CHRONIQUE PAR ...

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Barbapopo
le 21 février 2010




SETLIST

God Save The Spleen
Porno Daddy
Honey You’re A Nazi
The Only Way
Teargas Jazz
Hateful Little People
Chestpain Waltz
Speak When Spoken To
OK
My New Haircut
Muder Groupie
Razor’s Flower
Propaganda Pie

(Rappels)
Nobody’s Laughing
The Rights To You


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Cher joe,

Lorsque tu liras ces lignes, j’imagine que tu seras sur le point d’aller les voir également. Ah, Freak Kitchen !… C’est ce qui s’appelle un saut dans le passé, n’est-ce pas ? Tu te rends compte : nous écoutions déjà leur metal-FM-fusion il y a presque dix ans, lorsque nous usions nos fonds de culottes sur les bancs de notre fac ! Je suppose que leur dernier CD, Land Of The Freaks, a quelque peu tourné dans ta platine. Moi, je l’ai bien aimé, sans non plus me rouler par terre de bonheur. C’est donc d’un pas distrait que je me suis rendu à la Maroquinerie le 8 Février dernier, sous une pluie fine qui – soyons honnête – me donnait plus envie de rentrer chez moi que de voir vibrer des godemichés…


Tiens, j’ai cru comprendre que tu verrais la même première partie qu’à Paris, c’est-à-dire les marseillais d’Alive Inc. Bon, tu auras peut-être des choses un peu plus intéressantes à en dire que moi. En ce qui me concerne, tu le sais, tout ce qui touche de près ou de loin au heavy, ça a tendance à me faire un peu chier… Alive Inc propose une musique jouée avec bonne humeur, entrain, professionnalisme, une musique dont je ne suis pas vraiment apte à juger les qualités. Pourtant, malgré la virtuosité du guitariste-chanteur (tu noteras la limpidité ahurissante de ses solos, on dirait que ce mec est incapable de rater la moindre case !), je n’ai pas le sentiment d’une originalité exceptionnelle, sauf lorsque s’ouvre la fenêtre d’un solo ou d’une section instrumentale. Est-ce le syndrome du Bumblefoot, c’est-à-dire du musicien génial mais du compositeur anecdotique ? En tous cas, je commence à trouver le temps légèrement longuet, surtout lors du solo de batterie (tu sais pourtant comme je suis friand de ce genre d’exercice). Le final et la générosité du soliste finissent toutefois par remporter mon adhésion – essaye donc de ne pas les foirer, car c’est probablement un groupe à suivre sur la scène française… En tout cas, leur set a fonctionné : la température a grimpé de dix degrés dans la Maroquinerie, le souvenir de la pluie s’estompe, et mon enthousiasme commence doucement à refleurir. Malheureusement, à la fin de cette première partie, je commets une erreur. Une erreur fatale. Tu connais (et d’ailleurs tu partageais) ma passion pour les pauses-pipi ; jamais deux heures de cours ne s’écoulaient sans que nous allassions conjointement baptiser les urinoirs de nos amphis. Je profite donc de l’entracte pour m’aller délester d’un demi-bock de pisse au coin du bar. Bien mal m’en prend : non seulement je dois faire la queue (des mecs avaient piqué tous les chiottes !) mais, à mon retour, j’ai perdu et ma place, et les trois quarts de la scène dans mon champ de vision…


Je déteste les grands – te l’ai-je déjà dit ? Et, après mon passage aux latrines, je commence doucement à détester la Maroquinerie. À partir de maintenant, il faudra donc m’imaginer debout, compressé sur les marches à gauche de la salle, à n’apercevoir la scène que dans l’échancrure entre une colonne et deux dadais (j’entrevois donc une demi-cymbale), ou dans l’espace à géométrie variable entre lesdits dadais – du moins, lorsque l’un ne se penche pas à l’oreille de l’autre pour murmurer. Tu l’imagineras sans peine : quand le groupe arrive, je l’apprends moins par mes yeux que par mes oreilles… Ah, mon bon vieux joe. Depuis la fac, nous avons un peu grandi : nous avons maintenant des copines, un métier, quelques poils gris ; Matthias, lui, n’a pas changé. Toujours le même. Toujours la même patate, toujours le même son tranchant, voire aigrelet ; toujours la même loufoquerie et la même virtuosité. Oui, je te le dis, tu vas passer une bonne soirée. Bien sûr, le groupe que nous aimions tant est décimé aux deux-tiers : du trio savoureux qui pulsait sur Spanking Hour, ne reste plus qu’un Matthias en verve… et le backing-band de Matthias, certes solide, certes carré, mais au jeu complètement aseptisé, sans aucun grain ni personnalité. Bien sûr, Mathias continue de pourfendre avec bonne humeur les mêmes moulins à vents, en dénonçant – c’est un peu pathétique – tout ce que la terre compte de gros méchants (en vrac : les nazis, les mecs sur You Tube qui laissent des commentaires aigris, les trafiquants d’organes – on échappe aux top-models pour cette fois, ouf). N’importe : tu verras – du moins, si tu es bien placé – que les trois suédois assurent comme des bêtes, que le batteur a le geste parfait, et que le bassiste n’est pas en reste niveau pitreries et jeu de scène décalé. Matthias, quant à lui, est égal à lui-même : rigolard, détendu, « dans son trip », pour une fois sans godemiché… mais bavard, terriblement bavard. «Goodie-goodie-goodie !»


