CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
le 14 novembre 2016




SETLIST

Behemoth :
Blow Your Trumpets Gabriel
Furor Divinus
Messe Noire
Ora Pro Nobis Lucifer
Amen
The Satanist
Ben Sahar
In the Absence ov Light
O Father O Satan O Sun!
Ov Fire and the Void
Conquer All
Pure Evil and Hate
At the Left Hand ov God
Slaves Shall Serve
Chant for Eschaton 2000

Mgła :
Further Down the Nest I
Exercises in Futility I
Mdłości I
With Hearts Toward None I
Exercises in Futility II
Groza III
With Hearts Toward None VII
Exercises in Futility VI

Secrets of the Moon :
Hole
Dirty Black
Seven Bells
Here Lies the Sun
Man Behind the Sun
Lucifer Speaks

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30 octobre 2016 - Strasbourg - La Laiterie


Behemoth_-_Mgla_-_Secrets_of_the_Moon_Strasbourg_-_La_Laiterie_20161030

Quoi de plus logique en cette veille d'Halloween que de se rendre à un concert avec plein de gens déguisés sur scène - « et dans le public » ajouteront les personnes les moins familiarisées avec les us vestimentaires et capillaires des amateurs de musiques extrêmes ? Car si les Secrets of The Moon se montrent plutôt sobres dans ce domaine – à l'image de leur musique – Mgła et surtout Behemoth sont réputés pour leur tendance au travestissement, même si le résultat ne revêt pas la même ampleur. Pardon ? Oui, vous avez deviné : ce soir, c'est la fête du metal noir à la Laiterie.

