CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
le 04 décembre 2016




SETLIST

Aces High (Iron Maiden cover)
You Could Be Mine (Guns N’ Roses cover)
It's a Long Way to the Top (If You Wanna Rock 'n' Roll) (AC/DC cover)
The Trooper (Iron Maiden cover)
Wishmaster (Nightwish cover)
Self Esteem (The Offspring cover)
Symphony of Destruction (Megadeth cover)
Black Dog (Led Zeppelin cover)
The Pretender (Foo Fighters cover)
Cemetery Gates (Pantera cover)
You Shook Me All Night Long (AC/DC cover)
Fill Up The Tank
Sad But True (Metallica cover)
Out in the Fields (Gary Moore cover)
November Rain (Guns N’ Roses cover)
Burn (Deep Purple cover)
Thunderstruck (AC/DC cover)
Seek & Destroy (Metallica cover)

Rappel:
Over the Hills and Far Away (Gary Moore cover)
Born to Be Wild (Steppenwolf cover)

AFFILIÉ

Steve'n'Seagulls
Festival des Artefacts - Strasbourg Zenith
(25 juin 2016)

24 novembre 2016 - Angers - Le Chabada


Steve'n'Seagulls_Angers_-_Le_Chabada_20161124

Iron Maiden, Guns N’ Roses, Megadeth, Deep Purple, Metallica et AC/DC réunis dans la petite salle près de chez vous et pour une somme équivalente à 5% du prix d'un pass trois jours au Hellfest : fantasme ? Canular ? Entourloupes ? Non, Steve 'N' Seagulls, le groupe de reprises au succès fulgurant dont la copieuse tournée européenne fait étape à Angers, après s'être arrêtée notamment au festival des Artefacts à Strasbourg en juin dernier. Cette fois, seul son nom figure sur l'affiche – autant dire que le délire va durer un petit moment.

