CHRONIQUE PAR ...

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Silverbard
le 03 novembre 2012




SETLIST

Periphery: 
Ragnarok 
Have a Blast 
Buttersnips 
New Snu 
Facepalm Mute 
Make Total Destroy 
Icarus Lives! 

Between The Buried And Me:
White Walls 
Astral Body 
Lay Your Ghosts to Rest 
Sun of Nothing 
Disease, Injury, Madness 
Fossil Genera - A Feed From Cloud Mountain 

Rappels:
Bohemian Rhapsody 
(reprise de Queen)
Mordecai

AFFILIÉ

Between The Buried And Me
Paris - La Maroquinerie
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Hellfest (Clisson)
(21 juin 2013)
Bordeaux - Rock School Barbey
(01 février 2017)

Periphery
Paris - La Flèche d'Or
(18 décembre 2015)
Paris - La Cigale
(05 mars 2015)
Paris - Trabendo
(21 mai 2017)

31 octobre 2012 - Paris - La Maroquinerie


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Il y a des concerts comme ça où on part avec de gros a priori positifs, souvent pour des groupes qu'on meurt d'envie de voir depuis longtemps. La surprise n'est pas toujours à la hauteur des espérances, mais quand c'est le cas, un sentiment de bonheur absolu illumine votre quotidien pour pas mal de temps. Ce soir nous avons un duo de choc avec Periphery et Between The Buried And Me (BTBAM pour la suite - prononcez "bétébam"!), soit deux groupes de premier rang dans le milieu progo-djento-technico-intello.

