CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
le 05 juillet 2013




SETLIST

Good Morning Freedom
Wasted
Let's Get Rocked
Foolin'
Action
Bringin' on the Heartbreak
Switch 625
Women
Rocket
Animal
Love Bites
Pour Some Sugar on Me
Armageddon It
Gods of War
Don't Shoot Shotgun
Run Riot
Hysteria
Excitable
Love and Affection
Rock of Ages
Photograph

AFFILIÉ

Def Leppard
Londres - Wembley Arena
(14 décembre 2011)

21 juin 2013 - Hellfest


Def_Leppard_Hellfest_20130621

Bien sûr, ZZ Top et Kiss sont de grosses têtes d'affiche et vont contribuer à faire battre le record d'affluence du Hellfest au deuxième jour du festival. Mais l'événement numéro un de cette édition 2013, c'est incontestablement le retour en France de Def Leppard, dix-sept ans (!) après y avoir donné son dernier concert. Il s'agit également de la première date européenne durant laquelle le groupe de Sheffield relève le défi de jouer l'intégralité d'Hysteria, l'album aux sept hits sorti en 1987. Sur le papier, c'est diablement alléchant. Mais en réalité ?

Le décor minéral, le son léché, le chant presque neutre de Joe Elliott, le jeu de scène minimaliste qui consiste pour les quatre compagnons de Rick Allen à monter et descendre l'escalier menant à son kit de batterie : tout ceci participe d'une atmosphère froide qui ne donne jamais l'impression de vouloir inclure le public dans la partie. Certes, personne ne s'attendait à des appels au mosh pit de la part d'une formation aussi radio-friendly mais pour le coup, le spectateur se sent vraiment... spectateur, et rien d'autre. Un sentiment d'exclusion qui va perdurer pendant toute la prestation des Anglais et qui se traduira dans les faits pour certains membres de l'assistance - on y reviendra. Le set démarre plutôt sur de bonnes bases avec en guise d'apéritif une face B de l'époque On through the Night, le premier recueil brut de décoffrage paru en 1980 et dont le dynamique "Wasted" est ensuite joué. Au rayon bonne surprise, on est tout heureux de savourer le captivant instrumental "Switch 625" issu de High n' Dry et... C'est à peu près tout. Non pas que la setlist soit honteuse : les types de Def Leppard savent composer et il est assez rare que des millions de gens, ceux qui ont acheté leurs disques eighties, se trompent tous, simultanément et à plusieurs reprises. D'ailleurs, mis à part "Let's get rocked" (1992), tous les morceaux exécutés ce soir ont été enregistrés dans les années quatre-vingts. Mais quand on connaît à l'avance le côté mou du genou d'Hysteria – qui dure une heure – on se dit qu'on aurait préféré un bon combo "Let it go/ Another Hit and Run" plutôt que les ballades "Foolin'" et "Bringin' on the Heartbreak", aussi accrocheuses soit-elles. Une légère déception commence à poindre, avant le plat de résistance.
Vous l'avez compris, il s'agit de l'interprétation exhaustive du multi-platiné Hysteria – vingt millions de copies vendues à ce jour - qui a définitivement propulsé les félins britanniques au rang de stars mondiales, notamment aux States où leur popularité reste importante - ce n'est sûrement pas un hasard si le quintette a rodé son « nouveau » show durant le printemps à Las Vegas. Mais auparavant, il aura fallu endurer un montage interminable d'images d'archives sur lesquelles résonnent des extraits d'interviews d'époque. On y voit et entend copieusement Steve Clark, le guitariste historique décédé en 1991 suite à l'ingestion d'un ultime cocktail vodka/ médocs. On est conséquemment un peu mal à l'aise pour Vivian Campbell, son remplaçant qui n'a – et pour cause – ni écrit ni enregistré la moindre chanson lors de la parution de l'engin. Il convient cependant de noter l'excellente interprétation de l'ex-Dio qui malgré l'annonce récente de son cancer tient sa place sans faiblir, même s'il a paru un