CHRONIQUE PAR ...

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Iokanaan
le 28 décembre 2014




SETLIST

Steak :
Roadhead
Acid Dave
Pisser
Hannoid
Liquid Gold

Intro
Rose of Jericho
Lockdown
New Low
Komatsu
Hail to the King
Nothing Left to Ruin
WTF (S7)
Blackwater

John Garcia :
Caterpillar March
Rolling Stoned
One Inch Man
My Mind
5000 Miles
The Blvd
Gloria Lewis
Flower
El Rodeo
Argleben
Space Vato
Saddleback
800
July
All These Walls
Supa Scoopa and Mighty Scoop
Green Machine
Whitewater

AFFILIÉ

29 novembre 2014 - Le Ferrailleur / Nantes


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La chose s’est jouée à une coïncidence. À commencer par la chronique du premier album de Steak et du dernier de John Garcia qui ont ponctué mon arrivée chez les Éternels. Après ça, le fait que les deux allaient s’amuser à se partager la scène pour une tournée européenne, non, l’info n’avait pas atteint la surface de mes tympans. L’idée finale fut donc d’aller croiser l’un se bâtir une carrière, l’autre se refaire une légende.

Et le public était prêt à offrir de son culte. Les amoureux des listes d’attente n’auront eu que peu de chance ce soir là, si ce n’est qu’au Ferrailleur, la bière est toujours bonne aux côtés d’une Loire apaisante pour les quelques bourrins que nous sommes. Mais les effluves de Steak viennent de lancer la soirée, il est temps d’aller gérer la cuisson...
Simple soucis beaucoup trop conséquent : le Steak se termine en à peine 30 minutes, laissant un goût de beaucoup trop court chez un public pourtant particulièrement à l’écoute. Le chant de Kippa part loin (malgré une voix trop couverte et hélas, peu compréhensible) tandis que Reece à la guitare, cheveux tombant, fait grésiller chaque cordes de plaisir. Sammy, derrière sa batterie, est plus que dans l’ambiance (mais pourquoi n’a-t-il pas de micro, lui qui semble hurler en silence...), quant au bassiste, qui a rejoint le groupe à peine quelques jours plus tôt, il semble normal de le voir plus concentré que ses congénères qui, admettons-le, prennent un sacré pied. C’est un rock vrai, un stoner à ce point gras que je jure avoir vu l’huile couler des enceintes. La formation est à point, on la préfèrera saignante, mais ce sera pour plus tard, quand nous la reverrons dans de meilleures conditions. Un point noir que je me permets de risquer : aussi con que ce soit, Steak n’a pas fait de bœuf...
Arrive dès lors un groupe qu’à priori, personne n’attendait. Était annoncé Waxy, à la Californie chauffante ; est arrivé Komatsu, Néerlandais vainqueurs. Et vas-y que je te défrise la salle de quelques coups de claques bien senties d’un set bien construit, du rock qui se lâche et qui lèche jusqu’à ton plus petit orteil. Fouleur de scène défoulant la foule, l’allure même pas foutue d’être timide, Komatsu part au front armé d’un son classique et accrocheur, frais, parfois prévisible mais très franchement on s’en cogne : si c’est tant mieux pour nous, c’est tout bénéf’ pour eux. Ils connaissent et déploient l’arsenal mature de l’efficacité scénique (l’ami bassiste viendra même joyeusement confirmer son aisance jouant directement dans le public). Après regard sur réseau, il semble que Komatsu ait pour l’instant assez peu d’actu. Pourtant, ces salauds sont en train de se forger une solide réputation. À sérieusement suivre.
Maintenant taisez-vous, ne bougez plus un orteil j’ai dis, ne bougez plus d’un orteil... Je ne veux pas entendre une mouche se gratter le globe, il faut garder ces quelques minutes en suspension le temps que, le temps que... le temps que les musiciens arrivent sur scène et lancent d’un coup sec une "Caterpillar March" Kyussienne qui va faire bondir le public d’une extase plus qu’attendue. Voilà, comme ça ! Garcia rejoint la troupe, presque timidement, comme si les musiciens l’avaient convié à chanter exceptionnellement ce soir, histoire de combler ce micro vide tout le long de la tournée. Savez à quoi c’est dû ? John n’a pas ses lunettes noires sur le bout de son pif ! Sans elles, il semble presque vulnérable.
Presque... Enchaînant les morceaux les uns derrière les autres, les efficaces du dernier album ("Rolling Stoned", "My Mind", "5000 Miles" ou "Flower"...) ou les connus des formations passées ("One Inch Man", "El Rodeo", "Gloria Lewis" ou "July"...), Garcia et ses musiciens ne s’arrêtent que rarement pour souffler. Pas un seul mot de transition entre deux chansons, l’histoire doit se raconter par la musique et ce serait tout détruire que de rappeler que nous sommes juste dans une salle de concert. Quoique pour ceux qui auront l’envie de pointer du négatif, enchaîner les morceaux pourrait dévoiler un côté un peu expédié du show. Bon, en lui-même, ça n’a pas l’air de choquer grand monde. L’audience exulte, le public remue son crâne, la foule lève les doigts, de l’huile sortait des enceintes pendant Steak, maintenant des frites coulent de nos tympans. Mais en plus poétique, c’est John Garcia.
Si ce dernier n’est pas particulièrement mobile, il reste toujours aussi dansant. Musicien de l’intérieur, chaque morceau part de son corps avant de devenir voix. L’œil fermé, l’allure douce et concentrée, c’est presque par tendresse que l’icône fait dérailler son chant de souffre et de poussière qui fait vibrer nos lobes. S’accroche à son micro, décroche peu de sourires, mais donne du fond de tripes des bouts de son empire à qui veut bien l’entendre. Car c’est pour ressentir et pas pour le prier que John est sur la scène et nous à l’écouter. Les rappels seront bien sentis, bien fournis, toucheront justes, l’allure d’un show un peu rapide finalement se verra être un concert entier, complet de bout en bout, où vient de sévir un homme certes fatigué, mais présent jusqu’à la fin.

Silencieux, pensif, sur lui-même et dans lui-même, John Garcia est tout ce qu’il y a de plus spirituel dans le stoner. S’invitant chez tout le monde pour mieux qu’on le visite, il déclenche chez le public un panel d’émotions à la fois tranquilles et déchainées. Le regarder prendre toute l’énergie musicale qui s’évapore de scène pour la rebalancer vers nous me rappelle cette phrase de Bruce Dickinson expliquant qu’en concert, le but du jeu est d’attraper l’auditeur le plus au fond de la salle et de chanter pour lui. Garcia chante pour tout le monde et il ne tient qu’à nous d’ouvrir l’oreille pour redécouvrir ce prophète musical qu’il est. Sérieusement les enfants : aucun regret !


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