CHRONIQUE PAR ...

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Dr Gonzo
le 10 décembre 2008




SETLIST

N/C

AFFILIÉ

Monster Magnet
Paris - La Machine
(27 novembre 2010)
Hellfest (Clisson)
(17 juin 2011)

02 décembre 2008 - Paris - La Locomotive


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L’automne 2008 fut une saison riche en stoner de tout poil. Après Hermano et Brant Bjork, c’est une double affiche qui clôt le bal : Nebula et Monster Magnet. A ceux-là s’ajoute un groupe d’anglais versés dans un psychédélisme nocif, et à l’arrivée, on obtient entre deux et trois heures de rock’n’roll sous influences.

Très ponctuels, les Pilgrim Fathers entrent en scène vers 20h30. Tous les membres du groupe apparaissent bière à la main, et tandis que le chanteur nous fait la présentation de base inévitable, les voila qui commencent sur un morceau d’une lenteur prononcé, à la limite du doom, mais avec un son beaucoup plus clair, presque pop (tout est relatif). Le chanteur scande, derrière un pupitre recouvert d’effets divers (wah-wah, écho et reverb) qu’il mettra à contribution tout le long du set. Au programme, il y aura des cassures rythmiques, des explosions d’une agressivité peu commune, des riffs hypnotiques et une voix se promenant quelque part entre Venus et Neptune. Très bonne surprise donc, que ces Pilgrim Fathers, qui se glissaient avec élégance dans la programmation de la soirée. L’acoustique leur faisait honore et n’augurait que du bon pour le power trio à venir.

Ca y est, Nebula débarque, l’érection est à son comble, et le groupe se jette à l’eau après un accueil qui ne lui rend pas justice. Est-ce à la réaction du public (qui sera progressivement conquis chansons après chansons) qu’est- dû l’absence de communication du groupe, ou bien est-ce une politique consciente ? Dur à dire, car bien que l’énergie soit là, il n’y a guère que le bassiste qui tente de transmettre quelque mots (souvent des introductions basiques annonçant le titre de chansons que la majorité de la salle ne connaît pas). Bien entendu, ce genre de bémols n’est là que pour chipoter, parce qu’autrement, la prestation était parfaite, sans temps morts, rythmée, très rythmée. Les vieux titres (“Loose Canon”, “Sonic Titan”) cohabitent sans mal avec les nouveaux (“Aphrodite”) puisque le groupe vient défendre son dernier EP, Heavy Psych.

Eddie Glass, en bon avatar hendrixien sapé comme un guitar hero des années 60 se plaît à taper moult poses, tournant régulièrement sur lui-même, avec une élégance certaine. Le batteur, abusivement grand, tape vite et très fort et remplit l’espace sonore avec zèle appliqué. Le bassiste, bien que moins fougueux que ses deux collègues reste néanmoins un appuis rythmique crucial et assure comme je l’ai déjà dit la communication –spartiate- avec la foule. Voir un jam band pareil s’éclipser au bout de trois petits quarts d’heure est évidemment frustrant et il serait tout de même temps de les voir débarquer en France en tête d’affiche. Une fois la conscience des spectateurs bien amochée par ces coulures psychédéliques sans complexe, un écran où seront projetées diverses images (comics, archives militaires, quelques nichons deci-delà) apparaît.

Tout le monde les attend, et Monster Magnet arrive enfin, ouvrant sur “Dopes to Infinity”. Alors autant le dire tout de suite parce que c’est la première chose qu’on remarque. Il n’y a pas la moindre jugement, naturellement, juste une simple observation candide, mais mon éthique me pousse à l’annoncer avec franchise : Dave Wyndorf est gros. Mais vraiment gros de chez gros, quoi, avec un bidon d’une proportion franchement délirante, et tout et tout. Mais mis à part à cela, mis à part le fait que son corps svelte n’est plus et qu’il décide néanmoins d’arborer son bouc d’acteur porno par-dessus son faciès joufflu, il assure tout de même parfaitement. Certes, il ne prend pas de risques vocaux démesurés, mais ce qu’il fait, il le fait très bien. L’écho intégré à son micro permet les effets les plus savoureux à des moments stratégiques (intro de “Crop Circles”, “Zodiac Lung” ou “Spine of God”, entre autres) et ajoute un petit plus pour l’ambiance.

Et l’ambiance a tout de même besoin de ce petit plus. Évidemment, un concert pareil, énergique, abusif et décomplexé fait plaisir à voir, mais rappelle l’inexorable glissement du groupe, de ses débuts totalement surréalistes et sans limites, capables de rivaliser sans honte avec Hawkwind, vers un hard rock jouissif mais beaucoup plus commun. Heureusement, tout est exécuté avec entrain et sans faux-pas, Ed Mundell assurant des parties solo seventies comme tout, collant assez avec le choix de la set list. On a en effet droit à un best-of de la longue carrière du groupe, et non un concert promo du dernier album (un peu fade d’ailleurs), ce qui donne le plaisir de voir des morceaux comme “Space Lord”, “Powertrip” (Powertrip), “Twin Earth” (Superjudge) et “Spine of God” (Spine of God) permettant d’assurer un final gargantuesque.

Après plus d’une heure de débauche de décibels – un compteur rappelle que le groupe approche voir dépasse les 110 db – Monster Magnet revient pour quelques morceaux de rappel et bien sûr ce vestige du premier album qui donnera ce final si long et jouissif. Bâtit autour d’un riff orientalisant cliché mais hypnotique, la performance prend des airs des “The End” des Doors, tandis que Wyndorf raconte un peu n’importe quoi (il nous demande la permission de nous chanter une petite chanson dont je n’ai compris aucunes paroles a cause du volume et du delay sur la voix) Comme pas mal d’autres vieux morceaux, il a été adapté pour une version live plus péchu, et ce genre de surprises fait plaisir à entendre. Dave Wyndorf est en grande forme et tout en geste, plus que probablement clean, le groupe bien rodé, et le show s’arrête avec un sentiment de satisfaction.


Bien sûr, j’aurais préféré voir le Monster Magnet d’antan, période pré-Mundell, mais là, c’était déjà bien bon et grand. A l’exception de quelques titres issus de Monolithic Baby (“Radiation Day”), on a eu droit à un set focalisé sur les quatre premiers albums, et ce n’est pas plus mal. Une set-list plus variée aurait peut-être mis un peu trop en avant le manque grandissant d’inspiration du groupe et n’aurait pas été un choix stratégique –il y avait déjà largement de quoi entre morceaux bourrins et intermèdes planants (“Zodiac Lung”). Et puisque Dave Wyndorf semble être bien vivant et en grande forme, il n’y a plus qu’à attendre de les voir repasser un jour.




Crédits photo : Lorène Lenoir pour les Eternels


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