CHRONIQUE PAR ...

73
Dimebag
le 23 juillet 2015




SETLIST

El Altar del Dios Desconocido
Death and the Labyrinth
Slaughter of the Soul
Cold
At War With Reality
Terminal Spirit Disease
The Circular Ruins
Under a Serpent Sun
Heroes and Tombs
World of Lies
City of Mirrors
Suicide Nation 
Blinded By Fear

AFFILIÉ

21 juin 2015 - Hellfest


At_The_Gates_Hellfest_20150621

Les cultistes du melodeath étaient servis et resservis pour cette dixième édition du Hellfest, puisque c’est rien de moins que Dark Tranquility, In Flames, The Haunted et At The Gates qui se produisaient cette année. Si les premiers s’enferrent un peu dans une redite d’albums pas forcément bien marquants et que les seconds sont complètement partis en couille électro-pop-métal (qu'on est totalement en droit d'aimer, mais ce n'est pas mon cas), il en est un qui continue de porter fièrement le flambeau du melodeath option violence. Celui-ci, c’est bien entendu At The Gates, reformé récemment (premier hourra) et responsable d’un comeback tonitruant via l’une des plus grosses poutres de l’an dernier, leur fantastique dernier-né, At War With Reality (second hourra). Inespéré et inattendu à un tel niveau de qualité, cet album reprenait les choses là où le groupe les avait laissées après l’immense Slaughter of The Soul, en les modernisant sacrément, mais en gardant le plus important pour un tel gardien du temple : l’absence totale de concessions aux sirènes du mainstream.

Après un retour mémorable au Hellfest il y a quelques années, les suédois étaient de nouveau très attendus, en témoigne une Altar bien blindée pour leur passage. Et on comprend très vite pourquoi : At The Gates en live, c’est un tsunami, ou plutôt, pour parler nordique, un putain de maelstrom du Ragnarök. Le groupe ne baisse quasiment jamais le pied, enchaînant parpaing melodeath brutal sur parpaing melodeath plus brutal encore, le tout parcouru de mélodies altières et jamais putassières, un des grands points forts du groupe, parfaitement respecté et sublimé sur AWWR. On le vérifiera d’ailleurs en live puisque le combo délivrera dans son set une grosse partie de leur dernier album, dont la magnifique "The Circular Ruins", la résolument old-school "Death And The Labyrinth" ou encore l’éponyme tuerie "At War With Reality". Le deuxième gros point fort du groupe, c’est que ses compos sont juste totalement taillées, voire pensées, pour le live. Pas de samples, pas de fioritures, des compos directes et plutôt simples dans leur construction, une batterie alternant plans thrash brise-nuque et grosse double-pédale fédératrice, bref, tout concourt à la production d’un gros bulldozer aux riffs classieux et à la cohérence parfaite. Même les leads, pourtant extrêmement présentes, possèdent toutes cette patine. De manière générale, les compos de At The Gates dégagent une homogénéité et une identité tellement fortes qu’on ne peut juste pas les confondre avec qui que ce soit d’autre, même dans la scène melodeath.
Cela se ressent encore plus fortement en live quand le groupe enchaîne les coups de massue sans coup férir, menés de main de maître il faut le dire, par l’incomparable Tomas Lindberg et sa casquette de trucker légendaire. Au-delà d’une performance vocale parfaite, bien qu’un peu monolithique (dans le plus pur respect du feeling des albums), l’ami Lindberg est surtout un sacré chauffeur de salle, parfois presque jusqu’à l’excès. Le bonhomme se démène, court sur scène de gauche à droite, fait participer le public sans arrêts, remercie tout le monde chaleureusement 1 200 fois, bref, il se donne tel un vrai showman et sa grande jovialité, bien que très agréable, tranche un peu avec le côté très froid et impitoyable des compositions des suédois. On a parfois l’impression de voir un gentil M. Loyal à la grosse voix égaré au milieu d’une bande de vikings bourrineurs et peu amènes. Mais hormis ce détail qui n’est même pas gênant (il fallait bien trouver quelque chose pour contrebalancer un peu ce dithyrambe), comment ne pas s’incliner devant la classe absolue et la maîtrise totale des darons de la scène melodeath ? Ces gars sont juste les meilleurs au petit jeu du riff froid et classieux soutenu par une batterie marteau-piqueur un chant de damné, et ils l’ont encore prouvé, point barre ! Des moments forts du concert, on retiendra notamment le duo avec Marco Aro de The Haunted (je lui préférais nettement le versatile Peter Dolving, mais passons !) sur l’excellente "World Of Lies", la présence d’un tas de poutrelles indépassables de l’époque bénie ("Cold", "Blinded By Fear", "Suicide Nation", "Under A Serpent Sun", etc.), et de manière générale, une superbe ambiance, côté public comme côté groupe. Le groupe quittera la scène sous les vivas après un final dantesque et les avis seront, de ce qu’on a pu en entendre puis en lire, unanimes : énorme claque.


Que dire en conclusion, si ce n’est qu’At The Gates semble véritablement revivre depuis quelques années, avec en point d’orgue la sortie triomphale d’At War With Reality. Ce dernier a une fois encore été largement célébré ce soir et à raison, tant cet album est venu redonner ses lettres de noblesse à une scène plutôt en nette perte de vitesse par ailleurs, du moins dans ses aspects les plus violents et old-school. Plus que jamais, At The Gates se pose en gardien du temple et en défenseur d’une certaine idée du melodeath. On pourrait railler, justement, cette orthodoxie et ce côté résolument passéiste des suédois, mais quand la musique est à ce point inattaquable et que le public suit en masse, que dire ? Rien. Il ne reste qu’à se taire, à headbanger en rythme et à attendre leur prochain concert avec une impatience non-dissimulée ! All hail At The Gates !


Album photo : Das Silverfoto
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