CHRONIQUE PAR ...

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Sebrouxx
le 15 décembre 2009




SETLIST

Middle Man
Which Way to America?
Auslander
Burned Bridges
The Chair
DecaDance
Method
Go Away
Funny Vibe
Flying
Bi
Solo Will Calhoun
Open Letter to a Landlord
Young Man
Glamour Boys
Behind the Sun
Bless Those (Little Annie's Prayer)
Ignorance is Bliss

Rappel :
Out Of Mind / Time’s Up
Cult of Personnality
Elvis
Type
???

AFFILIÉ

Living Colour
Paris - New Morning
(05 novembre 2008)

13 décembre 2009 - Paris - Zénith


Living_Colour_Paris_-_Zenith_20091213

05 novembre 2008. Living Colour mettait le New Morning à feux et à sang, laissant son public à genoux, comme une jeune vierge effarouchée découvrant l’Amoooour, le vrai, avec Rocco. La faute en incombe à un certain Barack O., fraîchement élu la veille à plusieurs milliers de kilomètres alors que le groupe poursuit sa tournée européenne. Et va fêter cela à sa manière pendant trois heures d'un show tellurique. 13 décembre 2009, les New-yorkais changent de décor pour le Trabendo, entraînant dans leur sillage leur horde de fans congelés par les frimas de l’hiver. Cassent quand même… la Barack. Et plus si affinités.

Honnêtement qu’attendre de Living après les shows de 2008, mais aussi de 2007? Faire aussi bien? Offrir encore plus? Déjà faire patienter son audience via une première partie qui nous a rassuré sur un point : la guitare Fender Stratocaster parfaitement mise en évidence sur scène n’appartient pas à Vernon Reid. Quelque part, nul n’en doutait. L’instrument du délit appartient en fait au lead guitariste du duo Dan Reed qui nous a sympathiquement réchauffé et emballé avant l’entrée en matière des guys. L’un chante et gratte à l’acoustique, pendant que son collègue balance du lick mélodique, dans un esprit assez proche d’un David Gilmour auquel on aurait volé son rack d’effets. Beaucoup de grands bends, de beaux vibratos pour un son final empli de chorus et de delay propice à la fermeture automatique des yeux et au voyage vers un rock mélodique qui semble venu d’ailleurs. Pour ne pas dire d’un autre temps. Reise, reise. Ou plutôt voyage, voyage. Première escale du moins...

Vous allez comprendre que le matériel usité est essentiel ce soir, et non un simple prétexte pour parler gratte au coin de feu. Parce que ce soir et plus que les éditions précédentes (j’ai les photos), le matos du père Vernon fait peur à voir. Il y en a partout entre les multiples pédaliers, unités d’effets, portable Mac et autres joyeusetés qui tendent à penser que les oreilles vont être fortement sollicités. Autre élément de différence avec les saisons précédentes, le guitar tech se pointe sur scène avec non pas les instruments customs bariolés auxquels le Maître nous a habitués, mais la six-cordes Parker Signature (instrument connu des puristes pour sa versatilité). Déboulent alors à 20h40 les quatre membres dans une forme olympique. Pour preuve Corey Glover porte même un beau survêtement rouge, parfaitement raccord avec la thématique lumineuse des lieux. Et c’est parti pour Middle Man, titre fréquemment expédié non pas d’entrée de jeu mais très souvent en début de gig. Un choix de raison puisque le groupe, contrairement à ses dernières campagnes françaises, se déplace afin de défendre son nouveau bébé, The Chair In The Doorway (chronique ici).

Pour ce faire, la stratégie s’avère simple mais efficace si tant est que doute il y avait. Commençant, donc, par un titre (un hit?) connu de tous, le chaland initié va commencer par se dire que se soir, il va être mangé à la même sauce que les dernières fois. Et le chaland débutant qu’enfin il va enfin pouvoir assister à un bon concert tel que son webzine préféré en fait écho chaque année ( dernier report ici). Sauf que dans les deux cas de figure, il y a un mais. Mais bon sang que cette nouvelle visite dans nos contrées se met à vite basculer heavy. La faute au dernier opus suscité qui rappelons-le ne fait pas dans la dentelle. La setlist lui fait largement honneur, avec pas moins de sept extraits au compteur. Certains se révèlent être les puissantes tueries qu’ils étaient déjà sur CD ("Method", "Out of Mind" et surtout l'abrasif "Behind the Sun" et son intro en tapping). Et d’autres se voient revus à la hausse dans leur version live, "Bless Those" en tête. Vernon Reid y excelle passant successivement du bottleneck, à la rythmique funk puis enchaînant sur du gros son moderne. Une adaptabilité de tous les instants qui fait la force de ce show plus que bien rodé.

Voilà un bail que Living tourne ensemble. Mais plus que la réunion de grands techniciens, Living s’impose comme une d’un seul homme, brassant tous les styles, mélangeant toutes les influences et offrant un style unique. Comment passer d’une basse slappée à des sonorités bien électro limite jungle, puis revenir à un gros riff dévastateur avant d’entamer un chant soul ? Plus que du talent, du génie. Le groupe balade son public qui en demande toujours plus. Alors certes, certains diront que Vernon fait davantage montre de son talent en alignant du sextolet à toute vitesse qu’en jouant au DJ derrière son laptop. Les mêmes penseront sans doute que Calhoun, seul sur scène derrière ses fûts, en a un peu trop fait pendant un quart d’heure à utiliser tous les éléments que son kit recélait. Avec des «si», le monde se reconstruit tellement facilement. Pourtant, même en promo, le groupe n’en oublie pas ses tubes d’antan histoire de satisfaire tout le monde. Et d’enfoncer le clou avec un "Glamour Boys" sous amphet’, un "Cult of Personnality" qui marchera encore dans vingt ans, puis un dernier morceau permettant à un pote claviériste de parachever l’édifice. Cultes, ces personnalités.


Et dire que le même soir, le Zénith -transformé en patinoire- vibrait au son des symphonies de Disney. «Ce rêve bleu, c’est un voyage, c’est merveilleux», entonnaient probablement petits et grands. Pour le public juste à côté et moins nombreux du Trabendo, la question de la “Favorite Colour” ne se posait même plus. La réponse était toute trouvée depuis déjà un sacré moment. Et en ces temps de questionnements stériles sur l'identité nationale qui en voit de toutes les couleurs, un peu d'unité musicale ne fait de mal à personne.


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