CHRONIQUE PAR ...

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Tabris
le 29 novembre 2016




SETLIST

The Leaving :

Non renseignée

Alcest :

(Onyx)
Kodama
Je suis d'ailleurs
Écailles de lune - Part 1
Autre temps
L’Éveil des muses
Éclosion
Percées de lumière
Oiseaux de proie
Délivrance

Rappel :
Souvenirs d'un autre monde



AFFILIÉ

Alcest
Paris - Bataclan
(05 novembre 2014)
Paris - Le Divan Du Monde
(02 février 2014)
Paris - La Maroquinerie
(08 novembre 2016)
Hellfest (Clisson)
(17 juin 2017)
Strasbourg - La Laiterie
(07 octobre 2017)

25 octobre 2016 - Colmar - Le Grillen


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Cette subtile alchimie : lumière/lunaire – black/shoegaze, cet univers que l'on ne peut rapprocher que de la poésie et du rêve, ces atmosphères si intimement saisissantes, ne pouvaient, à l'occasion de la tournée de Kodama, laisser statiques deux de nos chroniqueurs amplement émus par l'œuvre musicale d'Alcest. Deux concerts vont donc vous être relatés par le menu : sur cette page, le premier, auquel a assisté Tabris, introduction intimiste à la tournée elle-même, puis le second, conté ici par Droom, dans le cœur même du sujet.

Le Grillen, mardi soir. Je vais finir par prendre un abonnement ! Toujours ce damné mardi soir ! Comment le considérer ? Comme ce fameux jour où le public est clairsemé, un rien mou du genoux parce que le dépit du début de semaine et de son morne train-train entame les esprits, cherchant vaguement une petite prolongation à un week-end laissé trop tôt derrière ? Ou comme celui où l'assemblée se compose de qui veut vraiment être là par goût voire passion, qu'importe les contraintes imposées par le réveil matinal et le boulot-métro-dodo du lendemain ? Entre les aficionados et les chasseurs de morosité, le mardi c'est l'heure pour tout groupe de faire ses preuves en décrochant les adeptes du je-suis-collé-au-bar-et-je-parle-fort pour les plonger dans l'effervescence d'une fosse extatique. C'est le passage de force. Le test ultime. Jouer un mardi, c'est un défi ! Relevé magistralement par Alcest ce soir.
Mais avant cela, l'introduction de la soirée était assurée par The Leaving, le discret projet solo de Frederyk Rotter, aka chanteur de Zatokrev. Bien loin des accointances sludge/doom/death du groupe suisse sus-mentionné, c'est un set acoustique qui nous est amené. La tonalité était certes plaisante, le grand gaillard ployé sur sa chaise s'exécutant parfaitement, ponctuant de quelques touches d'humour gentillet lancées sur un ton monocorde et faussement détaché (« à présent, un morceau plus calme pour redescendre » ou « à présent, un cover... de moi même » etc …), mais malheureusement, l'ensemble peinait à décoller car trop monolithique et trop éloigné du répertoire de la tête d'affiche pour parvenir à mettre la salle en condition. Les bavardages fortement audibles des quelques piliers de comptoir reprenant rapidement, n'auront vraiment pas aidé à un quelconque effort d'immersion (malheureusement, c'est là chose fréquente au Grillen). Dommage, peut être à redécouvrir dans d'autres conditions. Le gars sera venu modestement et sera repartit tout aussi modestement, laissant place à la tête d'affiche.
Ayant manqué stupidement leur précédent passage il y a près de trois ans en terres alsaciennes (et je ne retranscrirais pas ici, par décence, le flot de jurons que j'ai professé alors), le set d'Alcest de ce soir avait pour moi un petit goût de frénésie teinté de revanche, n'ayant pu voir entre-temps le combo que dans le cadre limitatif d'un festival. Émotion encore accrue d'ailleurs à l'annonce de Neige, presque d'entrée de jeu, de leur plaisir à revenir dans notre petite contrée pour ce concert de pré-tournée, placé sous les auspices donc d'une certaine intimité. Et si le groupe nous offrait bel et bien ce soir la setlist prévue pour la tournée elle même, il ne s'est pas contenté d'un banal tour de chauffe où l'on ménage à tout prix ses forces pour le gros de l'ouvrage à venir. Alcest donc ce soir, s'est présenté à nos yeux dans un halo de lumières doucement colorées, quelques arabesques se dessinant en fond, annonçant d'ores et déjà par ce judicieux choix de mise en scène, la grâce qui devait régner sur cette soirée. Et je ne saurais d'ailleurs trouver de qualificatif plus adéquat  pour exprimer l'enchantement produit par la musique que celui de gracieuse - en userai-je et abuserai-je - si ce n'est peut être d'ajouter encore qu'à aucun instant, je n'ai pu même imaginer d'être en un autre lieu, mener une quelconque action ou songer à quoi que ce soit d'autre que de savourer pleinement cet instant présent.
Bien entendu, c'est sans surprises que passé l'introduction, le concert s'est ouvert sur le titre éponyme de Kodama. Et ceci pour mieux enchainer sur l'intense "Je suis D'ailleurs". Et là... trivialement je vous dirais que si force est de constater (une fois encore) qu'Alcest est passé savant dans l'art de se saisir de nous, on ne se limitera pas à cela. Comment exprimer cela en termes intelligibles ? Disons alors que lorsque les petites phrases musicales lancinantes qui jalonnent ce titre splendide se répercutent avec ardeur dans les baffles sur lesquelles vous vous accoudez, que vous ne savez plus vraiment qui de vous ou de l'enceinte vibre le plus, au moment de l'explosion centrale du titre vous perdez pieds, vous sombrez, et nous n'en sommes encore qu'au début ! Le titre lui même n'est pas encore achevé, et la prestation n'en est qu'à son troisième coup de semonce.
Alors oui, pour la suite, les plus aguerris me dirons que le collectif s'offre une redite avec les morceaux tels qu’"Écailles de Lune" ou L’"Éveil des Muses". Je répondrais qu'il y a toujours mérite à vouloir à toucher chaque membre de l'auditoire et que les choix se bornent aussi de fait. Je leur dirais encore que l'on peut malgré tout se laisser happer par cette fraicheur des premières fois et s'émouvoir d'un délicieux "Autre Temps", quand bien même la piste aura été usée sur la chaine ou sur les planches. Les concerts sont cela, un savant mélange de terreau connu et une once de nouveauté, le son pulsé bien haut, la figure énergique et émue se tenant devant nous pour nous le jeter à belles poignées. Au risque donc, à la différence de mon compère ci-après, de céder à une forme de subjectivité trop grande, je dirais que ce soir, ces titres que j'appréhendais depuis longtemps version album, n'étaient pas tout à fait les mêmes à mes oreilles et me sont apparus bien plus beaux que par le passé.

Mais si je ne devais retenir qu'un instant, alors je choisirais ce coup double : "Percée de Lumière", suivi de "Oiseaux de Proie", l'un propre à échauffer plus encore les sens, le second à couper le souffle. Cette pensée qui fusait alors l'esprit : si le temps pouvait se suspendre, si je pouvais rester ici longtemps. Le silence, puis les applaudissements, agissant à la fin du titre comme une douche froide, un brutal retour sur terre, propre à nous laisser simplement totalement pantois. "Souvenirs d'un Autre Monde" alors comme la dernière note d'un instant de plongée onirique, d'intensité musicale, et pour le dire simplement, de plaisir authentique.




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