du matin ! A l'époque, nous étions contents de jouer sur une grande scène, les conditions étaient top. Aujourd'hui, nous sommes plus établis. En deux ans, nous avons eu le temps de faire du chemin, nous avons changé de line-up, nous sommes donc plus solide et plus à même de faire un set massif, long et sur une scène spécialisée entre des têtes d'affiches de fous comme Nasum, Cannibal Corpse ou Obituary. Cette année, nous n'étions pas encore installés sur la scène qu'il y avait des gens qui nous attendaient et qui criaient le nom du groupe. Sur ce point là, c'est différent.

Photo_gorod_hellfest_3_333h_500w

Silverbard : Vous avez remarqué que le festival a changé cette année, il y a 6 scènes, un site qui a été décalé, encore plus de monde, vos impressions là-dessus ?

Samuel : C'est vrai que ça peut faire peur le fait qu'il y ait beaucoup plus de groupes, que tout ait augmenté niveau prix et qu'il y ait plus de scènes. Cependant, le Hellfest est aujourd'hui un gros festival européen et je pense que c'est normal que ça évolue, ils ne vont pas rester comme c'était à l'époque du Furyfest. Niveau scènes, je trouve que c'est une bonne chose car il y en a pour tous les goûts. En organisant bien son programme, tu peux aller voir les groupes que tu veux et si par malchance tu as un chevauchement, il y a forcément un groupe que tu as déjà vu. Par ailleurs, c'est plus spécialisé en effet, mais je sais qu'il y en a qui vont rester tout le festival sous la tente sludge, d'autres sous la tente death et black metal et d'autres sur les mainstages. Pour moi, c'est un bon festival. Après, plus tu grossis, plus tu fais des concessions et donc plus tu divises, mais je pense que l'équipe est logique dans sa démarche.

Silverbard : Alors j'ai compté 24 dates en mars / avril pour la tournée avec Obscura en tête d'affiche, Spawn Of Possession et Exivious, puis une dizaine de dates ensuite en mai, essentiellement en France dont des premières parties de Gojira… On peut dire que les affaires se portent bien, qu'est-ce que vous retenez de ces derniers mois ?

Samuel : Ca a confirmé ce qu'on pensait, que les mecs de Gojira qu'on connaissait un petit peu sont des personnes très sympathiques et nous avons un peu surfé sur leur notoriété sur ces deux dates là en France. Cependant, nous nous sommes aussi rendu compte qu'il y avait des gens qui étaient venus pour nous voir. Aux côtés d'un groupe qui sillonne le monde entier avec Metallica, on aurait pu penser faire tâche avec notre death metal, mais pas tant que ça ! Nous avons bien tiré notre épingle du jeu avec le même show que d'habitude, malgré notre intimidation qui je pense ne s'est pas vue sur scène. Par exemple, Julien s'est comporté pareil et a été autant communicatif. Nous en gardons en tout cas un très bon souvenir et nous espérons pouvoir refaire ça bientôt avec eux.

Photo_gorod_hellfest_4_223h_500w

Silverbard : Comment est-ce les membres du groupe vous avez abordé cette tournée, le nouvel album venait de sortir, il n'y a pas eu trop de pression à réussir à tout enchaîner ?

Samuel : En vérité, cette tournée était programmée dès fin août 2011 et nous n'avions pas fini la composition de notre album.

Julien : On va dire que c'était à peine commencé en fait ! (rires)

Samuel : Nous avions trois morceaux. Il était évident que si nous partions pour une tournée de 30 dates à but promotionnel, il nous fallait sortir l'album pour cette échéance là. Nous nous sommes donc dépêchés de composer, puis d'enregistrer l'album dans la foulée. Je pense que nous nous sommes bien débrouillés avec le temps et les bagages dont nous disposions. Aujourd'hui, quand un groupe tourne, son fond de commerce est le merch', proposer un nouveau produit. D'autre part, ce line-up actuel n'avait encore rien réalisé comme enregistrement. Julien et Nicolas sont arrivés en 2010, c'était important d'avoir le même line-up sur l'album que sur scène pour représenter ça aux côtés de groupes du calibre d'Obscura ou Spawn Of Possession.

