CHRONIQUE PAR ...

73
Dimebag
le 05 avril 2016




SETLIST

Arcarsenal
Pattern Against User
Sleepwalk Capsules
300 MHz
Proxima Centauri
Lopsided
Invalid Litter Dept.
Enfilade
Ursa Minor
Cosmonaut
Quarantined
Catacombs
Napoleon Solo
One Armed Scissor

AFFILIÉ

At The Drive-In
Le Trianon
(29 mars 2016)

29 mars 2016 - Le Trianon


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Alerte cultisme! Il y avait vraiment de quoi s’emballer ce soir au Trianon, avec rien de moins que la tournée de reformation des tout-putain-de-puissants At The Drive-In, qui s’arrêtait pour une unique date, sold-out en une heure, à Paris. Pour nos lecteurs un peu jeunots qui ignorent tout ou partie de la sensationnelle créativité musicale des 90’s, sachez qu’At The Drive-In fut un des groupes les plus marquants de la scène punk/hardcore/post/indie de cette décennie. Après une première sortie intéressante mais grevée d’une production dégueulasse, le groupe empile ensuite les morceaux de bravoure : entre 1998 et 2001, année funeste de son explosion en vol, ATDI délivre deux albums fabuleux, l’excellent In Casino/Out en 1998, puis l’indépassable Relationship Of Command en 2000, devenu absolument légendaire. Ajoutez à cela un EP tout aussi génial, Vaya (1999), faisant suite à trois autres EP plus dispensables, et vous obtenez un groupe ultra-prolifique et talentueux, qu’on était évidemment plus qu’heureux d’aller voir en ce mardi 29 mars, et c’est un euphémisme. Chronique de retrouvailles émues entre une légende des 90’s et son public d’amoureux transis.