peu... tendu. Rien d'étonnant à cela compte tenu du parti-pris du groupe : rejouer l'œuvre note à note, chœurs y compris. Et les chœurs sur Hysteria sont loin d'être anecdotiques. Omniprésents au point de ravir à plusieurs reprises le chant lead à Joe Elliott, ils demandent un effort constant des quatre autres musiciens – le batteur inclus - et surtout enduisent les chansons d'une épaisse couche pop un peu poisseuse qui n'est certainement pas étrangère au succès du disque au-delà de l'audience metal initiale. La frange du public réfractaire à l'aspect hyper calorique de la galette ne risque donc pas de changer d'avis ce soir. Surtout quand sont reproduits les effets spéciaux qui la garnissent généreusement, ces tics de production so eighties qui sonnent terriblement artificiels : l'écho sur la batterie à la fin de "Love bites", ça faisait déjà ringard en 87, alors en 2013....
Une nouvelle salve de rushs vieux de plus d'un quart de siècle fait office d'entracte - quelques sifflets fusent. La vérité se dévoile alors dans toute sa nudité, et elle n'est pas forcément jolie à voir tant le contraste est saisissant entre ces post-adolescents qui sautent dans tous les coins sur l'écran géant qui tapisse le fond de la scène et ces quinquagénaires figés derrière leur pied de micro qui répètent scrupuleusement la formule censément magique sans autre conviction que celle de faire le job. Et si cette volonté de conserver l'enrobage encombrant des effets de production trahissait un manque de foi dans la qualité des compositions ? Car si la perplexité domine devant ce grand bond en arrière, elle laisse place à l'agacement quand résonnent les titres de fin, les franchement barbants "Don't Shoot Shotgun", "Run Riot", "Excitable" (même Bon Jovi n'en aurait pas voulu de celle-là) et "Love and Affection". Pour autant, les cinq compères s'en sortent très bien - Elliott extirpe tout ce qu'il lui reste de voix et la section des cordes est impressionnante de maîtrise. Tout cela sonne très pro. Trop, sans doute. La performance l'emporte sur le partage et ce n'est pas la communication proche de zéro du vocaliste qui va arranger la situation – aucune explication, aucune tentative de dialogue ne vient perturber l'enchaînement des morceaux. Quand s'évanouit le dernier accord de l'ultime piste d'Hysteria, les membres du groupe saluent une foule qui n'aura jamais eu l'occasion de s'enflammer, le soulagement domine, des deux côtés de la fosse semble-t-il. Les lumières s'éteignent et une partie des spectateurs quitte les lieux, pensant la représentation terminée. Ceux-là n'assisteront pas au rappel qui aurait probablement tempéré leur frustration, "Rock of Ages" et "Photograph" étant d'une autre intensité que leurs prédécesseurs d'un soir.

Audacieuse au premier abord, l'exécution d'Hysteria dans sa totalité se révèle de fait nettement moins intéressante tant elle s'apparente davantage à une récitation sans supplément d'âme qu'à une actualisation bienvenue. En copiant au quart de soupir près l'interprétation originale, Def Leppard a peut-être contenté ses fans nostalgiques de l'époque où leurs clips passaient en rotation lourde sur MTV mais conforte la partie la moins indulgente de l'auditoire dans l'idée que ces titres ne peuvent se passer des chœurs et des effets de production envahissants, disgracieuses prothèses qui les empêchent de s'écrouler... et de s'exprimer. Le répertoire complémentaire, lui aussi quasi-exclusivement issu des années quatre-vingts, renforce le sentiment d'une formation tournée vers son passé, coupable d'un exercice d'auto-célébration via la diffusion de films promotionnels qui rend le récital franchement indigeste. LA déception du Hellfest 2013.


(crédits photos : www.OZIRITH.com - HELLFEST Productions)


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