Niveau set-list, en revanche, tu seras peut-être un peu gêné. Bon, les titres que je t’ai griffonnés dans la marge sont légèrement dans le désordre, mais tu auras fait le décompte toi-même : sur les cinq premiers albums que nous aimions tant (eh ouais, comment ne pas compter Junk Tooth ?) le trio n’a joué ce soir… qu’un seul titre, l’hymne sublime de débilité "My New Haircut". Pour le reste, c’est du 100% « Freak Kitchen Mark II ». Avec, comme tu peux t’en douter, le dernier opus qui se taille la part du lion. L’opener fracassant "God Save The Spleen" entame donc les hostilités : et de même, tous les morceaux indianisants (la nouveauté du Freak Kitchen crû 2009) sont aussi de la partie. L’occasion pour Matthias de souligner combien ces nouveaux morceaux sont balaises à retranscrire sur scène, et d’expliquer en détails quelques unes de ses mesures impaires : 3/16, 5/16, 7/16 etc. Tu verras : ce sera l'opportunité de se rappeler nos bonnes vieilles suites arithmétiques, et de claquer des mains avec le reste du public – un moment très sympa ! Blabla mis à part, le bougre n’a pas tort : notre homme a véritablement l’air d’en chier – lui, l’un des meilleurs gratteux de la planète ! – et l’on réalise que les compos du dernier skeud sont bien les plus exigeantes et techniques de leur répertoire, notamment "Murder Groupie" et "Teargas Jazz" (qui tombe un peu à plat sans sa magnifique ligne de violon).

Tu le sais peut-être : j’avais déjà vu Freak Kitchen en 2005, à la salle des fêtes de Joué-les-Tours. Je m’en souviens comme d’un show rigolo, coupé d’un intermède acoustique que j’aurais presque aimé revoir. Au lieu de quoi, entre diverses conneries balancées comme interludes, nous écopons d’un solo de « Kelstone », sorte de guitare-piano horizontale que deux personnes doivent tenir (?) et sur les cordes duquel Matthias improvise un solo de tapping percussif. Coincé derrière mon pilier, entre mes deux grands dadais, le cou démonté, tu imagines que je n’ai pas très bien compris ce qui se passait (d’ailleurs, sans une séance de rattrapage sur You Tube, je serais complètement passé à côté). Moins drôle : nous avions lu, t’en souviens-tu, que Matthias souhaitait nous réserver quelques surprises et rejouer «tout un tas de vieux titres», parmi lesquels "See You In Pittsburgh" et notre cultissime "Mr Kashei". Eh bien, peau de balle, mon vieux joe : tous les anciens titres qu’ils jouent ce soir sont les mêmes que ceux jadis joués à Joué. Si tu rajoutes à cela deux médiocres titres interprétés par le bassiste, et qui servent de respiration pour le virtuose en chef, tu comprendras que j’aie parfois pu me gratter l’entrejambe au cours de la soirée. Par contre, te souviens-tu comme à l’époque nous chiions de concert sur l’album Move, premier méfait du nouveau line-up, dont nous trouvions le son monochrome et les compos bateau ? Eh bien, le temps nous a donné légèrement tort, mon pote, et ces chansons vieillissent plutôt bien, jusqu’à devenir parfois de véritables hymnes : "Porno Daddy", "Hateful Little People", et surtout "Propaganda Pie", qui fut ma plus belle érection du concert. Comme quoi…


Le rappel était écrit d’avance (un enchaînement fatal "Nobody’s Laughing"-"The Rights To You") ; néanmoins, Matthias a tenté le coup du «Alors ? Que voulez-vous entendre pour finir ??» Tu aurais souri : quelqu’un a gueulé «Blackspider Flag !» et la réaction de Matthias a résumé tout le concert : «Blackspider Flag ?? Damn ! It’s been a long time !» Oh oui, ça fait un bout de temps – et ce qui est sûr, c’est que jamais nous ne verrons plus jouer le Freak Kitchen d’avant. Ne t’en fais pas, cependant : tu passeras tout de même une bonne heure et demie de musique, de vitamines, de riffs doux-dingues et d’absolue virtuosité. Il y a plus dégueu, comme programme, non ? Allez : vivement que tu me racontes tout ça, et amuse-toi au maximum en attendant !
Bien à toi,

Barbapopo


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