CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
le 19 avril 2016




SETLIST

Stoned Jesus:

Rituals of the Sun
The Harvest
YFS
Wound
Stormy Monday
I'm the Mountain
Electric Mistress

Mars Red Sky:

Apex III
Curse
Hovering Satellites
Friendly Fire
Mindreader
Shot in Providence
Marble Sky
Strong Reflection
The Light beyond
(Alien Grounds)

AFFILIÉ

31 mars 2016 - Angers - Le Chabada


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Un concert metal à Angers ? Le concept étant aussi abstrait que la notion de transparence dans une chambre de compensation luxembourgeoise, on vérifie - non, il ne s'agit pas d'un poisson d'avril en avance d'une journée. Après le combo musclé Lofofora/ Aborted en novembre dernier et quelques semaines avant la venue de Mass Hysteria, deux groupes estampillés « hard rock », les stoners Stoned Jesus et Mars Red Sky, investissent le bar – pardon - l'« espace-club » du Chabada, cette salle au nom si peu rock’n’roll mais à la programmation aussi éclectique que pointue.

20h30. Pile à l'heure prévue, les Ukrainiens de Stoned Jesus font résonner le premier accord de la soirée devant une grosse centaine de spectateurs – pas mal pour une affiche en semaine. Jeunes et vénérables, étudiant(e)s en converse et rockeurs en cuir, fans et curieux : l'audience bigarrée accueille poliment mais avec enthousiasme le trio qui se présente à elle sans chichi - baskets-jean-chemise à carreaux de rigueur pour le guitariste-chanteur et unique membre fondateur Igor Sidorenko. Celui-ci déploie immédiatement une belle énergie sur scène, relayée par son fougueux complice à la basse et par un batteur barbu qui accompagne chacune de ses frappes par de vigoureux mouvements de tête. Portée par un excellent son, la section de Kiev privilégie les tempos lents sur fond de saturation grésillante qu'elle agrémente de temps à autre de séquences plus véloces – toutes choses égales par ailleurs, ce n'est pas précisément du Vektor. Dans ce contexte, on regrettera l'absence du single "Here come the Robots" qui aurait ajouté une dose de groove supplémentaire. Cependant, la prestation se révèle très plaisante dans son ensemble, le collectif faisant la part belle à son troisième et dernier album, The Harvest, paru en 2015 avant de consacrer la deuxième partie du set aux longues compositions de Seven Thunders Roar, le précédent sorti en 2012. Évoluant dans un décor minimal troublé de temps en temps par de discrets jeux de lumière, les trois camarades se montrent à leur aise pendant et entre les morceaux, Sidorenko comblant les pauses avec humour et flegme - « ne soyez pas calmes, c'est un concert de rock » lance-t-il à l'assemblée rigolarde. Cette dernière ne se fait pas prier et se manifeste de plus en plus bruyamment à mesure que les titres s'enchaînent avec une intensité qui se vérifie pendant les soixante minutes de la performance. De toutes façons, rien que pour le débardeur Autobahn de Kraftwerk arboré par le bassiste, celle-ci méritait d'être vue.
Entracte, rush sur le bar et les toilettes, salutations, commentaires, moues d'une petite copine indécise, échanges joyeux entre chevelures fournies, rires, attente - pendant que sur scène s'accomplit le miracle habituel du remplacement en une demi-heure des musiciens qui viennent de finir par ceux qui s'apprêtent à en découdre et installent leur matériel. Celui-ci se caractérise par le nombre impressionnant de pédales d'effet que disposent avec soin guitariste et bassiste, deux pedalboards pleines à craquer pour l'un et à peine moins pour son collègue : pas de doute, Mars Red Sky est dans la place. Les trois Bordelais se présentent donc dans les mêmes dispositions que sous le soleil d'août du dernier Motocultor, look à casquette et chemise à carreaux inclus (le batteur beau-gosse a oublié son bandana et ce n'est pas plus mal). Dans l'intimité d'une salle aux dimensions modestes, le son abrasif dopé aux infra-basses de la section girondine gagne en puissance, à la fois percutant et enveloppant. La chevauchée de vastes plaines rocailleuses, sur un autre continent ou une autre planète, peut alors débuter, soutenue par la diffusion en arrière-plan de vidéos, images et autres projections stroboscopiques. Comme l'on pouvait s'y attendre, plusieurs extraits du tout frais Apex III (Praise for the burning Soul) ont été sélectionnés - mention spéciale au presque joyeux "Friendly Fire" qui se distingue légèrement de l'essentiel du corpus martien constitué de lourdes décharges de fuzz entrecoupées d'arpèges ruisselant de réverbération. L'impression d'une balade au long cours prédomine, renforcée par la constance d'une allure modérée. Cette ambiance immersive dépourvue d'affolements et de ruptures explique en grande partie les réactions feutrées du public, qui exprime essentiellement sa satisfaction par des hochements de tête cadencés. Dommage que le périple soit interrompu assez longuement entre chaque chanson pour satisfaire aux séances de ré-accordage que l'on devine nécessaires, d'autant que la communication n'est pas le fort des Frenchies. Heureusement le bassiste Jimmy Kinast fait preuve d'une joviale répartie lorsqu'il est interpellé par des membres de l'auditoire, notamment sur l'épineux dossier des chocolatines – rappelons que ce vocable impropre n'est pas de mise en terres angevines. Le jeu de scène plutôt statique des concitoyens de Sophie Davant ne favorise pas non plus les démonstrations exubérantes dans l'assistance, qui félicite néanmoins chaleureusement les trois compères une fois achevé leur récital par les superbes "Strong Reflection" et "The Light beyond".


Deux formations œuvrant dans un style très proche, comportant un nombre identique de musiciens et comptant autant d'albums chacune délivrent un concert d'égale durée : copie carbone ? Non. Si leurs amplis dégagent la même âpreté pesante, celle-ci se prête volontiers à de furieux accès chez Stoned Jesus tandis qu'elle est maintenue dans l'écrasante tension des chimères par Mars Red Sky. Ardent ou stoïque, enflammé ou onirique, le heavy vrombissant des deux trios a plu et convaincu, chacun à sa manière. Merci d'avoir fait le détour en Anjou, Messieurs.


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