Silverbard : A terme c'est quoi votre objectif ? Tourner en tête d'affiche ?

Samuel : Oui, bien sûr.

Photo_gorod_hellfest_5_231h_600w

Silverbard : Vous auriez pu préférer pour le moment vous contenter de votre succès actuel, ça ne vous fait pas peur de trop grossir ?

Samuel : Non. (rires) On fait ça parce qu'on aime jouer ce qu'on joue et parce qu'on s'aime entre nous. C'est notre motivation première. Notre musique commence à susciter la curiosité, nous n'allons pas nous en plaindre, ça va nous ouvrir des portes de plus en plus et il va falloir que nous répondions présent. Plus ça va, plus nous jouons dans de bonnes conditions et plus nous sommes pris au sérieux. Donc oui, notre objectif à tous est de vivre un jour de la musique, que ça soit par le biais de Gorod ou pas. Mais je pense que nous sommes tous fiers de ce que nous faisons avec ce groupe et nous ne sommes pas à l'abri de faire un jour des tournées en tête d'affiche. Nous en serons alors ravi et nous travaillons dur pour cela.

Julien : Le but c'est de mener la barque le plus loin possible. Tant mieux tant que ça progresse mais ce n'est pas le moment de s'arrêter par peur d'avancer. Le line-up actuel va vraiment dans ce sens-là, tout le monde est d'accord pour pousser la chose. Par exemple, l'ancien chanteur est parti parce qu'il avait un travail qui était très prenant et qu'il ne pouvait plus donner davantage. Maintenant avec le nouveau line-up…

Samuel : Nous sommes tous des passionnés, c'est viscéral. Aujourd'hui, nous avons tous des vies parce que c'est dur de subvenir à ses besoins par la musique. Cependant, il était essentiel de s'entourer de membres qui ont tous la même vision que nous…

Julien : Prêts à faire des sacrifices pour le groupe et tout ce que ça entraîne autour.

Samuel : Et qui dit tête d'affiche, dit rémunération. On ne cache pas rechercher cette dernière, pour simplement continuer à faire ce qu'on fait. Parce qu'à chaque fois qu'on se barre en tournée, c'est un mois de négociation avec le boulot.

Photo_gorod_hellfest_6_333h_500w

Silverbard: Quand tu vois la renommée mondiale de Gojira qui ouvre pour Metallica, tu penses que c'est quoi la clé du succès ? C'est une part de chance, un concours de circonstances ?

Samuel : Il y a bien sûr une part de chance, mais aussi des fondations solides. Gojira, ce sont des acharnés du boulot, qui ont eu de la chance parce qu'ils ont été épaulés par leurs parents, ne serait-ce que parce qu'ils ont un studio. Mais ils n'étaient pas obligés de travailler autant qu'ils l'ont fait et surtout ils ont travaillé tous les aspects de la musique, en particulier leur comportement. Ce sont des mecs très professionnels, abordables, qui ne se prennent pas la tronche, qui savent très bien qu'autour d'eux le regard change, qu'il y a forcément des gens qui sont intéressés par ce qu'ils deviennent. Mais eux s'en foutent car leur seul objectif c'est de faire la musique qu'ils aiment et le mieux possible. Tu peux noter que c'est le même line-up depuis le début et ça c'est important aussi. Nous sommes donc très fiers d'être représentés dans le monde entier par un groupe comme ça, qui plus est de metal extrême, il ne faut pas l'oublier. C'est bien sûr un exemple pour nous et nous leur en sommes reconnaissants.

Julien : C'est un exemple de travailleurs acharnés car ça fait longtemps qu'ils sont là et ils ont passé pas mal de temps à ramer. Et puis au bout d'un moment, il y a le coup de poker qui arrive, mais ça peut être au bout de 10 ans, 15 ans…

Samuel : C'est vrai que si t'es un peu beau gosse, en général c'est plus facile… (rires)

Silverbard : Et actuellement votre priorité c'est quoi, tourner le plus possible ou réattaquer tout de suite la composition ?

