CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
le 25 novembre 2009




SETLIST

Rammlied
B******
Waidmann's Hail
Keine Lust
Weisses Fleisch
Feuer Frei
Wiener Blut
Frühling in Paris
Ich Tut Dir Weh
Liebe Ist Für Alle Da
Benzin
Links 2,3,4
Du Hast
Pussy

Rappel :

Sonne
Haifisch
Ich Will
Seemann
Engel

AFFILIÉ

Rammstein
Lille - Zénith
(10 février 2005)
Paris - Bercy
(08 décembre 2009)
Paris - La Défense Arena
(29 juin 2019)

16 novembre 2009 - Nantes - Zénith


Rammstein_Nantes_-_Zenith_20091116

Rammstein aime la France, et la France aime Rammstein. Les Allemands sont d'ailleurs l'une des rares grosses pointures du metal qui ne se contente pas de jouer seulement à Paris, mais qui n'hésite pas à rendre visite à nous autres les ploucs de province. Après s'être concentré sur le nord-est lors de la tournée Reise Reise, Rammstein s'offre cette fois un petit crochet par l'ouest. Alors zou, direction Nantes et son Zénith tout récent pour assister au grand retour des Allemands dans nos contrées, dans cet amphithéâtre de près de 9 000 places, qui sera pourtant l'une des plus petites salles au programme de leur nouvelle tournée…

La première qui saute aux yeux lors d'un concert de Rammstein, c'est le public très hétérogène et complètement atypique pour un concert metal. Les personnes arborant un t-shirt metal sont minoritaires, sans même parler des chevelus qui se font de plus en plus rares (évolution de la société ?) ; à la place, un public aux allures de M. Tout-le-monde, avec pas mal de jeunes voire de très jeunes, ainsi que des beaucoup plus âgés, notamment des parents accompagnant leur progéniture. Plus surprenant encore, on trouve aussi des quadras voire des quinquas venus sans cette contrainte, juste pour leur propre plaisir. Une nouvelle preuve, s'il en fallait encore une, que Rammstein ratisse bien au-delà de la sphère metal classique. À se demander si du coup, le public dans son ensemble est vraiment prêt à se prendre en pleine face des sonorités aussi extrêmes que celles développées par Combichrist.

Les Danois donnent en effet dans un metal indus' à la croisée de deux noms prestigieux : Ministry sur le plan musical, de par le côté violent et bruitiste (même si on ne retrouve pas l'aspect barré de la bande à Jourgensen) ; et le Marylin Manson des débuts pour le côté visuel très important, surtout au niveau du look des musiciens qui évoluent dans une formation qu'on qualifiera d'originale : pas de guitariste, mais seulement un chanteur, un claviériste et surtout deux batteurs, dont l'un dans un rôle proche des percussionnistes de Slipknot, plus spectaculaire que musical (pas de grosse caisse, gestuelle très mécanique et tape à l'œil avec pas mal de temps passé debout et parfois même en équilibre sur le kit…). Pas inintéressant au début, mais pas très accrocheur à une ou deux exceptions près et finalement assez lassant au bout de seulement 30 minutes car beaucoup trop répétitif.

Après une pause un peu longue de presque 45 minutes, Rammstein signe son entrée sur scène sous une ovation fournie. Une mise en scène une nouvelle fois soignée qui voit les deux guitaristes abattre un mur à la masse, parfaitement raccord avec l'actualité en cette période de célébration des 20 ans des événements de Berlin. Till Lindemann, lui, entre par un escalier plongeant sous l'estrade de batterie qu'il utilisera à de nombreuses reprises. Chacun respecte son placement scénique, comme une équipe de foot : derrière, sur l'estrade, Schneider est secondé par ses latéraux Flake et Riedel, qui ne s'interdit pas une petite montée de temps en temps. En attaque, Landers sur le flanc droit, Kruspe à gauche et Lindemann en avant-centre. Ah c'est sûr, les Allemands « sont bien en place et respectent les consignes du coach » ; au risque de confirmer cette impression d'une somme de 6 individualités plus que d'un collectif soudé…