ATDI c’est d’abord et avant tout une dualité de frères de cœur aux caractères volcaniques : Omar Rodriguez-Lopez (De Facto, The Mars Volta, Bosnian Rainbows, Antemasque + un tas d’autres projets), guitariste versatile doté d’un immense talent et véritable tête pensante du groupe, et Cedric Bixler-Zavala, fantasque et talentueux vocaliste à l’improbable capillarité (De Facto, The Mars Volta, Antemasque + moultes autres collabs). Ces deux-là ne se sont plus ou moins jamais quitté depuis le milieu des années 90, et ont continué la route ensemble après ATDI. C’est ensuite l’excellent Jim Ward (qui quitte malheureusement ATDI juste avant le début du Tour), Paul Hijonos et Tony Hajjar à la section rythmique (ces trois-là, pour leur part, fondèrent Sparta après la fin d’ATDI). Tout ce beau monde se retrouvait donc au Trianon en ce frisquet soir de mars, sauf Jim Ward donc, malheureux dindon de la farce de la reformation. Avant qu’ATDI ne se pointe pour prendre possession du somptueux Trianon, une des plus belles salles de concert parisiennes en termes de scénographie comme d’acoustique, l’ouverture des hostilités était assurée par Le Butcherettes. On pourrait presque qualifier ces derniers de protégés de la paire Bixler / Rodriguez, le second ayant carrément fondé un groupe avec la chanteuse (cf. Bosnian Rainbows). Le Butcherettes avait donc la lourde tâche d’ouvrir pour la légende ATDI, et de chauffer les planches : mission plutôt accomplie pour le trio power-pop/rock texan (comme ATDI) fronté par Teri Gender Bender, chanteuse/guitariste bien habitée (voire bien barrée), produisant un agréable mélange de Sleater-Kinney en plus fou-fou et de White Stripes des débuts, voire de Black Keys. Bref, du gros rock qui tâche et qui ne se fait pas chier. Le public réagit poliment et semble véritablement apprécier, mais clairement, on sent que les gens sont là pour un truc et un seul : voir enfin, et pour la première fois pour la plupart (le groupe ayant tout de même splitté hyper vite après son succès), At The Putain de Motherfucking Drive-In. Le Butcherettes ne s’attardera donc pas trop et laissera vite la place à une attente des plus fiévreuse. De mon côté je suis idéalement placé, plein axe à quelques mètres de la scène. Autour de moi ça discute, on se fout gentiment des gens bien sagement assis dans les coursives avec mes voisins, ça rigole, les bières et les battes vont bon train mais sans excès (les trentenaires, ce peuple assagi) bref, l’ambiance est bon-enfant, mais on sent les gens chauds comme la braise, prêts à bondir, et il ne fait aucun doute que tout cela sera grandiose. Et grandiose, ce le fut.
Je n’imaginais juste pas à quel point. Difficile de vous décrire la folie collective qui s’empara du Trianon (fosse en tête, évidemment, les vrais savent) quand les premières notes d’''Arcarsenal'', jouées aux maracas par un Bixler tout en touffe de cheveux, résonnèrent, mais on va essayer : ce fut la guerre. La fosse, transformée en une tornade de corps et de sueur comme on en voit généralement que dans les bons gros concerts de hardcore, entra en fusion, fusion qui ne devait s’apaiser qu’une heure et quart plus tard, à la fin du concert. Entre temps, ce fut pogo sur pogo (même sur ''Lopsided'' et ''Napoleon solo'', pourtant très loin d’être des monuments de violence !), slams sur slams, et autres paroles hurlées à l’unisson. Clairement, il n’y avait que des très gros fans d’ATDI dans la place, et la quasi-totalité des gens présents connaissaient les tubes du combo sur le bout des doigts. C’est le genre de facteur déterminant qui fait indéniablement passer un concert cool à un concert d’une toute autre dimension : celle dont on se souvient pleinement et pour longtemps. En termes d’intensité, cela valait largement la tournée de reformation de Refused passée par le Bataclan (ô, mighty Bataclan, toutes et tous, nous attendons ta réouverture ! ) en 2012, concert à l’ambiance dantesque également. Grosse ambiance donc, grâce à un public chaud comme un feu de forêt californien en plein été, mais aussi et surtout grâce une playlist de grands maboules. L’enchainement absolument dévastateur de début de concert fut des plus rude avec ''Arcarsenal'' et ses « BEWAAAARE » repris en chœur par un Trianon en rupture de ban, puis l’immense ''Pattern Against User'', puis, alors que tout le monde tente de reprendre son souffle, voilà qu’ATDI nous assène directement la fabuleuse ''Sleepwalk Capsules'' et son riff saccadé de dingo. Je crois que c’est à ce moment-là que mes lunettes ont valeureusement décidé d’aller conquérir le sol de la fosse du Trianon et de le déclarer à jamais Grand Protectorat Dimebagien. Leur corps sans vie, et sans verres, sera malheureusement retrouvé quelques minutes plus tard, terrassé par la révolte