Samuel : Non, poursuivre la promotion de l'album.

Silverbard : Eventuellement passer sur un plus gros label ?

Samuel : Chaque chose en son temps, mais oui c'est l'objectif. Le but c'est d'être un jour sur un label qui nous expose encore plus. On ne veut pas brûler les étapes donc on avance doucement mais sûrement.

Silverbard : On va un peu parler du dernier album maintenant, A Perfect Absolution sorti le 12 mars. Un mot d'abord de son accueil, des critiques de la presse, des ventes, des retours du public ?

Samuel : De ce qu'on a lu, c'est à 90% extrêmement positif. Et puis chacun y trouve généralement son compte, les qualités mentionnées sont très diverses et chacun aime pour différentes raisons. Encore une fois, nous sommes très fier de ce que nous avons fait et quand le critique va dans notre sens, nous sommes contents. C'est bien sûr aussi productif de lire des choses négatives, parfois assez dures. Ca arrive à tous les groupes, quand bien même les reproches ne sont pas fondés… Nous prenons note de tout cela, mais au final seul notre ressenti compte donc ça ne nous empêchera pas de continuer.
Photo_gorod_hellfest_7_338h_300w

Silverbard : Pour vous deux, vos morceaux préférés de l'album et un petit commentaire dessus ?

Samuel : Le morceau le plus représentatif est en général celui que l'on préfère. Personnellement, j'aime beaucoup "Carved In The Wind" pour le côté varié et plus aéré.

Julien : Pour moi, c'est clairement "Elements And Spirits", la plus réussie et la plus progressive du disque. Pour la scène en revanche, c'est "The Axe Of God". Elle a beau être con comme la lune mais c'est du vrai bonheur! (rires)

Samuel : Elle est très death metal, il y a de la double du début à la fin et on n'avait jamais vraiment fait ça avant. Il nous fallait vraiment un titre très agressif comme celui-là, bourrin et taillé pour la scène. Quand Matthieu l'a composé, l'idée était de la faire sur scène et on est content parce qu'elle fonctionne super bien. On la joue à la moitié du set quand je commence à avoir les jambes qui vont bien sans être trop vanné et quand Julien peut growler comme il faut. (rires) Mais Gorod a plusieurs aspects, toutes les chansons ne se ressemblent pas et ce n'est pas évident de désigner sa préférée.

Silverbard : Par rapport aux précédents albums, j'ai trouvé qu'A Perfect Absolution gagnait en efficacité et en mélodie. Malgré l'aspect très technique, l'album reste accessible à l'amateur de metal "lambda". Quel est votre avis là-dessus ?

Julien : Je pense que dans la composition, il y a l'aspect de l'urgence qui a joué un rôle clé. En effet, jusqu'à présent, Gorod a toujours pris énormément de temps à composer et élaborer les morceaux. Comme on l'a dit tout à l'heure, le groupe a eu des échéances à respecter, ce qui s'est traduit par un album plus court, plus direct avec un aspect couplet / refrain plus accentué. D'autre part, je pense que Matthieu avait dans l'idée de composer des morceaux beaucoup plus taillés pour la scène. Malgré des titres comme "Varangian Paradise" qui sont bourrés d'arrangements et quasiment impossible à rendre sur scène, il y a globalement moins d'informations mais ça reste fidèle à ce que le groupe a toujours fait. Nous tenons à toujours garder ce certain groove, même si ici l'efficacité était à privilégier.  

Silverbard : On arrive à la fin de l'interview. Tradition du webzine, vous aves le mot de la fin, si vous voulez ajouter quelque chose vous pouvez sinon on peut s'arrêter là.

Julien : Nous allons continuer à promouvoir l'album, ce qui veut dire que de nouvelles dates vont arriver, nous ne savons pas encore quand mais ce sera après l'été. Venez nous voir sur scène et faire la fête avec nous!

Samuel : Soyez attentifs parce qu'on est jamais très loin ! (rires)


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 6 polaroid milieu 6 polaroid gauche 6