Si Periphery est encore jeunot mais gravit les échelons à grande vitesse avec son dernier album (chronique ici), BTBAM a déjà un CV bien fourni et un statut établi, mais compte néanmoins venir défendre fièrement son dernier effort (chronique ici). Mais avant tout, place à la découverte, puisque le premier groupe à se présenter est The Safety Fire, jeune formation nord-irlandaise. Petite précision utile pour la suite : nous sommes le 31 octobre, à savoir le jour d'Halloween, anecdotique pour beaucoup de monde, mais sûrement pas pour les groupes anglo-américains de ce soir. Ainsi, les membres de The Safety Fire débarquent tout de corpse paint le visage vêtu avec des chemises hawaïennes pour contraster l'ensemble. Assez cohérent  avec la suite du programme, le groupe glisse des touches de djent et de prog' dans son style qui se résumerait comme une version metalcore de The Dillinger Escape Plan sans le côté foufou. Assez déconstruite, la musique de The Safety Fire n'est pas évidente à saisir quoique relativement agréable à écouter. On passe de gros riffs saccadés à des passages calmes, de même que le chant varie incessamment entre hurlé et clair. Un moment pas déplaisant au final et pour un groupe qui mérit d'être approfondi.
Le temps du changement de matériel, c'est l'occasion de se rapprocher dans la fosse d'une Maroquinerie dèjà bien pleine. Car bientôt débarque Periphery, qui a suivi le dressing-code de la soirée avec corpse paint de rigueur, mais va encore plus loin que ses camarades Nord-Irlandais dans le délire. C'est l'attitude black metal que singe chaque membre en y apportant son petit détail ! Le bassiste Adam Getgood ainsi que Misha Mansoor restent statiques en position crabcore à la Immortal, le regard vide et possédé, tandis que le chanteur Spencer Sotelo s'amuse à des mimiques grotesques. Une attitude que les musiciens garderont plus de la moitié de leur set alors que pas mal de personnes dans le public sont écroulés de rire. Mais le plus effrayant dans l'histoire, c'est que pour tenir cette posture, certains des membres (Misha en particulier) ne regardent quasi-JAMAIS leur manche ! Niveau setlist, les Américains ont décidé d'enchaîner leurs tubes créant un chaos continu dans la fosse. On commence par le génial "Ragnarok" (qui colle bien à l'ambiance pour le coup!) avec des lignes vocales passées haut la main par Spencer sur le final qui file encore plus la chair de poule en live que sur album!
Une petite dose de déconne « This song is about burning churches and raping babies : it is called "Have a Blast"! Niark, niark, niark! » Et c'est reparti pour un tour avec l'enchaînement parfait sur "Buttersnips". Là encore, c'est un émerveillement de voir les trois guitaristes parfaitement complémentaires sur une musique des plus soutenues rythmiquement. Il n'y a ensuite plus de mots pour décrire l'enchaînement entre "New Sun" (court interlude instru à la rythmique casse-nuque, spécialement joué en live) et "Facepalm Mute" / "Make Total Destroy" / "Icarus Lives!"…  Juste une image, celle de la fosse et du groupe sautant de manière complètement désynchronisée au rythme syncopé à outrance d'un mur de graves : le djent prend définitivement tout son sens en live. Dernier détail, le batteur Matt Halpern s'étant déboîté l'épaule (on se demande comment !) pendant la tournée, c'est un Français, Boris Le Gal de Chimp Spanner, qui a repris le poste en vitesse. Le commun des mortels n'y aura vu que du feu (de quoi finir fou ce concert, je vous le dis !) et l'intéressé tout ému en profitera pour glisser un petit mot au micro dans la langue de Molière. Ma foi, la soirée est rentabilisée, il est temps de rentrer… Comment ? BTBAM ?
Il fallait voir en réalité ce qui a précédé comme un apéritif… Car le plat de résistance arrive maintenant, même si tout le monde est déjà rassasié. Fini les gamineries, les corpse paint sont rangés au placard, un peu de sérieux s'il vous plaît. On change de lumières et d'ambiance aussi, plus prog', plus cosy. Les Américains de BTBAM débarquent et lancent "White Walls" qui, avouons-le, ne pouvait que casser la baraque d'entrée (écoutez juste les 5 dernières minutes pour vous en convaincre). Premier bon point, le son de macaque mental ultra bien équilibré en intensité et en fréquences. On entend tout distinctement : les riffs de chaque guitariste en même temps que les lignes ahurissantes de basse, les roulements de toms et les blasts beats d'une précision chirurgicale. On a l'impression d'être à côté de chaque musicien en même temps, l'environnement sonore est hallucinant. Bien que la musique soit alambiquée et défile à cent à l'heure, on distingue clairement tout ce qui est joué. Autre bon point, le growl monolithique de Tommy Rogers passe bien mieux avec son engagement scénique que sur album, tandis que son chant clair manque parfois de puissance (la fatigue ?).
Niveau setlist, ça se partage entre Colors, The Great Misdirect et le petit dernier The Parallax II : Future Sequence. De Colors et The Great Misdirect, on a sorti tous les pavés de plus de 10 minutes. On retrouve l'excellent (et dément) "Sun Of Nothing" (cette batterie au début ! cette accalmie avant la fin !), " Disease, Injury, Madness" et son long break planant avant le final rodéo, le bordélique "Fossil Genera - A Feed From Cloud Mountain" et son final psychédélico-grandiloquent. Pour le nouvel album,  on a choisi le single efficace "Astral Body" et un morceau plus aventureux "Lay Your Ghosts to Rest". Et les rappels alors ? Du lourd, encore ! La séquence opérette de "Bohemian Rhapsody" retentit, tout le public se met à chanter en cœur jusqu'à l'arrivée du solo où le groupe reprend à jouer et Tommy Rogers débarque avec un porte micro Freddie Mercury. L'imitation est très réussie et détend l'atmosphère avant d'achever par un " Mordecai" à l'intro digne d'un groupe de brutal death !


Et voilà qui met fin à une soirée inoubliable, riche en émotions, en débit de notes et en enchaînements rythmiques ! Pas besoin d'aspirine, juste le plaisir de savourer encore et encore ce moment. Ils sont encore là, devant moi. Combien de temps avant de vous revoir les gars ? Le prog' a de l'avenir, c'est la leçon de la soirée. Ces mecs ont un talent rare, et croyez-moi, ils ont encore beaucoup de choses à apporter ! En attendant, vous savez ce qu'il vous reste à faire la prochaine fois qu'ils passent.


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