Fidèle à son habitude, Rammstein est là pour défendre farouchement son dernier-né avec, comme sur la tournée précédente, pas moins de 9 titres sur les 11 que comporte le nouvel album. Au menu, des fortunes diverses : des morceaux sympa sur album et sympa en live ("Rammlied", parfait en ouverture, ou "Haifisch"), sympa sur album et sans plus en live ("Liebe Ist Für Alle Da"), sans plus sur album et sympa en live ("Waidmann's Hail"), pas terrible sur album et pas terrible en live non plus (le lourdingue "B*****" ou "Ich Tut Dir Weh", un des rares titres où Lindemann est à la peine). Et une grosse confirmation : "Wiener Blut" s'impose comme un titre de tout premier ordre, souligné par une mise en scène glauquissime à la hauteur de son thème : un Lindemann vraiment flippant sur l'intro, et ces nombreuses poupées suspendues en l'air tels des bébés morts par des hameçons, qui provoquent un réel sentiment de malaise. Brrr…

Pour le reste de la setlist, Rammstein vient piocher dans tous ses albums, y compris Rosenrot avec "Benzin", seul moment du show qui verra les deux guitaristes se rapprocher (juste le temps de l'intro). Assez logiquement, Mutter est le plus représenté avec 4 extraits. Si les titres les plus élaborés comme "Sonne" sont les plus intéressants sur album, ce sont bien les morceaux les plus bourrins qui rendent le mieux en live. Le gros classique "Du Hast" bien sûr, mais aussi "Weisses Fleisch" ou le plus surprenant "Links 2,3,4", don le côté martial fait un carton. Autre spécialité maison, les titres festifs : "Moskau" avait volé le show en 2005, cette fois c'est la si controversée "Pussy" qui remplit cet office. Grand moment de fun sur ce titre renforcé par une mise en scène très fine : pied de micro avec les fameux godes du coffret, et Lindemann qui finit par enfourcher un canon projetant de la mousse, allégorie de… euh… enfin bref vous aurez compris.

Les rappels, bien que fournis, n'offrent pas de réelles surprises. Le choix des morceaux donne dans le classique (hormis "Haifisch" bien sûr), même si on ne va pas se plaindre d'avoir droit à "Sonne" ou "Ich Will". On retrouve également le gimmick habituel sur "Seemann", qui voit Flake faire le tour de la salle en Zodiac, porté par le public. A son retour, le claviériste a toutefois droit à un petit cadeau : un petit coup à boire pour fêter ses 43 ans (et non 21 ou 60, comme annoncé respectivement par le chanteur de Combichrist et Lindemann). Un toast célébré à l'allemande : en cercle, un genou à terre, et on éclate le verre par terre une fois sifflé ! Cette date nantaise s'achève sur "Engel", après que Till nous a gratifiés d'un « Mesdames et Messieurs merci beaucoup » avec son délicieux accent, s'attirant une nouvelle ovation comme après chaque effort pour parler français (comme sur le refrain de "Frühling in Paris" notamment).

Ceux qui ont tenu jusque là se sont peut-être étonnés de ne pas lire un mot sur la pyrotechnie, pourtant indissociables des concerts de Rammstein. La raison est simple : celle-ci tient un rôle moins prépondérant que lors des précédentes tournées du groupe. Je vous rassure, elle est loin d'avoir disparu, on retrouve toujours un nombre conséquent de colonnes de flammes, d'explosions en tous genres, les fameux masques lance-flammes sur "Feuer Frei", et même un cascadeur enflammé. C'est juste que Rammstein ne cherche plus tellement à innover sur ce point, limitant la débauche d'effets spéciaux et se contentant de ressortir des artifices déjà utilisés même s'ils n'en restent pas moins impressionnants. Seule la traditionnelle mise à mort de Flake change : cette fois, le claviériste se retrouve noyé dans un bac par de la lave en fusion versée par Lindemann, perché sur une plate-forme s'élevant de la scène.


Votre serviteur était reparti un peu frustré du show de la tournée Reise Reise à Bercy, pas tant par le concert en lui-même que par les conditions dans lesquelles il l'avait vécu (son médiocre et visibilité quasi-nulle). Cette fois, ce fut la vraie grosse baffe dans la tronche, celle qu'on attend à chaque concert de la machine allemande. Un peu plus d'1h30 de show dans tous les sens du terme, certes vu des tribunes avec les falses, mais dans des conditions optimales pour profiter de la communion entre un groupe surpuissant en pleine possession des moyens et d'un public au taquet. 55 € le bout peut-être, mais la prestation en retour valait largement plus le détour que bien des concerts à des tarifs plus modiques. Alors « non, rien de rien, non, che ne regretteuh rien…»


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