CHRONIQUE PAR ...

15
Flower King
le 18 mai 2010




SETLIST

The Whirlwind

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All of the Above
We All Need Some Light
Duel With the Devil

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Bridge Across Forever
Stranger in Your Soul

AFFILIÉ

Transatlantic
Paris - Bataclan
(15 mars 2014)

15 mai 2010 - Lyon - Transbordeur


Transatlantic_Lyon_-_Transbordeur_20100515

Transatlantic. Whirld Tour. 3h30 de show. Y a-t-il vraiment besoin d’une chronique ? Regardez la set-list sur votre gauche : qu’ajouter à cela ? Vous pensez vraiment que le concert peut être mauvais avec des titres pareils ? Je vous entends déjà dire que de bons morceaux ne font pas tout : que la prestation des artistes est fondamentale, à même de sublimer des compositions un peu faibles ou de ruiner des chefs-d’œuvre d’un répertoire…

Bien, alors évaluons les forces en présence. Déjà, Transatlantic, pour les deux largués du fond c’est le groupe où qu’y a Mike Portnoy à la batterie. Et Portnoy, même quand il est installé sur le flanc droit de la scène, il ne peut pas s’empêcher de faire son show. Qu’il joue de la batterie debout ou fasse virevolter ses baguettes, sa horde de fanboys répond à chacune de ses facéties, les yeux rivés sur son héros de batteur barbu, sans se soucier un moindre instant de ce qui peut se passer de l’autre côté de la scène. « Et pour voir qui d’autre ?», rétorqueraient-ils. « Stolt ?» C’est sûr, Roine n’est pas le musicien le plus vivant de la troupe, rivé à sa guitare et le regard au loin ; mais c’est dans sa nature, on ne le changera pas. Plus étonnant, Daniel Gildenlow : pour un musicien à qui certains ont reproché d’avoir méchamment pris le melon, il est resté en retrait pendant une grande partie du set, n’attaquant le devant de scène qu’à de rares occasions. Ce n’est pas pour autant qu’il a chômé : entre les guitares sèche et électrique, le clavier, les percussions et les nombreux chœurs, il était bien l’homme le plus occupé de la soirée.

Venons-en à Pete… et là c’est clair : s’il fallait décerner la médaille du « je prends mon pied sur scène », le bassiste serait un des prétendants les plus redoutables. Toujours en mouvement, parfois sautillant, et à fond tout le temps, on sent que le bonhomme d’éclate à explorer son manche et balancer ses lignes devant un public conquis. Et puis il y a le cas Neal, le cinquième élément, celui qui s’impose comme la force spirituelle du groupe. Et on pourra penser ce qu’on veut de ses gimmicks vocaux ou de ses tics de composition, mais il faut se mettre devant le fait accompli : ce mec est une vraie bête de scène. Une présence bien supérieure à celle de ses compères – Mike inclus, oui oui – une voix puissante d’une précision bluffante, et surtout, un enthousiasme et une conviction qui n’ont jamais faibli pendant ce show-marathon. Déconneur un temps, au bord des larmes l’instant suivant, le rapport de Neal avec sa musique va bien au-delà du simple divertissement. Le message sous-jacent de The Whirlwind était perceptible sur disque, il devient carrément flagrant sur scène ; mais la sincérité, l’engagement et le plaisir qu’il donne à le transmettre, qu’on y adhère ou non, font toute la différence.

Et justement, comment passe-t-il sur scène, ce mastodonte ? Très bien, soyez rassurés. Bien mieux que sur disque même, où l’abondance des tempos lents faisait que l’affaire était bien molle par endroits ; le regain d’énergie live comble ce défaut et rend la pièce plus homogène, donc plus bandante. La jam trop pépère d’"On the Prowl" prend un boost d’adrénaline, la fin d’"A Man Can Feel" prend des atours presque metal… au final, "Evermore" est la seule section à ne pas fonctionner, trop décousue pour convaincre. Pour le reste, "Rose Colored Glasses" est toujours aussi zoulie ; Neal ne peut s’empêcher de faire son Macca sur" Lay Down Your Life", mais il le fait bien donc on lui pardonne ; le crescendo de "Is It Really Happening?" est aussi bonnard qu’en studio… non, pas grand-chose à redire. Sinon qu’aucun couac au chant ne s’est fait entendre et que Stolt, après des années d’imitation de John Wetton, semble avoir trouvé sa voix, et aussi nasillarde soit-elle, eh bien, elle fonctionne. Même Portnoy assure ses parties vocales correctement, c’est vous dire !

Mais nous n’avons abordé là qu’une moitié du show ; car pour l’autre, c’était maxi best-of Transatlantic à tous les étages, et pour tous les plaisirs ! À commencer par "All of the Above" qui, aussi étrange que ça puisse paraître pour un titre si outrageusement revival, aurait peut-être pris un petit coup de vieux depuis sa sortie… mais alors que le groupe entame le refrain de "Full Moon Rising", ce genre de considérations ne nous atteint plus ; on écoute et on se régale, point final. Nous n’échapperons pas, durant ce second set+rappel, aux bluettes Morsiennes "We All Need Some Light" et "Bridge Across Forever", qui permettent au moins de faire retomber la pression avant d’en reprendre pour un tour. Le clou du show étant, bien évidemment, les deux pièces maîtresses du 2ème album où le groupe se lâche, quitte à envoyer des pains – le final de "Duel With the Devil" – ou à partir en couille : "Stranger in Your Soul" a donné lieu au traditionnel échange d’instruments, avec un Neal très solide à la batterie et un Mike dans une reprise bouleversante de Smoke On The Water à la bass pedal. Du grand n’importe quoi, et c’est ce qu’on aime.


Ajoutez à tout cela un son plus que correct et vous obtenez une belle, très belle performance d’un groupe qui est bien plus qu’une somme de cinq sommités progressives. C’est une unité qui pète le feu et met un point d’honneur à embraser la scène et son public. Et ce soir-là, à Lyon, elle y est parvenue.



Merci à Dupinguez pour la photo!


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