immédiate des Grandes Semelles du Trentenariat de France, surreprésenté ce soir. Mais au-delà de ce léger incident matériel au demeurant bien inoffensif (je vois plutôt bien sans lunettes), que de joie. Que de tubes joués ! La quasi-totalité de l’indépassable Relationship Of Command y passe, avec notamment ''Enfilade'', ''Invalid Litter Dept'' et son final hardcore dantesque (très grand moment que de reprendre les fameux « Dancing on the corpses ashes »), ou encore, ô allégresse, l’énorme tube ''Cosmonaut'' et son riff final aussi simple que jouissif, repris par environ tous les groupes d’émo/screamo/hardcore mélodique de la terre depuis sa création. On aura aussi le droit à ''Quarantined'' et, en apothéose, le plus gros hit jamais écrit par ATDI, l’indescriptible ''One Armed Scissor'', qui achève la fosse, qui n’était de toute façon plus que sueur, voix éraillées, bonheur profond, et lunettes brisées en ce qui me concerne. Les deux autres tueries du groupe (In Casino Out et l’EP Vaya) ne seront pas non plus en reste puisqu’on aura droit au meilleur de ces deux tueries, à savoir ''Ursa Minor'', ''Proxima Centauri'', ''300Mhz'', ou encore les plus fameuses ballades du groupe, tellement marquantes, fragiles et brutes, ''Napoleon Solo'' et ''Lopsided''. Selon moi, il aura juste manqué ''Hulahoop Wounds'' pour que tout soit parfait, mais comment ne pas déjà pleinement se satisfaire d’une telle branlée…
D’autant que le groupe lui-même était dans une forme tout à fait appréciable. On était pourtant en droit de s’inquiéter. D’une part suite à pas mal de rumeurs considérant Bixler-Zavala comme plus ou moins perdu pour la cause du fait d’une ex-massive addiction à l'herbe (plusieurs milliers de dollars par mois partis en fumée, ça vous pose un gros « pothead » - il l’évoquera d’ailleurs rapidement pendant le concert). D’autre part suite aussi à l’éviction surprise de Ward, survenue à la dernière minute. Préposé aux backing vocaux, tellement importants dans la quasi-totalité des morceaux d’ATDI, Ward était aussi la caution « jeu carré » du groupe, le mec censé contenir la folie créatrice de la paire Rodriguez/Bixler. Et c’est peu de dire que les fans avaient été saoulés de cette nouvelle de dernière minute (perso, je n’ai jamais aimé Sparta, donc ça m’a juste un peu saoulé, mais pas trop). Heureusement, tout cela ne se vérifiera nullement. Côté Bixler, même si clairement le bonhomme ne respire pas la grande santé comparé à son frère d’armes Rodriguez (qui n’a, lui, pas pris une ride, sans doute le genre de mec péniblement parfait, dont le corps est un Temple de Pureté et qui se drogue uniquement à la musique), la voix est en place, et c’est l’essentiel. Le bonhomme se donne à fond, court partout et ça passe nickel, même si on sent bien qu’il tire un peu sur la corde, prenant des inhalations de je-ne-sais-quoi entre chaque morceau et s’hydratant longuement. Un poil inquiétant pour la suite, si suite il y a, mais pour ce soir, ce fut très bien, son chant si particulier résonnant avec force et clarté dans le Trianon. Côté chœurs et backing vocaux, le remplaçant-express de Ward, Keeley Davis (Engine Down, Denali, et… Sparta), bien aidé par un Rodriguez-Lopez dans une forme olympique on l’a dit, assurera de manière tout à fait carrée et professionnelle. RAS donc, et heureusement, sinon on aurait sans doute eu droit à un nouveau déchaînement d’aigreur sur les réseaux sociaux, décidément porteurs de bien des casse-couilles modèle géant. Niveau jeu de guitare et batterie c’est parfait aussi, les membres du groupe se sont bien assagis et cela se ressent sur la solidité générale de la performance, inattaquable. Le son est au diapason de toute cette belle qualité, puisqu’il est parfaitement au point : c’est l’avantage des vieilles salles de théâtre à l’acoustique naturelle superbe. On profitera donc pleinement de toutes les petites subtilités des morceaux d’ATDI, et dieu sait s’il y en a.


Verdict au bout d’une heure quinze de show qui se termine sur un ''One Armed Scissor'' d’anthologie : en tant que fan du groupe de longue date, ce fut fantastique d’assister à ça. Les gens qui étaient présents peuvent se sentir véritablement privilégiés tant il est difficile de savoir, avec ce groupe si imprévisible, si cette tournée débouchera sur quelque chose de concret, comme un nouvel album. Pas sûr que cela soit souhaitable (les derniers albums de reformation de gros groupes des 90’s ont connu des destinées variables, cf le Refused ou le Failure), mais ce serait intéressant, c’est une évidence. Dans tous les cas le groupe n’aura pas floué les attentes du public et aura donné dans le fan service avec une setlist d’exception. Et c’est tout ce qu’on leur demandait.


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