La soirée débute par une bonne surprise : le parking est plein. Bouche à oreille flatteur et vidéos virales sur internet auront certainement incité plusieurs centaines de spectateurs à faire le déplacement, curieux de constater par eux-mêmes ce que ces hurluberlus sont en mesure de produire en live. L'audience est d'ailleurs pour le moins hétéroclite puisque presque tous les âges et toutes les obédiences vestimentaires sont représentés. C'est donc dans une grande salle du Chabada débordant jusqu'au bar, autant dire comble, que les Finlandais prennent possession des planches. Dès le premier coup d'œil, l'option déconnade est validée : salopettes, marcels et chapeau d'épouvantail sont de sortie, un look campagnard revendiqué que l'improbable toque en renard du dénommé Hiltunen rehausse d'une touche nordique à défaut d'être 100% vegan-compatible (bon, c'est peut-être une fausse). Les sourires barrent déjà les visages et paradoxalement, l'inquiétude surgit : et si les mecs allaient se contenter de faire les andouilles en expédiant les morceaux sur deux accords façon punk et passer le plus clair de leur temps à raconter leur vie ou montrer leurs fesses ? Menées tambour battant, les premières mesures rassérènent : le niveau technique se situe dans la partie haute, y compris le chant qui module avec aisance dans les aigus, soutenu par des chœurs à l'avenant, loin des ponctuations pseudo-viriles calquées sur le "Heigh-Ho" des Sept Nains qui ont ruiné tant de productions heavy metal teutonnes. L'opener en question se nomme "Aces High", un titre obscur d'une anonyme section britannique qui annonce la couleur [Nda : si des fans de Maiden lisent ce LR, on va le savoir très vite] : revival hard rock eighties et nineties assumé, avec quelques incursions dans les décennies antérieures – délicieux "Black Dog" - et postérieures, terrible "Wishmaster" qui risque de polluer encore longtemps bon nombre d'innocents cortex, même si l'interprétation se révèle plus légère que celle de l'originale assénée par les compatriotes de Nightwish. Car les membres de Steve'N'Seagulls – un nom au moins aussi génial que, au hasard, Sylvester Staline – ne se limitent pas à reprendre les tubes de leurs idoles comme le premier orchestre de balloche venu : bien que branchés sur ampli, leurs instruments appartiennent quasiment tous à l'univers country, à commencer par le banjo du virtuose Herrrrrrrrrrrrrrrman, tel que l'a présenté à au moins quinze reprises son compagnon au micro, dont les inflexions faussement nonchalantes fleurent bon la botte de paille stockée dans la grange – non, pas de reprise de ZZ Top au programme malgré le lien qui semble évident (rappelons que "La Grange" parle d'un bordel texan, pas de la ferme du Père René).
Le quintet épate par la qualité de ses arrangements et l'application avec laquelle il revisite la vingtaine de classiques qu'il enchaînera ce soir, complétant la setlist d'une honnête composition de son cru ("Fill up the Tank"). Le fait de connaître les versions d'origine augmente forcément le plaisir d'entendre leur déclinaison rurale – ainsi le riff chromatique de "Thunderstruck" se prête à merveille à son égrenage au banjo et la ferveur avec laquelle la formation exécute "Burn" n'a rien à envier à celle qui animait les désormais septuagénaires de Deep Purple lorsque ces derniers l'enregistrèrent il y a plus de quarante ans. Malgré un jeu de scène pas spécialement ébouriffant, il est difficile de ne pas se laisser embarquer par l'entrain de ces compères allègres dont blagues et clins d'œil respirent la sincérité, et même la spontanéité au vu de certains fous rires à peine contenus – mention spéciale au contrebassiste qui pour sa part n'hésitera pas à brandir en fin de set sa volumineuse quatre-cordes au-dessus de son élégant couvre-chef afin d'exprimer ses remerciements. Il est d'ailleurs amusant de constater que le musicien le plus menu de la bande se coltine l'équivalent musical d'une armoire normande tandis que Hiltunen, son imposant acolyte, exerce ses talents sur des instruments plus réduits les uns que les autres – une mini-mandoline, un mini-clavier, une mini-flûte et un kantele, sorte de luth sans manche qui se joue sur les genoux. En revanche, l'accordéon qu'il fait rugir avec panache se rapporte davantage à son gabarit et contribue à l'atmosphère joyeuse que lui et ses compagnons font régner de part et d'autre de l'estrade – les retraitements blue grass de "Sad but true", qui perd quelques kilotonnes au passage, et de "You could be maïaïaïaïaïaïaïaïaïaïaïaïaïaïne" sont franchement hilarants. Cet esprit gentiment potache ne trouble pas pour autant la conviction dont le collectif fait preuve durant toute sa prestation, ce dont atteste un intense rappel constitué d'"Over the Hills and Far Away", l'hymne celtique de Gary Moore et d'un "Born to be wild" hallucinogène. Clameurs et félicitations saluent la sortie des artistes qui se transportent en sueur et en un éclair à la table du merchandising pour y accueillir de potentiels acquéreurs autrement plus nombreux qu'avant le récital. Opération séduction réussie.


En tenant sans faillir près de deux heures sur scène, les Steve 'N' Seagulls ont démontré qu'ils formaient un collectif fiable et que leur assaisonnement agricole des standards metal tenait bigrement la route, ou plutôt l'ornière dans laquelle un parti pris délirant aurait pu les faire basculer. Fort heureusement, celui-ci reste dans les limites du raisonnable tout en instillant ce qu'il faut de bonne humeur et, au final, d'ouverture d'esprit pour faire accepter aux un(e)s la « bienveillante maltraitance » de leur ADN musical et aux autres la notion de contentement à l'écoute de chansons des Foo Fighters et The Offspring. Nul ne sait si le concept captivera les foules passé le charme de la découverte mais pour l'heure, la formule maligne mise au point par les cinq loustics du Pays des Mille Lacs fonctionne à merveille.


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