CHRONIQUE PAR ...

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Dr Gonzo
le 24 novembre 2008




SETLIST

N/C

AFFILIÉ

Brant Bjork and the Bros
Hellfest (Clisson)
(19 juin 2010)

Loading Data
Paris - O'Sullivan By The Mills
(13 novembre 2008)

19 novembre 2008 - Paris - Glaz'art


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Il y a des shows où il vaut mieux être déjà tout acquis à la cause du musicien, avoir envie de prendre son pied avant même que les amplis chauffent. Les deux avant-derniers concerts de Brant Bjork en France étaient de ceux-là, ravissant les fans, mais laissant perplexes ceux qui s’aventuraient dans le coin en touristes. Entre un frontman stone de chez stone, un bassiste jouant dos au public, le visage recouvert par d’énormes lunettes de soleil surmontées d’un bonnet rayé, et une musique répétitive et écrasante, ces concerts de l’ancien batteur de Kyuss pouvaient sembler un peu hermétiques aux non-initiés. Mais cette année, Brant a fait un effort, Brant se sent d’humeur à communiquer, Brant va donner un vrai pestacle pour petits et grands, et tout le monde sera ravi.

Il est vrai que le cadre de ce concert aurait pu être un poil plus sexy: ciel couvert, salle ressemblant de l’extérieur à un entrepôt, située près de la porte de la Villette, crépuscule humide et glauque, on a déjà vu mieux pour se rendre à un concert cherchant à évoquer le désert et le soleil. Mais qu’importe, nous y sommes, prêt à savourer une affiche qui promet. Loading Data, adeptes d’un robot rock massif promettent d’installer l’ambiance dès les premières minutes. Et c’est ce qu’ils feront, avec entrain, sans temps morts. Peut-être boostés par une salle comble toute acquise à leur cause, le groupe livrera une performance réjouissante, plaisante à écouter. On en oublierait presque qu’on a là affaire à une « simple » première partie, et le public en redemandera, en vain, puisque le timing semblait serré, ce soir.

Ce set aura le mérite de convaincre ceux qui en doutaient encore d’acquérir leur dernier album, ode au swing et au heavy rock, moulinant un groove évoquant une période révolue des Queens of the Stone Age. Le chant mélodique de Lo, le frontman, contrebalancée par les hurlements sporadiques du bassiste, rappellent évidemment la formation de Josh Homme, mais leur tendance au groove ternaire, et cette voix caverneuse évoquant Johnny Cash marque une différence notable, qui se précise de morceaux en morceaux. Une fois ces premières festivités terminés, ils peuvent laisser place à la tête d’affiche. Cette année les Bros sont redevenus un quatuor, comme lors de la première formation, le second guitariste n’étant pas de trop pour permettre à Brant de communiquer un chouia plus avec le public.

Le nouveau line-up apporte du sang frais, et fait dramatiquement chuter la moyenne d’âge du groupe, le batteur et le second guitariste ne dépassant pas les 25 ans. Ainsi la sagesse et la respectabilité d’un Alfredo Hernandez seront ici troquées contre la juvénile énergie de Giampaolo Farnedi, et l’ancien guitariste Cortez s’est transformé en jeune hollandais, Maximo Radings. Aux fréquents et brefs apartés de Brant vers le batteur ou d’autres membres du groupe, on devine assez vite que la set-list s’improvise au fur et à mesure, selon l’humeur de plus en plus joueuse du frontman. Le public, nombreux cette fois-ci aura donc droit à un best-of survolant l’ensemble de la carrière de Brant Bjork (à l’exception peut-être de Brant Bjork & the Operators) et donnant un bon aperçu de ce dont l’homme est capable.

Le groupe entre en scène sous des spots vert, prenant la pause un court moment, le temps que le fond sonore (du P-Funk je crois, mais je ne suis sûr de rien) s’achève avant de se lancer dans une version rallongée de Lazy Bones, brève introduction du premier effort de Brant, Jalamanta. Le son est massif et enveloppant, la basse dégouline et les deux guitares, aux tonalités excessivement graves, jouent à l’unisson. A partir de ce moment, le rythme restera maintenu et les pauses entre chaque gros bloc de riffs seront succinctes. On aura droit a des morceaux plus récents et nerveux comme Dr Special (sur le dernier album, Punk Rock Guilt) et des versions abusivement rallongées et paresseuses –dans le bon sens du terme- de Freaks of Nature (Somera Sol) et I Miss My Chick (Keep Your Cool) où chaque groove est répété jusqu’à l’abolition complète de tout esprit critique.

A part pour quelques solos plus longs que la moyenne, on ne peut cependant pas vraiment parler d’improvisation, mais plutôt de volonté de faire durer le plaisir, et d’amener le public qui ne demande que ça dans une transe hypnotique fleurant bon le désert californien. Une fois le rythme bien installé, que le jeune et talentueux guitariste a pu jouer on solo (dans un esprit très Fu Manchesque) papa Brant peut faire joujou, à grand coups d’expressions faciales surprenantes et de solos parfois trippant, parfois limité à un accord répété autant que faire se peut.


Ce fut donc une délicieuse soirée, riche en boum bada boum de batterie, groum groum de basse et tibidibidi de guitares. Tout le monde était en forme, le son était de qualité, le public au rendez-vous. A la fin du concert, et face à la foule qui était venu accueillir Brant Bjork, un parfum d’espoir semblait planer quant à la réhabilitation de pareils musiciens en nos contrées. Attendons l’année prochaine, voir s’il pourra remplir le Zénith.


Crédit photos : Lorène Lenoir


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