Europa Blasfemia (part II), tel est le nom de la tournée inscrit en lettres gothiques sur l'affiche proclamant la venue des trois formations susnommées : la première mouture avait déferlé sur le Vieux Continent en début d'année - à Paris ce fut à la Cigale - avec Inquisition, Entombed A.D. et Abbath en accompagnement de Behemoth. La nuit a pris possession de la capitale alsacienne tandis que les disciples du culte de la Saturation se rejoignent sur le trottoir de la rue du Hohwald - du moins pour les plus courageux d'entre eux, les plus frileux préférant rester dans les bagnoles et attendre l'ouverture des portes. Si une frange non négligeable de la patiente assemblée se conforme au sombre dress code de rigueur, quelques jeunes filles osent la coloration mauve bleue rose et la coupe de cheveux façon danseuses du Crazy Horse. Derrières elles, deux dames au look d'institutrices en pré-retraite mobilisent leur mémoire : « c'était quand, déjà, la dernière fois qu'on est allé voir Behemoth ? ». Voilà : le black metal se féminise, se gériatrise, se démocratise – au grand dam, on l'imagine, des puristes pour qui le genre se doit de rester confiné entre velus dans des caves qui puent le poireau flétri et le carburant du monospace familial. Reste que le phénomène n'est pas nouveau et n'implique que la fosse – la parité des amplis, ce sera probablement pour un autre siècle. Les Allemands de Secrets of the Moon ouvrent le bal devant une assistance copieusement garnie, on ne doit pas être loin de la jauge maximale de mille places, dont un nombre conséquent d'Outre-Rhénans qui peuvent admirer l'élégant motif cabalistique figurant sur la bannière dressée en arrière-plan. Les observateurs les plus acerbes ironiseront probablement sur le fait qu'il s'agira du seul truc intéressant proposé par les quatre garçons durant leur prestation d'environ quarante-cinq minutes. Si cette affirmation est sans doute trop sévère, il faut admettre que souvent l'ennui menace de s'installer à l'écoute de ces morceaux imprégnés d'un black doom certes habité, mais dénué des idées qui l'extirperaient des ornières creusées par les artistes qui l'ont manifestement influencé. Engloutis dans une épaisse lumière bleutée, les instrumentistes ne se distinguent pas non plus par leur jeu de scène ébouriffant, malgré l'intense guitariste/ chanteur aux inflexions très proches de Tom G. Warrior de Celtic Frost, qui donnent un soupçon d'âme à ses chansons au climat lourd, mais sans éclat. Heureusement, le plus percutant "Seven Bells" et le final "Lucifer Speaks" permettent aux Saxons de quitter la salle sur une appréciation positive, salués poliment par des spectateurs à l'enthousiasme mesuré qui ont pu cependant profiter d'un très bon rendu sonore.
Les lumières se rallument et au lieu de s'insérer dans la file d'attente pour obtenir un jeton donnant le droit d'intégrer la file d'attente pour obtenir une boisson, on préfère regarder les membres de Mgła régler leurs instruments à visage découvert - les mecs entretiennent nettement moins leur anonymat que leurs collègues de Ghost ou les compatriotes de Batushka. Vêtus de noir des pieds à la tête (c'est le cas de le dire), portant les mêmes habits et les mêmes guitares, les Polonais entament leur prestation masqués par une sorte de cagoule qui leur couvre la bouche et les yeux – ils la conserveront jusqu'à la fin : on a beau le connaître à l'avance, le procédé est assez impressionnant. Impressionnante également, la vigueur malsaine qu'ils mobilisent et déversent en un mur du son grésillant, sur une audience autrement plus réceptive – et remuante – que lors du set antérieur. Forts d'un dernier album, Exercises in Futility, particulièrement bien accueilli, le guitariste/ hurleur et le batteur, aidés pour l'occasion d'un second guitariste et d'un imposant bassiste, alignent les titres sans s'embarrasser d'explications tout en bénéficiant eux aussi d'un excellent son, au soulagement des habitué(e)s des lieux qui n'ont pas toujours été gâté(e)s en la matière. Pourtant, si la formule monolithique mise au point par les encapuchonnés de Cracovie en impose, elle comporte quelques ingrédients susceptibles de tenir l'auditeur à distance, à commencer par l'immobilisme total affiché par les musiciens, véritables statues de cuir - ou nazgûls en docs - qui feraient passer David DiSanto pour Mike Patton : certes, personne n'est venu pour voir un numéro de cirque, mais quand même. À ce jeu de scène totalement inexistant s'ajoute l'invariabilité des – longs – morceaux qui s'articulent sur des tempos similaires autour de deux riffs, selon un schéma déchaînement/ accalmie tout ce qu'il y a de plus classique et qui les rend difficiles à distinguer pour qui ne connaît pas par cœur la discographie du collectif. Certains thèmes marquants cheminent néanmoins jusqu'au cortex de ceux qui espéraient les entendre ("Exercises in Futility I" et "Exercises in Futility II") et d'un strict point de vue musical, l'effet lame de fond, froide et inexorable, est incontestablement réussi.
Après cette heure de misanthropie frénétique et une fois écoulé le temps dévolu à l'échange de matériel, les compatriotes de Behemoth font leur apparition derrière les torches enflammées brandies par Nergal sur les accords de "Blow your Trumpets Gabriel" qui ouvre également The Satanist, le dernier recueil des vétérans du black metal européen. Clairement, ces derniers ne font pas le spectacle à moitié ! Maquillés d'orange fluo et de mauve (on plaisante), vêtus d'armures décadentes faites de cuir, de clous et de lambeaux, ils passent en revue une bonne partie de leur imposant répertoire dans un décor ésotérico-sataniste composé notamment d'un imposant backdrop et de pupitres ophidiens. Nergal enchaîne les poses plus ou moins outrancières et secoue son encensoir avant de donner son âcre bénédiction à un auditoire fervent. Quant à son comparse à la guitare, il réserve en fin de parcours une petite mise en scène digne de Kiss en éclatant entre ses canines une poche de ce qui ressemble à priori à du jus de groseille qu'il laissera s'écouler à la commissure des lèvres. En sus de son plastron, voilà qui lui donne sur l'instant un petit air du Dracula kitsch de Francis Ford Coppola. Tout ce petit monde avait auparavant ajusté son masque de Baphomet à grandes cornes torsadées sur le final martial de "O Father O Satan O Sun!" - dommage que le quartet s'en soit départi dès le morceau suivant, le côté réunion secrète des grands prêtres sacrificateurs convoquait de délicieux souvenirs cinématographiques. Cerise de taille sur le gâteau sulfureux, la quinzaine de compositions interprétées en cette soirée ne semble souffrir d'aucune approximation – mention spéciale à Seth, l'habile six-cordiste et vampire à temps partiel. Exécutées avec assurance, elles se succèdent confortablement calées dans un black death au tempo plus posé que celui asséné par la section précédente, à l'exception toutefois du speed thrash "Pure Evil and Hate" conçu comme un hommage à Venom et au Bathory première période et qui aura sans conteste fait remuer le plus grand nombre de nuques parmi les fans. Pendant qu'un personnage barbu au visage barbouillé de rouge seconde le batteur le temps d'un titre, on savoure également la puissance et la clarté qui se dégagent des amplis, compensant une écriture par moments un peu moins inspirée. Un quasi sans faute, donc, ponctué par les remerciements de Nergal qui n'oublie pas de faire applaudir les deux premières parties.


Les trois quatuors de black metal qui se sont produits en cette veillée d'automne strasbourgeoise ont délivré des performances variées, bien que chacune créditée d'un son irréprochable rendant justice qui à sa pesanteur, qui à sa vélocité, qui à sa puissance. Chacun son ambiance, chacun son registre [air terrible de Tonton David dans la tête] mais question présence scénique et communication avec la foule, la tête d'affiche s'est montrée très nettement à son avantage, avec des moyens que l'on devine plus conséquents que ceux des deux groupes d'ouverture. Au delà d'un parti pris de sobriété – Mgła fait très fort de ce point de vue – ces derniers peuvent mesurer ce qui sépare de solides outsiders d'une valeur sûre, même si le show millimétré n'est qu'une option parmi d'autres. Reste que celle-ci se révèle plus excitante, la plupart du temps, que la « simple » récitation live des enregistrements, aussi sincère et ardente soit-elle.

Photo par Tabris


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