CHRONIQUE PAR ...

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Tabris
le 04 mai 2015




SETLIST

N/C

AFFILIÉ

25 avril 2015 - Colmar - Le Grillen


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Le Grillen, Colmar. Quand on regarde la liste des groupes passés par cette obscure salle à la gueule d'entrepôt, paumée dans un coin, on peut se plaire à tiquer un peu, quand même. À l'intérieur, pas même cinquante personnes ne sont présentes pour l'heure, et qui de fait ne se bousculeront vraiment pas pour faire la navette entre la « grande » et la « petite » salle ce soir. Et pourtant, s'agissant de la prestation qui nous est offerte, on ne peut que regretter que d'avantage de curieux n'aient daigné pointer leur nez en ces terres reculées, lors de ce moment qui semble passer pour anecdotique, un Festival Supersound. L'orage grondant tout à l'heure leur aurait-t-il fait peur ?

Si tant est que nous autres, pauvres hères trainant timidement dans cette salle, avions quelques bricoles à l'esprit - tracas, stress et compagnie - elles ont eu vite fait d'être abandonnées sur le pas de la porte avec la première découverte de la soirée : Zeus! Les deux Italiens entrant sur scène sont déjà torse nus - non, mesdemoiselles (NDLR : les messieurs aussi !), ce n'est sans doute pas pour vous faire pâmer d'emblée, mais bien pour se mettre à l'aise, car la démonstration d'énergie sera assez féroce ! Devant nous, ni plus ni moins qu'un duo basse/batterie. Autant dire qu'avant même de démarrer, on croit anticiper ce qui nous attend, car quand la rythmique devient lead, gageons que ça vous rentre par les oreilles, ça vous secoue les membres et ce jusqu'à la moelle épinière... Mais ni rock, ni metal, ni prog vraiment, juste ... libre … Je me retrouve à écouter, un brin surprise par la sensation, je frémi, puis me se laisse porter et finalement  baisse les yeux et apprécie fortement et brutalement ce déchainement de vibrations qui révèle son sens à chaque instant. Plaisir éphémère que cette musique là. Aucun morceau ne restera gravé dans mon cerveau comme un mantra, cependant, la jouissance de ce son ainsi délivré est immédiate et naturelle. En soi, un souffle qui fait du bien sur l'instant. Griserie du live ? Qualité de la prestation ? Plaisir ressenti qui d'emblée coupe court à tout autre facteur environnant ? À creuser une seconde fois peut être. La lumière se rallume, les pas me guident vers la salle à côté donc. Inutile de penser à quoi que ce soit, car d'emblée le set d'Appaloosa démarre. Et si à l'instant j'étais sur de la pulsation pure, quasi évidente et d'un abord très spontané, là, quelque chose d'autre se dessine. Il est difficile de décrire le décor qui se trace alors devant moi. Je ne ressens plus que cette batterie lead qui résonne en moi comme un second pouls, ce délire psychédélique qui m'emporte dans un décor fou. J'observe basse, claviers, guitare qui grisent mon cortex et j'ai cette drôle de conviction d'être juste au bon endroit au bon moment pour prendre quelque chose de bon … J'oublie vite ce qui m'entoure, je ferme les yeux une fois encore et le temps file simplement trop vite, perdue que je suis déjà dans ce monde de vibrations géniales. Encore le shoot d'un instant.

Lorsque la lumière se rallume cette seconde fois, un brin sonnée du brutal arrêt de la musique, je me dirige un instant vers l'extérieur. Mais ce n'est sans doute pas le souffle d'air froid et la clope amère que je m'accorde un instant dans ce « dehors » qui vont me sortir de ma torpeur, car la soirée se poursuit avec le groupe que je suis venue voir : Oiseaux-Tempête, et qui pour moi, constitue la tête d'affiche de cette soirée. Je dois admettre que si durant ce set, mes doigts ont actionné l'appareil photo glissé dans mes mains, c'est sans doute par pur réflexe, car mon esprit était lui, totalement ailleurs, encore. La découverte de leur album éponyme, il y a quelques semaines de cela, m'avait déjà fortement séduite, mais la prestation live est tout autant saisissante, voire bien plus. Tout le plaisir ressenti à l'écoute d'un free-rock savamment délivré est là. Et donc, une fois de plus ce soir, point d'images tangibles qui me parcourent l'esprit, mais simplement cette sensation délicieuse de filer sur des nappes sonores folles. C'est juste un bottleneck qui glisse, un coup d'archet inattendu, des effets multiples qui troublent, des sons extraits d'un ailleurs bien réel jetés là, un sax délirant produisant ces sons si inattendus, des frappes sur les fûts ou des caresses sur les cymbales, des expérimentations, des improvisations, de l'envie … Rien de convenu, rien d'attendu. Navigant entre les pistes de leur premier album et ouvrant ensuite sur Ütopiya, leur dernier né, le groupe nous embarque dans un plaisir de l'écoute évident, celui aussi d'être là et ailleurs en même temps… On oublie si souvent de faire ce genre de voyages sensitif. En somme, c'est juste un instant à la fois simple et complexe dans une fraction de temps, une fois encore trop courte, mais superbe.

Que voulez vous que je vous dise ? À la fin du set, j'ai négligé d'aller écouter la vraie tête d'affiche, tout simplement parce que la transition ne se faisait pas. Je suis partie rejoindre ma petite bagnole et sur le chemin du retour, j'ai pris plaisir à laisser tout résonner, longuement ....

Festival Supersoud : Zeus ! / Appaloosa / Oiseaux-Tempête



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